La dernière année a été fort mouvementée pour Carole-Anne Leclerc. En l’espace de trois mois, elle a appris qu’elle était enceinte, a su qu’elle portait des jumelles et a dû accoucher à 25 semaines de grossesse. Léa est malheureusement décédée, mais la présence de la petite Mia aide la maman à faire lentement son deuil.

À travers les yeux de Mia

La dernière année n’a pas été de tout repos pour Carole-Anne Leclerc. En l’espace de moins de trois mois, elle a appris qu’elle était enceinte, a su qu’elle portait des jumelles, a été forcée d’accoucher prématurément et a dû encaisser la perte d’un de ses bébés. Près de neuf mois après la naissance de ses filles, la jeune maman de 27 ans a voulu partager son expérience. À travers le long et sinueux processus du deuil de Léa, elle puise du réconfort dans les yeux de Mia.

Mia est née le 30 janvier 2018. Elle aura donc bientôt neuf mois. Mais, puisqu’elle a vu le jour à 25 semaines de grossesse, son âge doit être corrigé. Le poupon aux joues roses, en parfaite harmonie avec la couleur de ses petits habits, a donc officiellement cinq mois.

Assise sur les genoux de sa mère, la vigoureuse Mia ne donne absolument aucun indice du fait qu’elle ne pesait que deux livres et ne mesurait que 32 centimètres à la naissance. Pour bien comprendre, 32 centimètres, c’est pratiquement la longueur d’une règle. Et ça, c’était lorsque le petit corps de Mia était bien tendu, de la tête jusqu’aux pieds. Sa maman a vécu la gamme des émotions et n’oubliera jamais les écueils rencontrés au cours des derniers mois. Autant d’épreuves qui, espère-t-elle, la rendront plus forte et mieux outillée dans son rôle de mère.

Mia

Carole-Anne Leclerc était enceinte de trois mois lorsqu’elle a appris qu’elle portait la vie. La grossesse n’était pas prévue et la jeune femme venait d’effectuer un retour aux études au collège Multihexa. Le choc fut double lorsqu’elle et son conjoint, Pascal Riverin, ont encaissé la nouvelle de la venue de jumelles.

« J’ai beaucoup pleuré au début et j’ai eu de gros questionnements. On était tous les deux à l’école et on n’avait pas beaucoup de moyens financiers. On habite dans un appartement au sous-sol de la maison de ma mère. J’étais en état de choc, ça me faisait peur », relate Carole-Anne Leclerc, assise dans le salon de son petit logement de Chicoutimi-Nord. La future maman et son amoureux ont apprivoisé l’idée et se sont préparés aux hauts et aux bas de la parentalité multiple.

Travail précoce

Assise à son poste de travail chez Multihexa, Carole-Anne a senti son sous-vêtement se mouiller. Inquiète, elle s’est dirigée vers l’hôpital de Chicoutimi. On l’a gardée pour une nuit, le temps de faire quelques tests. À 24 semaines, les hormones de grossesse se décèlent moins facilement et il fallait d’abord établir qu’il s’agissait bien de liquide amniotique. Dès qu’il fut établi que c’était bien le cas, Carole-Anne a été mise sur le chemin du CHUL de Québec, où elle est arrivée en ambulance. Dès lors, le personnel médical a établi qu’une des deux jumelles n’avait pratiquement plus de liquide amniotique, évidemment nécessaire au développement du foetus.

Mia et Léa sont nées le 30 janvier 2018. Alors que Mia, deux livres et demi, était en relative bonne forme, ce n’était malheureusement pas le cas de Léa, qui ne pesait qu’une livre et demie. Elle a poussé son dernier souffle à dix jours de vie.

Tout un protocole a été mis en branle pour protéger les deux bébés et pour s’assurer qu’ils puissent demeurer bien au chaud, dans le ventre de leur maman, le plus longtemps possible. Le coeur de la petite Léa battait toujours.

Alitée, loin de chez elle et rongée par l’inquiétude, Carole-Anne Leclerc confie qu’elle a beaucoup pleuré. Ses bébés étaient maintenus en garde à vue grâce à des échographies quotidiennes, lesquelles donnaient un aperçu de l’état de chacune. De l’enseignement était fourni à la jeune femme et à son conjoint par du personnel hospitalier au sujet de la prématurité et de tous ses tenants et aboutissants. Mais chaque jour, le col de l’utérus de Carole-Anne s’effaçait de plus belle, jusqu’à ce que se produise l’inévitable.

« Je me suis mise à avoir des douleurs au dos. Je ne savais pas, au début que c’était des contractions. Tout d’un coup, les bébés allaient sortir là, dans mon lit », relate-t-elle.

Carole Anne Leclerc

Césarienne

Carole-Anne a été conduite au bloc opératoire sur-le-champ pour ensuite accoucher par césarienne. Tout est allé si vite. Et pendant ce temps, Carole-Anne Leclerc avait très peur. Peur de rencontrer ses bébés, peur d’être choquée par leur apparence.

« Je n’arrêtais pas de me dire qu’à 25 semaines, un bébé, ça ne doit pas être très beau. Pas comme les beaux bébés roses qu’on voit quand ils naissent à terme. J’avais toutes ces images-là qui se bousculaient dans ma tête. C’était comme un cauchemar. C’était beaucoup trop rapide », poursuit la maman.

Dès qu’elles ont vu le jour, les jumelles de Carole-Anne Leclerc ont été prises en charge par des infirmières et ont été emmenées à l’écart pour recevoir les soins requis. La nouvelle maman ne les a vues que pendant quelques secondes et ce souvenir demeure, pour elle, très flou.

« J’étais en salle de réveil et on m’injectait le plus de liquide et de vitamines possible. Je ne savais pas ce qu’il adviendrait de mes bébés. J’étais tellement fatiguée. On dirait que je n’étais pas tout à fait là », renchérit-elle.

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«QUAND JE REGARDE MIA, JE MEFAIS DES IMAGES DE LÉA»

Léa ne pesait qu’une livre et demie à la naissance. Contrairement à sa soeur, qui était en relative bonne forme pour une grande prématurée, elle était faible et livide.

« Quand il a vu les filles pour la première fois, mon chum a failli perdre connaissance. Ma façon d’expliquer de quoi elles avaient l’air à la naissance, c’est de dire que Mia était comme une petite saucisse trop cuite et que Léa était blanche comme un drap. Elle a souffert du syndrome du transfuseur transfusé, qui arrive souvent chez les jumeaux qui sont dans des poches différentes, mais qui ont le même placenta », explique Carole-Anne Leclerc. 

Ce syndrome résulte d’un déséquilibre du débit sanguin entre les jumeaux. Les échanges sont donc plus favorables à l’un, au détriment de l’autre. Il y a un bébé transfuseur, qui donne plus que ce qu’il ne reçoit, et un bébé transfusé, qui reçoit plus qu’il ne redonne. 

La nouvelle maman raconte que pendant 10 jours, Léa s’est accrochée à la vie, une période au cours de laquelle la maman n’a pu avoir de réel contact avec son enfant, trop vulnérable. Lorsqu’il est devenu évident, aux yeux du personnel médical, que le poupon ne survivrait pas, les parents ont pu passer un moment avec elle. Les rideaux ont été tirés et une ambiance calme, propice aux adieux, a été créée par le personnel de l’unité néonatale. On a demandé aux parents d’enlever leur chandail, de façon à favoriser le contact peau à peau. Chacun a pu cajoler Léa, dont la respiration était devenue très fébrile. De la morphine lui a été administrée pour l’aider à s’envoler en douceur. Son souffle s’est fait plus hésitant, puis elle a amorcé son voyage vers le pays des anges.

En dressant le récit de ces moments, qui ont été les seuls où elle a pu prendre son enfant, Carole-Anne Leclerc pleure. Il n’existe aucune photo de Léa. Tout est allé trop vite. La tragédie a figé ses parents dans l’impuissance.

« Il faut que tu ravales ta pilule assez vite, que tu te concentres sur l’autre, celle qui reste et qui a besoin de toi », note Carole-Anne.

Pétillante

Neuf mois plus tard, Mia va bien. Ses joues pleines et rosies, ses yeux brillants et ses cheveux hérissés lui fournissent les attributs d’un bébé débordant de vie. Les cendres de Léa reposent dans une urne en forme de coeur, laquelle repose dans la chambre de sa soeur jumelle. 

« Quand je regarde Mia, je me fais des images de Léa. Je vais la voir grandir à travers elle », s’est résignée la maman. 

Plusieurs rendez-vous médicaux ponctuent le quotidien de la petite famille et la petite puce bénéficie d’un suivi rigoureux, à Chicoutimi et à Québec. Sa mère travaille à son propre rétablissement, elle qui s’avoue être encore, par moments, sous le joug des vives émotions vécues en un très court laps de temps.

« En l’espace de deux mois et demi, j’ai appris que j’étais enceinte et j’ai accouché. J’ai perdu un de mes deux bébés. C’est beaucoup de choses. Je commençais à peine à avoir une bedaine. On n’a même pas pris le temps de prendre de belles photos », de confier celle qui planifie un retour aux études pour terminer ce qu’elle a été forcée de mettre en veille.

Financièrement, l’année a été dure. Le fait de passer 87 jours à Québec, sans revenu, a laissé des traces. Une reconstruction à ce chapitre est en cours et va bon train. Un jour, dit Carole-Anne Leclerc, il y aura deux emplois, un autre enfant et, qui sait, peut-être même une maison.

D’ici là, plus que tout, il y a la volonté de savourer le moment, celui qui montre Mia, les gencives baveuses blanchies de deux premières dents, qui ne demande qu’à grandir et à s’épanouir.