Audrey Savard repousse les limites

Audrey Savard aurait de quoi faire rougir bien des personnes impliquées bénévolement et surtout donner un complexe à ceux et celles qui ne donnent pas de leur temps. Souffrant d’une déficience intellectuelle, la jeune femme de 34 ans s’implique au sein de neuf organismes, en plus de pratiquer trois sports assidûment. Bien que son enfance n’ait pas été facile, Audrey Savard a su, au fil des années, « abattre des barrières », comme elle se plaît à le dire.

Lorsqu’elle avait deux ans, Audrey Savard s’est étouffée avec un bonbon et elle a manqué d’oxygène assez longtemps pour provoquer des lésions cérébrales. « Les médecins ont dit à mes parents que je ne marcherais pas. Mes parents m’ont vraiment tout donné pour que je puisse apprendre à avancer malgré tout. J’ai finalement marché et parlé à l’âge de quatre ans. Tout ça grâce à mes parents », souligne la jeune femme, qui n’a pas eu une enfance facile en raison de sa déficience.

À l’école, la fillette était la cible de moqueries et d’intimidation. « C’était surtout dans l’autobus que ça allait très mal. J’ai eu souvent de la gomme dans les cheveux, des menaces de mort. Les enfants ne voulaient pas me parler et riaient toujours de moi », se remémore Audrey Savard. « C’était très difficile », ajoute-t-elle.

Le Progrès l’a rencontrée cette semaine, alors qu’elle faisait du bénévolat à l’Association pour le développement de la personne handicapée intellectuelle du Saguenay, où elle siège également au conseil d’administration en tant que représentante de la clientèle. Elle venait tout juste de remporter un prix pour son implication bénévole, mais surtout pour sa participation au sein d’une ligue de quilles aux Olympiques spéciaux du Québec.

Les efforts d’Audrey Savard ont été récompensés, dimanche dernier, alors qu’elle a reçu un trophée pour son rôle aux Olympiques spéciaux.

Elle avait d’ailleurs amené son trophée à son lieu de travail, afin de le montrer à ses collègues.

Un bel honneur pour Audrey, qui cumule d’ailleurs les médailles.

Audrey Savard a plusieurs médailles, dont celle-ci, remportée au curling.

« Je suis vraiment contente ! Ça m’a fait chaud au coeur », a souligné Audrey Savard, qui a reçu son trophée dimanche dernier.

C’est en chantant au sein de la chorale de la chapelle Saint-Cyriac, lorsqu’elle était adolescente, qu'elle a eu la piqûre du bénévolat.

Audrey Savard joue aux quilles à Jonquière. Cette passion lui a permis de voyager, notamment à L’Île-du-Prince-Édouard.

« Ma mère faisait aussi du bénévolat pour la municipalité de Lac-Kénogami et je la remplaçais parfois, pour des tâches informatiques. J’étais appréciée et j’ai compris que je voulais en faire plus. J’ai aussi compris que je ne voulais pas passer ma vie assise sur mon divan à ne rien faire », explique celle qui reçoit des prestations de contraintes à l’emploi en raison de sa déficience.

« Je ne suis peut-être pas payée, mais je suis utile et je rencontre plein de monde. J’adore ça, je me sens appréciée et je m’accomplis », a affirmé la jeune femme, qui s’affairait à préparer le bricolage pour le camp d’été de l’Association pour le développement de la personne handicapée intellectuelle lorsque Le Progrès l’a rencontrée.

Audrey Savard pose ici avec son entraîneur de quilles Serge Gagnon et son ami Olivier Martel, qui a également remporté un prix pour son implication sportive.

Sa patronne, Sylvie Jean, n’avait que de bons mots à l’égard de celle qui est bénévole pour l’organisation depuis plusieurs années. « Audrey est vraiment dévouée et elle est une excellente guide pour savoir ce que désire notre clientèle. Elle nous ramène aussi à la réalité. Plusieurs s’apitoieraient sur leur sort à sa place, mais ce n’est vraiment pas son cas. C’est une belle leçon de vie et de courage », a souligné Sylvie Jean.

Audrey Savard ne se contente pas de faire du bénévolat pour cette organisation. La liste de ses implications est longue. Elle donne de son temps pour le Regroupement des organismes des personnes handicapées, le Fonds de dotation de santé Jonquière, l’Association pour la promotion des droits des personnes handicapées, Héma-Québec, la Fondation des maladies du coeur, Diabète Saguenay, la Croix-Rouge et Saveurs et trouvailles.Elle fait aussi partie d’équipes sportives, au sein desquelles elle excelle. En plus de jouer aux quilles, s’adonne également au curling et à l’athlétisme. Sans oublier qu’elle fait des dons de plasma.

« Je veux être active comme une "vraie" personne. Je ne veux pas être ignorée. C’est important d’être accepté comme on est dans la vie », a affirmé la sympathique bénévole, qui s’accorde tout de même quelques moments de repos de temps à autre.

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VOLER DE SES PROPRES AILES

Malgré sa déficience intellectuelle, Audrey Savard vit de façon autonome, dans son propre appartement de Jonquière. Elle a d’ailleurs appris à vivre seule dans un logement-école d’Alma, avant de pouvoir voler de ses propres ailes. 

Audrey Savard doit composer avec quelques limitations en raison de sa déficience. « J’ai surtout des difficultés avec la prise de décision et ce qui prendrait normalement quelques minutes à une autre personne pour apprendre quelque chose, moi, ça peut me prendre une semaine. Aussi, j’ai un peu de misère avec mon habillement. Je m’habille souvent comme une personne âgée », explique la femme de 34 ans, qui a décidé de foncer plutôt que de rester vivre chez ses parents. 

« Il y a des gens qui pensent que les personnes déficientes ne peuvent pas vivre seules, parce qu’elles vont mettre le feu en cuisinant ! C’est faux, sauf qu’il a quand même fallu que j’apprenne à être autonome. J’ai vécu un an à Alma, dans une maison où les personnes déficientes intellectuelles sont supervisées par des intervenants. J’ai vraiment aimé ça, vivre en groupe. Ça m’a fait une coupure lorsque j’ai emménagé seule, mais là, je suis habituée et je suis très bien », explique Audrey Savard, qui, entre deux moments de bénévolats, aime bien marcher, s’entraîner, écouter la télé, surfer sur Internet et cuisiner. 

Sa participation au sein d’équipes sportives lui a également permis de voyager, notamment à L’Île-du-Prince-Édouard, où elle a participé dernièrement à un tournoi de quilles. 

Présentement, elle s’entraîne aussi pour l’Autre Défi, qui se tiendra le 7 juin prochain. Il s’agit d’une marche de 10 kilomètres, qui se tiendra à Jonquière et dont les participants sont atteints d’une déficience intellectuelle ou physique.