Au-delà de la loi, les personnes

La Loi sur les soins de fin de vie a pris effet le 10 décembre 2015. Quelques mois auparavant, en février 2015, la Cour suprême du Canada dépénalisait le suicide assisté dans un jugement unanime. Oui, ces situations peuvent nous interpeller à différents niveaux. Plusieurs ont exprimé des objections, soulevé des questions d’ordre moral ou religieux. Comme il s’agit de vies humaines, la question n’est pas sans faire monter en nous des sentiments difficiles à gérer, à exprimer. La loi est entrée en vigueur, maintenant, nous devons vivre avec tout ce qu’elle implique.

Mon but n’est pas de défendre la loi ni de la critiquer. L’aide médicale à mourir est désormais une réalité de notre société. Mais au-delà de la loi, il y a des personnes à accompagner. Étant aussi intervenante en soins spirituels dans un hôpital de la région, c’est sous cet angle que j’aborderai le sujet.

Nous devons tout d’abord rappeler que l’accessibilité de l’aide médicale à mourir est réservée à la personne majeure, lucide, « en fin de vie », atteinte d’une maladie grave et incurable, avec un déclin avancé et irréversible et présentant des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions qu’elle-même juge tolérables. Il faut savoir aussi que la personne fait sa demande elle-même, à l’aide d’un formulaire signé en présence d’un professionnel qui contresigne. Personne ne peut demander l’aide médicale à mourir pour quelqu’un d’autre. Elle devra répéter sa demande au cours d’entretiens différents avec un médecin, espacés dans le temps, à intervalles raisonnables compte tenu de l’évolution de son état. Le médecin devra conclure, de même qu’un second médecin indépendant, que l’ensemble des conditions prévues est respecté.

L’humanité de l’accompagnateur
Nous ne connaissons pas le moment où quelqu’un de notre entourage fera la demande pour avoir accès à l’aide médicale à mourir, le moment où inévitablement nous serons appelés, d’une certaine manière, à accompagner. L’accompagnement des personnes en fin de vie ne se vit pas détaché de soi. C’est au contraire un mouvement du cœur qui invite à emprunter le chemin avec l’autre, même si c’est le chemin vers l’aide médicale à mourir. L’accompagnement permet aussi à la personne qui accompagne de parcourir son propre chemin intérieur. On ne peut pas se détacher de sa propre condition humaine.

Oui, accompagner fait ressentir un éventail d’émotions. Il arrive d’être triste devant une situation, de se sentir seul, d’avoir peur ou de douter. Accompagner fait aussi vivre une foule de réactions. Il arrive d’avoir l’impression de perdre ses moyens, de sentir de la nervosité. Émotions, sentiments, réactions… tout cela est à accueillir avec bienveillance, avec la même compassion manifestée à la personne en fin de vie. Si la souffrance de l’autre nous touche, il faut consentir à se laisser toucher.

Il n’y a parfois que notre présence que l’on peut offrir, mais la personne en fin de vie en a besoin. Une présence qui écoute, qui l’aide à nommer ses émotions, ses sentiments, ses peurs. Écouter même le silence, parce qu’il est le reflet de ce qui ne se dit pas, de ce qui n’arrive pas à être nommé.

Accompagner une personne en fin de vie, surtout dans le contexte de l’aide médicale à mourir, demande un grand respect. C’est même une exigence de la respecter dans toutes ses dimensions : le respect de son choix, de son histoire, présente ou passée, de ses croyances, même si elles sont différentes des miennes. Ce respect est sacré, même si dans ma vie j’ai choisi d’emprunter des voies différentes. Ce n’est pas de moi qu’il est question, mais d’une personne qui vit le passage ultime qu’elle seule devra prendre.

Peu importe sa condition, ses limites, ses choix, son histoire… personne ne mérite de mourir seul.

France Fortin, professeure

Institut de formation théologique et pastorale

www.iftp.org