Des volontaires de SOS Chrétiens d’Orient en compagnie de travailleurs irakiens.

Bâtir des ponts entre les chrétiens d’Occident et d’Orient

CHRONIQUE / J’ai cofondé l’ONG SOS Chrétiens d’Orient en 2013. Une de nos premières missions avait pour objectif de venir en aide aux 150 000 déplacés chrétiens de la région de la plaine de Ninive, qui ont fui l’avancée de l’organisation de l’État islamique. Ankawa, faubourg chrétien d’Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, est rapidement devenu le principal centre de nos activités en Irak. Aujourd’hui, nous oeuvrons également dans d’autres secteurs de l’Irak, de même qu’ailleurs au Moyen-Orient (la Syrie, le Liban, la Jordanie et l’Égypte).

Pour une troisième de quatre semaines, Le Progrès vous propose une incursion dans la réalité des chrétiens d’Irak, par l’entremise d’intervenants qui y vivent ou qui ont vécu. Cette semaine, Benjamin Blanchard, co-fondateur l’ONG SOS Chrétiens d’Orient, raconte comment son organisme parvient à jouer un rôle dans ce pays en constante reconstruction à la suite des conflits armés des dernières années. 3e de 4

En Irak, les projets que nous menons varient beaucoup. Dans un premiers temps, nous avons concentré notre intervention sur l’aide d’urgence aux populations déplacées. Mais avec la reprise par l’armée irakienne des territoires jadis sous le joug de l’État islamique, nous avons entrepris un vaste programme de reconstruction, afin de permettre le retour des habitants qui en sont originaires. Enfin, depuis deux ans, nous sommes également présents dans les communautés chrétiennes isolées du nord de la région du Kurdistan irakien, près de la frontière avec la Turquie.

Une jeunesse à l’oeuvre

La force de notre association repose sur ses membres. À cet égard, je tiens à souligner que la moyenne d’âge des volontaires qui s’engagent avec nous avoisine les 25 ans. Ainsi, depuis 2014, nous avons accueilli en Irak plusieurs centaines de jeunes (et moins jeunes) catholiques français, belges, suisses, et même des Québécois, des Américains et des Australiens. En plus de venir en aide aux chrétiens d’Orient, ceux et celles qui investissent leurs énergies avec nous souhaitent passer du temps auprès des chrétiens du Moyen-Orient. C’est que nous avons beaucoup à apprendre d’eux.

Car SOS Chrétiens d’Orient a aussi pour objectif de bâtir des ponts entre les chrétiens d’Occident et d’Orient. Avec le temps, nous avons réalisé que nous en connaissions bien moins sur eux qu’ils pouvaient en connaître sur nous. De plus, oeuvrer auprès des chrétiens d’Irak, c’est côtoyer des gens à la foi inébranlable, surtout lorsque l’adversité se manifeste. Sur ce plan, ils sont des exemples pour nous. Ainsi, après leur passage en Irak, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient rentrent chez eux avec une foi renouvelée, qu’ils mettent alors à profit dans leurs communautés. Si l’Orient a offert le christianisme à l’Occident, il contribue désormais aussi à renforcer les convictions des chrétiens occidentaux.

Aider les chrétiens d’Orient à rester chez eux

Depuis que nous sommes présents en Irak, nous avons vu partir vers l’étranger un très grand nombre de chrétiens. Nous ne pouvons faire autrement que de comprendre que des personnes qui ont tout perdu, ce qui inclut souvent des proches, souhaitent se construire une nouvelle vie ailleurs. Mais il y a en Irak des chrétiens qui désirent demeurer chez eux, quoiqu’il advienne. C’est auprès de ces gens que nous concentrons nos activités. Nous aidons ainsi des femmes et des hommes à redémarrer leur entreprise, nous réhabilitons des foyers ou nous rénovons des écoles. Toutefois, nous sommes surtout en situation constante d’écoute, puisque les gens que nous rencontrons ont des histoires à nous raconter, des témoignages à nous livrer. Quelque part, nous sommes leurs messagers. Nous estimons qu’il est de notre devoir de faire connaître la situation des chrétiens d’Orient chez nous.

L’Irak peut autant fasciner que décourager. En ce qui nous concerne, nous avons décidé de ne regarder que ce que le pays a de beau à offrir. Avec les personnes auprès desquelles nous oeuvrons, nous avons donc choisi l’espoir. Nous avons choisi de croire que l’Irak vivra un jour en paix. Nous joignons donc nos prières à celles du pape François, qui invite tous les chrétiens du monde à prier pour le peuple irakien. Au fil du temps, nous avons appris à connaître les Irakiens, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, Arabes ou Kurdes.

En 2018, nous avons aidé des jeunes Irakiens chrétiens à se rendre aux Journées Mondiales de la Jeunesse. Pour nous, il s’agissait d’offrir l’opportunité à des garçons et des filles de s’ouvrir sur le monde en se rendant au Panama. C’était aussi un moyen concret d’enrichir la communauté chrétienne d’Irak d’une expérience nouvelle, comme elle l’a fait pour tous les volontaires de notre organisation, qu’elle a accueillis comme s’ils étaient ses propres enfants.