Après la lune de miel

CHRONIQUE / Quelle femme ne rêve pas de rencontrer l’homme de sa vie ? Quel homme ne désire pas secrètement trouver son âme soeur ? « Toi et moi, pour toujours ! » « Quand on s’aime, on peut surmonter toutes les épreuves ! »

Elle avait 17 ans ; lui, 21 ans. Ils sont tombés follement amoureux l’un de l’autre. La passion était dévorante. Ainsi, lui disait-elle d’un seul souffle : « Je ne pourrai jamais aimer un autre homme que toi. » Et lui, en retour, ému : « Aucune femme ne pourra me combler comme tu le fais. » Ils affirmaient tous les deux : « Nous sommes faits l’un pour l’autre. Nous ne faisons plus qu’un. »

Deux ans ont passé à se chérir tendrement. Mais lentement, le venin de la jalousie a commencé à faire son oeuvre et à les déstabiliser. « Tu ne m’aimes plus autant qu’avant », se plaignait-elle. « Mais non, chérie, tu sais bien que je n’aime que toi », disait-il, afin de la rassurer.

Une première séparation douloureuse pour réfléchir, puis on reprend toujours aussi amoureusement...

On se sépare à nouveau. Ce ne sera jamais plus comme avant. Elle a maintenant 21 ans ; lui, 25 ans. Ils sont de plus en plus désillusionnés de leur amour pourtant si romantique.

Du désenchantement à l’engagement
Tout aussi enivrante qu’elle soit, la passion amoureuse ne dure pas. Les romans d’amour finissent là où commence la vraie vie. C’est une illusion de penser que la lune de miel sera éternelle. Si un grand amour est possible, il n’est jamais une passion fusionnelle, mais l’acceptation réciproque de l’un comme de l’autre, à la fois différent, imparfait et vulnérable.

« Nous sommes tombés en amour, et ce fut enivrant. Maintenant, il nous faudra nous élever en amour, et ce sera un vrai défi. Nous étions en couple et nous étions comblés. Maintenant, nous aurons à former un couple, et cela supposera des choix délibérés et conscients, peut-être douloureux dans les renoncements. »

« Nous étions un. Indifférenciés. Maintenant, nous serons trois : toi, moi et nous deux. Nous avions sensiblement les mêmes besoins en même temps. Maintenant, il y aura tes besoins et les miens, différents, au même moment. Il nous faudra négocier. »

« On s’idéalisait. Maintenant, il nous faudra apprendre à nous aimer dans nos limites comme dans nos forces. Il n’y avait que toi et moi. Maintenant, il nous faudra établir des priorités en composant avec bien du monde et une foule de préoccupations. »

« On rêvait de beaux enfants et on s’en réjouissait, mais on réalise que nos enfants à naître ne vivront pas seulement d’amour et d’eau fraîche et qu’il nous faudra planifier. »

« On croyait que tout est possible pour deux coeurs qui s’aiment, mais on réalise que l’amour demeurera possible que pour deux partenaires prêts à s’engager sur des bases solides. »

« Avant, il était aisé d’avoir de bons rapports intimes, mais il nous faudra apprendre plus que jamais à nous désirer, avec nos corps qui se transforment au fil du temps. »

« Avant, on se comprenait sans se parler. Maintenant, tout en constatant que les paroles sont souvent piégées et à double sens, il nous faudra quand même arriver à nous dire les choses, en mots ou autrement, avec le plus de justesse possible. »

Tant que les couples n’arrivent pas à faire ce passage douloureux entre l’idéalisation de la passion et la désillusion, qui conduit soit à l’engagement ou à la séparation, l’amour si ardent du début s’étiole et meurt. Et on recommence dans une autre relation en se disant : « Cette fois-ci sera la bonne... »

Michel Desbiens

Centre de développement personnel et conjugal

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