Un séjour dans le parc Tursujuq, c’est un peu comme d’accompagner un groupe de chasseurs inuits sur le territoire. Sur la photo, notre guide Joshua Sala montre une des sept perdrix blanches qu’il a attrapées pour le souper.

Au rythme de la culture inuite [PHOTOS]

Au Nunavik, tout existe en format géant. Et même les parcs nationaux sont d’une taille démesurée, comme c’est le cas au Parc national Tursujuq, qui couvre 26 107 km2 (15 % des aires protégées au Québec), soit presque l’équivalent de la Belgique. Au-delà de la démesure du territoire et des paysages à couper le souffle, un séjour au parc Tursujuq représente avant tout une occasion unique de vivre au rythme de la culture et des traditions inuites.

En se déplaçant sur nos motoneiges pour visiter de beaux points de vue aux abords du lac Tasiujaq, Joshua Sala, notre guide en chef, s’arrête abruptement en bordure d’un bosquet d’arbustes. À travers les branches, il pointe une perdrix blanche, difficile à repérer sur la neige. Tranquillement, il sort sa carabine, une 22, et tire.

Le sourire aux lèvres, il part ensuite chercher sa proie, qu’il plume en quelques instants avant de la poser dans le traîneau derrière la motoneige. « Ça nous fera un bon souper ce soir si on est capables d’en trouver quelques autres », lance-t-il, avant de reprendre son chemin.

En se déplaçant sur le territoire pour aller observer les cuestas, des formations rocheuses impressionnantes que l’on retrouve en grande quantité dans ce secteur, puis pour aller tester une coulée en ski hors-piste, il capturera ainsi sept perdrix, qui feront notre régal en fin de soirée.

Et tout le monde aura la chance de mettre la main à la pâte, que ce soit pour plumer ou dépecer l’animal, en compagnie de notre guide, Laura Ekomiak, de l’adjointe administrative, Suvaki Noriko Tooktoo, et de la directrice du parc, Annie Arnatuk Novaligna, qui ne cessent de rire aux éclats pendant tout le processus, signe du sens de l’humour sans limites des Inuits.

Une expérience de groupe qui permet de se connecter avec les vraies choses de la vie. « C’était naturel pour moi de les aider, parce que je souhaitais en apprendre plus leur culture et leurs traditions », a lancé Gaëlle Leroyer, une des participantes au séjour dans le parc Tursujuq, après avoir dépecé son premier animal à vie.

Joshua n’a pris que quelques instants pour plumer l’animal en avant de la poser dans le traineau derrière la motoneige.

Un autre modèle de parcs nationaux

Au lieu d’imiter ce qui se faisait dans le sud du Québec, les Inuits ont plutôt décidé de développer leur propre réseau de parcs nationaux pour laisser une plus grande place aux activités traditionnelles, comme la chasse et la pêche, sur le territoire, tout en incluant davantage les communautés locales dans le développement du parc, explique Annie Arnatuk Novaligna, la directrice du parc Tursujuq.

Un séjour dans le parc Tursujuq, c’est un peu comme d’accompagner un groupe de chasseurs inuits sur le territoire, mais en y ajoutant une touche sportive. À Tursujuq, le principal séjour offert en hiver est une expédition de sept jours en ski de fond pour relier les différents campements installés sur le territoire, à raison d’une vingtaine de kilomètres par jour, en circulant à travers d’immenses lacs et vallées. En été, les visiteurs optent plutôt pour le kayak et le parc souhaite également développer des séjours en fatbike.

Pour l’instant, les clients dorment dans des tentes inuites, dénommées tupiq, sur des matelas de sols. Même si on retrouve un poêle à bois pour se réchauffer au besoin, les clients doivent tout de même être prêts à vivre une expérience de camping d’hiver, bien emmitouflés dans un sac de couchage de -40°C, explique Michel Harcc-Morissette, le directeur des opérations du parc Tursujuq. Le parc étant situé à la frontière de la limite des arbres, en partie sur le territoire cri, on peut même y voir des bûcherons inuits y couper du bois pour se chauffer !

Alors que cet élément amène plusieurs visiteurs à sortir de leur zone de confort, ces derniers sont très souvent récompensés par un majestueux spectacle naturel qui danse dans le ciel étoilé : les aurores boréales.

On se déplace sur nos motoneiges pour visiter de beaux points de vue aux abords du lac Tasiujaq avec quatre guides qui nous accompagnent, Joshua Sala, Laura Ekomiak, Michel Harcc-Morissette et Isaac Crow.

Au cours de l’été, huit cabines chauffées seront construites dans le parc pour améliorer le confort des visiteurs à différents endroits sur les parcours en kayak de mer, l’été, et en ski de fond, l’hiver.

Un monde de flexibilité

La flexibilité demeure la pierre d’assise de tous les séjours en territoire, car la météo peut changer très rapidement. C’est d’ailleurs un des premiers avertissements que les visiteurs reçoivent lorsqu’ils veulent réserver un séjour, ajoute Michel Harcc-Morissette.

Pour assurer un bon déroulement des activités, le parc planifie un séjour de neuf jours, avec deux à trois jours dans la communauté d’Umiujaq, des journées qui permettent de s’ajuster au cas où un blizzard frapperait la région, empêchant alors les avions d’atterrir.

Ces journées au cœur du village nordique qui compte 450 âmes permettent de découvrir comment le mode de vie inuit se modernise tout en conservant les pratiques ancestrales. On peut y voir aussi bien les jeunes se rendre à l’école en autobus scolaire qu’un chasseur revenir avec un caribou dans son qamutiq (traîneau traditionnel).

Selon la météo et les experts locaux disponibles, les visiteurs peuvent ainsi faire différentes activités comme construire un igloo, faire du chien de traîneaux, apprendre à préparer la banique (pain traditionnel sans levure), ou même partir à la chasse. Ainsi, le parc travaille avec une trentaine de personnes au village, en plus de sept employés permanents.

Pour vivre dans un climat aussi rigoureux que celui du Nunavik, la flexibilité est de mise et elle est même imprégnée dans la culture inuite. Résultat : tout est possible… quand la température le permet. Que ce soit pour aller essayer de descendre une montagne en ski alpin, pour faire un détour pour prendre une photo, pour accommoder un client qui ne veut plus skier, les guides affichent un enthousiasme et une flexibilité débordants. Selon l’aisance et les désirs des clients, l’offre est donc très modulable, d’autant plus que le parc offre souvent un ratio d’un guide pour un visiteur lors des séjours guidés, offrant ainsi un service personnalisé.

Le parc étant situé à la frontière de la limite des arbres, en partie sur le territoire cri, on peut même y voir des bûcherons Inuit y couper du bois pour se chauffer !

Visiter le parc en autonomie

Ouvert au public en 2014, le parc affiche désormais complet presque un an à l’avance pour ses séjours guidés, mentionne Michel Harcc-Morissette. L’an dernier, le parc Tursujuq a accueilli environ 300 visiteurs, dont 61 % proviennent du Nunavik, notamment plusieurs groupes scolaires, qui ont passé 6,4 jours dans le parc en moyenne. Pour faire croître l’achalandage, le parc souhaite mettre en valeur les séjours en autonomie. Ces visiteurs autonomes peuvent partir en ski ou louer une motoneige au village pour accéder au parc. De plus, des services de navettes peuvent être offerts par le parc.

Notre journaliste était l’invité de Parcs Nunavik dans le cadre d’un séjour de familiarisation au Parc national Tursujuq.

Les visiteurs sont très souvent récompensés par un majestueux spectacle naturel qui danse dans le ciel étoilé : les aurores boréales.
Les guides font preuve d’une flexibilité extrême au Nunavik. Sur la photo, Joshua nous amène découvrir de beaux potentiels de ski hors-piste.
Les visiteurs du parc couchent dans des tentes inuites appellées tupiq. Au cours de l’été, 8 refuges chauffés seront installés.
L’école d’Umiujaq.
Notre guide Joshua se repose après une dure journée au bureau!
Une petite tente installée par Michel Harcc-Morissette pour plus d’intimité.
Le parc national Tursujuq se trouve à la limite nord de la forêt boréale. Avec les changements climatiques, les ainés disent apercevoir des arbres où il n’y en avait pas jadis.