L’enseignante Marie-Claude Imbeault et le coordonnateur des loisirs Dominic Gagné espèrent répéter l’expérience.

Apprendre le français et créer des liens

Quand des élèves rencontrent des personnes âgées, on parle d’échanges intergénérationnels. Mais au cours des dernières semaines, ce sont plutôt des échanges interculturels qui ont eu lieu à la Villa Saguenay. Même si le Brésil, l’Iran, l’Égypte, les Bahamas, l’Australie, le Mexique, la Colombie, la Chine, le Vietnam et les Philippines se sont invités à la résidence, seul le français était la langue permise pendant les échanges.

Le Progrès a été invité à assister à la dernière rencontre entre les élèves de francisation de Marie-Claude Imbeault, enseignante au Centre de formation générale des adultes (CFGA) de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, et les résidents de la Villa Saguenay.

Des liens ont été créés, comme ce fut le cas entre Simone Dufour et Adda Guilardi, du Brésil.

Huit niveaux de francisation sont offerts par le CFGA et les élèves qui ont participé à l’activité avec les personnes âgées étaient de niveaux trois et quatre. Depuis le mois de septembre, le cours de francisation est passé d’une à huit classes, le nombre d’élèves ayant bondi de 30 à 150 ! En quelques mois, ceux qui parlaient le portugais, le perse, l’arabe, l’anglais, l’espagnol, le mandarin, le vietnamien ou le philippin ont appris à se débrouiller en français.

Parmi eux, il y a des conjointes ou des conjoints de Québécois ou d’immigrants qui travaillent déjà dans la région, leurs enfants, et des étudiants de l’UQAC. Les élèves sont âgés de 17 à 78 ans. Ils apprennent le français, oui, mais aussi à se débrouiller dans la vie de tous les jours pour commander au restaurant, trouver un appartement, et même faire un curriculum vitae et une lettre de présentation – optométriste, médecin, ingénieur et infirmière font partie des métiers que les immigrants pratiquaient dans leur pays.

Des liens ont été créés, comme ce fut le cas entre Simone Dufour et Adda Guilardi, du Brésil.

« Je cherchais une manière de les faire parler avec des Québécois, puisqu’on voyait entre autres le joual en classe. Donc j’ai pensé que les personnes âgées étaient les personnes avec qui on pouvait venir parler », explique Mme Imbeault. Cette dernière avait déjà travaillé à la résidence et c’est pourquoi elle a pensé interpeller Dominic Gagné, le coordonnateur des loisirs.

Mais est-ce que le joual peut avoir une connotation négative ? Pas du tout, puisqu’il s’agit du français populaire québécois, dans lequel on peut entendre des différences phonétiques, assure Mme Imbeault.

Les élèves ont donc délaissé leur classe de l’école Laure-Conan cinq fois – le mercredi après-midi – pour prendre part à des activités avec les aînés qui se sont portés volontaires. Un café-rencontre a eu lieu au départ pour voir si les échanges se déroulaient bien, « et finalement, c’était parfait ! », assure l’enseignante, tout en regardant fièrement ses élèves échanger avec leurs nouveaux amis.

« Ensuite, on est venus faire différentes activités qu’ils font dans la résidence, comme jouer aux poches, au palet américain, au mini-golf. On a fait des cartes et des signets de Saint-Valentin avec des phrases écrites en français et dans la langue de mes étudiants. On s’est pratiqués à dire les phrases dans les deux langues. La semaine suivante, on est allés sur l’étage où il y a des gens qui sont malades, sur l’étage de soins, pour chanter des chansons en français et offrir les signets aux gens qui sont là. »

Mercredi, c’était l’heure de se dire au revoir... mais peut-être pas pour tous les participants! Marie-Claude Imbeault mentionne que des liens forts se sont créés, que des larmes ont coulé, et il y a même des élèves immigrants qui ont fait part de leur intérêt pour revenir faire du bénévolat.
Les élèves sont âgés de 17 à 78 ans. Ils apprennent le français, oui, mais aussi à se débrouiller dans la vie de tous les jours.

Revenir pour du bénévolat

Mercredi, c’était l’heure de se dire au revoir... mais peut-être pas pour tous les participants ! Marie-Claude Imbeault mentionne que des liens forts se sont créés, que des larmes ont coulé, et il y a même des élèves immigrants qui ont fait part de leur intérêt pour revenir faire du bénévolat.

Pour la dernière journée, les élèves avaient été invités pour un dîner et il y a eu un échange de desserts traditionnels de leur pays et de sucre à la crème. Ils ont même eu droit à une initiation de danse en ligne avec l’école de danse Sylvain et Francis. Lors de notre passage, le grand salon de la Villa Saguenay était bondé et les danseurs se laissaient aller sur River Blue, d’Alain Morisod et Sweet People, et les éclats de rire étaient nombreux lors de la partie de ballon musical.

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Le sourire avant le voile

« Avais-tu ton voile tantôt ? 

- Oui, je l’ai depuis le début.

- Ah ! Je n’avais vu que ton sourire. »

Cet échange est survenu entre un résident et une Égyptienne qui avaient été jumelés pour une partie de poche. Ils se côtoyaient depuis une trentaine de minutes quand l’homme l’a interpellée au sujet de son voile. L’enseignante Marie-Claude Imbeault a donné cet exemple pour montrer à quel point l’intégration s’est bien déroulée, sans préjugés. 

« Ça sort les personnes âgées de leur isolement et ils sont tellement accueillants ! Il y a eu de belles discussions, même des confidences. »

Adda Guilardi, du Brésil, est arrivée dans la région en juillet. Son mari travaille chez CGI et poursuit sa maîtrise à l’UQAC. Ils ont deux enfants, une jeune fille de 10 ans et un petit garçon de 2 ans. C’est elle qui a fait part de son intérêt pour faire du bénévolat. 

« C’est parfait comme activité ! Je suis contente. C’est important pour des personnes qui arrivent ici de parler avec des Québécois. Les personnes âgées sont très gentilles, très accueillantes. Malheureusement, c’est notre dernier jour ! », a dit Mme Guilardi dans un excellent français, elle qui est rendue au quatrième niveau, pendant que Daniel, 19 ans, de la Colombie, venait nous saluer.

Simone Dufour et Claude Bergeron font partie des résidents qui ont pris part aux séances d’activités. Sans aucun doute, ils ont adoré les échanges. 

« Ce sont des gens qui sont vraiment intéressés de connaître les Québécois, ils sont très ouverts », a dit M. Bergeron. 

« Ç’a été une expérience extraordinaire pour les deux côtés », a renchéri Mme Dufour.

Avec tout ce succès, est-ce que l’expérience va se répéter ? C’est une évidence, assure le coordonnateur des loisirs de la Villa Saguenay, Dominic Gagné.

« C’est capoté ! Je ne pensais jamais que ce serait comme ça quand j’en ai parlé avec Marie-Claude. Je suis épaté par le naturel avec lequel les échanges se sont faits et je suis vraiment surpris par la chaleur des immigrants, par leur sincérité. Cette semaine, j’en ai parlé avec des résidents et ils se sont dits vraiment privilégiés. »

Le directeur général de la Villa Saguenay, Philippe Bernard, n’avait que de bons mots pour l’activité organisée dans la résidence qui aura 30 ans en juin. 

« Les résidents en parlent beaucoup. Ça permet aux immigrants d’entrer dans le vécu des gens. C’est la première fois et j’espère qu’on va le répéter », espère-t-il.

Quand Le Progrès a quitté, Vafa Eslami, de l’Iran, venait de terminer une démonstration de danse iranienne, au grand plaisir des spectateurs !