Maeve, Aliyah et Carryann sont aujourd’hui âgées de 18 mois. «Elles sont inséparables; elles s’aiment», dit leur maman.

Aliyah, Maeve et Carryann: triplettes triplement fragiles

À l’échographie de Chantale Jalbert, faite à 13 semaines en urgence, la future maman et son conjoint, Michel Truchon, ont eu une énorme surprise. Il y avait trois petits coeurs qui battaient dans le ventre de Chantale. Puis, ces trois mêmes petits coeurs ont eu à se battre pour leur survie, à leur naissance, alors qu’elles pesaient entre 1,5 et 1,75 livre. Voici l’histoire de triplettes miraculées qui ont défié tous les pronostics.

«Je trouvais que je grossissais vraiment vite, alors je suis allée à l’urgence pour voir s’il y avait un problème», raconte Chantale, rencontrée lundi avec son conjoint et leurs trois petits trésors, à leur maison de Chicoutimi-Nord.

Comment réagit-on à une telle annonce? «J’étais figée. Ç’a pris plus d’une semaine avant qu’on en parle, Michel et moi. Après ça, on s’est dit: ‘‘Go!’’»

À la naissance, les triplettes pesaient 690, 730 et 790 grammes. Cette photo a été prise à l’occasion de leur première nuit ensemble.

«Moi, sur le coup, j’ai plus paniqué, confie Michel, mais pas pour le fait qu’on allait avoir trois enfants. Je stressais pour la maison, la voiture... Je ne sais pas trop pourquoi, mais ce sont les à-côtés qui m’angoissaient.»

Il faut dire que le couple n’avait qu’une seule chambre à la maison, le sous-sol abritant une garderie. «On avait acheté la maison en ne sachant pas si on voulait des enfants. Ça nous a pris du temps décider qu’on en voulait un. Et on en a eu trois», reprend-il.

Les trois petites sont demeurées tranquilles tout au long de l’entrevue, lundi.

Mais le duo, qui célébrera bientôt ses 10 ans de vie commune, a vite dû se concentrer sur des obstacles d’autant plus majeurs.

À 15 semaines, Chantale a fait une hémorragie. Deux semaines de transfusion sanguine ont ensuite été suivies d’une première nouvelle inquiétante pour les poupons à venir. « Maeve n’avait presque plus de liquide; Aliyah en avait trop», raconte Chantale, qui est tombée enceinte de façon naturelle.

Les parents de Maeve, Aliyah et Carryann habillent les triplettes avec des habits identiques lors des événements spéciaux, que ce soit pour une sortie dans la famille, une fête ou une séance de photos. Mais au quotidien, ce serait un trop grand casse-tête.

Une intervention s’imposait pour rééquilibrer le liquide entre les deux jumelles identiques. Chantale, aujourd’hui âgée de 37 ans, un an de moins que son conjoint, a donc été transférée d’urgence au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine de Montréal. Suivie de près, la future maman n’a finalement jamais été opérée, puisque la situation s’est rétablie d’elle-même.

Puis, à 26 semaines, le 8 août 2018, Chantale devait retourner à Saguenay, mais la journée du vol, la plus grande des surprises est survenue. Maeve, Aliyah et Carryann sont nées. Elles pesaient 690, 730 et 790 grammes, soit moins de 1,75 livre.

Chantale Jalbert et Michel Truchon sont des parents comblés avec leurs trois petits trésors, Maeve, Aliyah et Carryann.

«Aucun bébé ne devrait vivre ça, dit la maman. Par chance, nous étions à la meilleure place. Si j’avais été dans mon vol de retour, elles seraient mortes et si j’avais été à Chicoutimi, elles seraient possiblement mortes aussi.»

Les trois petites ont survécu aux critiques 48 premières heures, ce qui est un miracle en soi, estiment les parents.

La petite Maeve était particulièrement enjouée et ricaneuse lors du passage de l’équipe du Progrès.

Des mois de soins

Pendant deux mois, les petites ont été hospitalisées aux soins intensifs. Si Carryann, qui n’est pas identique à ses deux soeurs, a rapidement pris du mieux, Maeve et Aliyah ont dû être entubées plus longtemps. Et Aliyah a fait une hémorragie pulmonaire.

En novembre, elles ont été transférées aux soins intermédiaires. Selon l’équipe médicale, un séjour de quelques mois les attendait. Mais une fois de plus, les triplettes ont «déjoué tous les pronostics».

Chantale Jalbert et Michel Truchon sont des parents comblés avec leurs trois petits trésors, Maeve, Aliyah et Carryann.

«Elles ont réussi à respirer à l’air libre en moins de deux semaines. Les médecins nous avaient donné une formation pour qu’on utilise des masques et des bonbonnes à la maison. Finalement, elles n’ont pas eu besoin d’oxygène, et pas de gavage non plus. Des médecins venaient les voir parce qu’ils ne croyaient pas que c’était vrai», relate Chantale.

Les triplettes miraculées ont passé cinq jours à l’hôpital de Chicoutimi, après quoi la famille a pu rentrer à la maison.

Carryann n’est pas jumelle identique avec ses deux soeurs. Mais toutes trois ont tout de même des airs de famille.

«C’est là que j’ai tout réalisé. Je suis tombée de haut. Je pleurais, pleurais, pleurais», confie Chantale.

Un diagnostic difficile à accepter

Alors que la famille commençait à s’habituer à son nouveau quotidien, une autre tuile lui est tombée sur la tête. Aliyah est atteinte d’une paralysie cérébrale. «On l’a su une semaine avant Noël, poursuit la maman des triplettes. C’est tout récent. Au début, elle était suivie pour un problème de développement. [...] Pour l’instant, c’est plus moteur, au niveau des jambes, des pieds et de son bras gauche. Mais avant 3 ans, c’est difficile de savoir qu’est-ce qui sera atteint et à quel point.»

La complicité et la solidarité entre les triplettes Maeve, Aliyah et Carryann sautent aux yeux.

«Chantale ne l’accepte pas encore, confie Michel. Moi, j’ai lu beaucoup sur le sujet et ça m’a aidé.»

«Je ne veux pas qu’on m’en parle, je ne veux rien savoir, reconnaît Chantale. Dites-moi quoi faire, comment l’aider, mais ne prononcez pas le mot. Je ne suis pas rendu là.»

Chantale Jalbert a regroupé quelques photos, dont certaines prises par des photographes qui collaborent avec le CHU Sainte-Justine dans des albums. Elle affirme avoir été traitée aux petits oignons avant son accouchement, dans l’aile rénovée grâce au généreux don de l’ex-défenseur du Canadien de Montréal P.K. Subban.

De son côté, Maeve devra subir une opération chirurgicale au coeur, probablement cet été, afin de corriger une anomalie. Sa condition pulmonaire est également fragile.

Caryann, elle, se porte bien.

La petite Aliyah est atteinte de paralysie cérébrale, ce qui explique son retard de développement par rapport à ses deux soeurs.

«Elles sont adorables; ça n’a pas de sens. Des gens nous disent qu’ils n’aimeraient pas être à notre place, mais nous sommes chanceux. Il n’y a rien de plus beau que de voir Carryann et Maeve aider Aliyah, quand elle a de la misère. Elles ont un instinct de protection. Elles sont inséparables; elles s’aiment», souligne Chantale, les yeux brillants, en portant un regard vers le salon, où ses trésors, maintenant âgés de 18 mois, se sont amusés, calmement, tout au long de l’entrevue.

«On y va au jour le jour depuis le début, et ça se passe bien. C’est comme ça, tout simplement. Pour nous, c’est ça, notre réalité», ajoute le papa.

Chantale Jalbert et Michel Truchon sont des parents comblés avec leurs trois petits trésors, Maeve, Aliyah et Carryann.

Et la maman termine: «C’est une chance, un cadeau! Quand on est tous ensemble, je me dis que c’est extraordinaire. C’est un petit miracle.»

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UN ÉVÉNEMENT-BÉNÉFICE LE 14 MARS AU MONT-BÉLU

Grâce à l’entraide et à la générosité de leurs proches, mais aussi de purs inconnus, Chantale Jalbert et Michel Truchon ont pu se concentrer à surmonter les nombreuses épreuves mises sur leur chemin, de l’échographie à aujourd’hui. Un événement-bénéfice viendra boucler la boucle, le 14 mars, au Mont-Bélu, où travaille le père de famille.

Celle qui mérite le prix du meilleur rôle de soutien, c’est sans l’ombre d’un doute la grand-maman maternelle. « Ma mère a pris la garderie pour moi pendant que j’étais à l’hôpital, le temps qu’on annonce qu’on la fermait pour faire une chambre aux petites. [...] Aujourd’hui, elle vient pratiquement chaque jour m’aider avec les tâches ménagères. Elle habite juste de l’autre côté de la rue. »

Pour le second rôle, Michel a aussi éclipsé toute la compétition. « Je revenais toutes les deux semaines pendant un week-end. J’ai préparé la maison, tout désinfecté et nettoyé, des plafonds aux planchers, pour préparer le retour. Elles étaient tellement fragiles que l’on voulait un environnement 100 % stérile. »

Coup de pouce financier

Puis, une armée de figurants méritent une mention spéciale, dont les organisatrices de la soirée-bénéfice qui se tiendra le 14 mars, au Mont-Bélu, à La Baie.

Alexandra Grenon, Carole Pelletier et Guylaine Pedneault, des collègues et amies, ont appelé le couple pour l’informer de leur idée.

« L’objectif de la campagne est de recueillir le maximum de dons pour venir en aide à la petite Aliyah. Étant atteinte de la paralysie cérébrale, la petite a beaucoup de soins, de rendez-vous et a besoin de plusieurs meubles adaptés afin de permettre son bon développement », écrivent-elles, dans leur demande de commandites.

En effet, les petits nécessitent encore beaucoup de soins, surtout Aliyah. Les rendez-vous s’accumulent, à domicile, à l’hôpital et à l’extérieur de la région. Nutritionniste, infirmière, travailleur social, pneumologue, ophtalmologiste, orthophoniste, physiothérapeute, ergothérapeute, cardiologue ; plusieurs spécialistes sont impliqués.

Évidemment, dans un tel contexte, et avec toute la vigilance que demande une santé aussi fragile, Chantale ne sait pas quand elle pourra recommencer à travailler. Le couple doit donc vivre avec un seul salaire.

« Elles nous suivent depuis le début. Ce sont des collègues à nous deux, puisque Chantale travaillait parfois à la billetterie le soir. Quand elles ont su pour la paralysie cérébrale, elles ont voulu nous aider », raconte Michel, qui oeuvre comme mécanicien.

« C’est un beau geste inattendu. C’est étonnant de voir à quel point les gens sont généreux, ajoute Chantale. Plein de gens nous écrivent sur Facebook pour nous offrir des choses. Quand on est revenus de Montréal, le garage était plein. Nous n’avons presque rien eu à acheter. C’est irréel ! »

Quelque 200 billets sont à vendre pour la soirée-bénéfice, qui inclut un souper méchoui, de la danse et bien des surprises. Le coût est de 15 $ pour les enfants de 6 à 11 ans et de 30 $ pour les 12 ans et plus. Pour s’en procurer, il faut communiquer avec Guylaine Pedneault, au pelletier5@live.ca, ou se présenter à la billetterie du Mont-Bélu.

De plus, des dons et des commandites sont recherchés. Déjà, le Club Optimiste de La Baie et le député de Dubuc, François Tremblay, ont confirmé des dons de 350 $. Clément, Costco, Jean Coutu, Familiprix et Desjardins ont aussi accepté de s’impliquer.

La direction du Mont-Bélu, l’employeur de Michel, qui fait preuve d’une « énorme flexibilité et ouverture », est le partenaire principal de cette bonne action. « Mon patron a refait tout mon horaire pour m’aider, sans que je lui demande. Il ne me met aucune pression », souligne Michel.

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QUELQUES CHIFFRES

• Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), «un bébé est considéré comme prématuré s’il naît avant que 37 semaines de gestation se soient écoulées. Normalement, une grossesse dure environ 40 semaines».

• Selon l’Institut de la statistique du Québec, en 2018, dans la province, 54 naissances de trois enfants ou plus ont été enregistrées sur un total de 83 800 naissances simples, pour un taux de 0,0006%.