Stacey Patry-Côté partage son appartement avec quelques animaux, dont ce magnifique lévrier irlandais. Kalem est aveugle de naissance.

Taxidermiste en formation chez Bilodeau Canada

CHRONIQUE / Installée au Lac-Saint-Jean depuis quatre ans, Stacey Patry-Côté est fière de travailler dans la plus grosse entreprise de taxidermie du Québec. Selon elle, c’est une façon de rendre hommage aux animaux, tout en déployant son côté artistique.

« Je suis présentement une formation en taxidermie chez Bilodeau Canada de Normandin, au Lac-Saint-Jean, qui compte 85 employés. Il faut compter cinq années de formation pour maîtriser toutes les facettes de ce métier », souligne la jeune femme de 21 ans.

Bilodeau Canada est la plus grosse entreprise de taxidermie du Québec.

Elle fait partie de l’équipe de quatre taxidermistes qui travaillent à temps plein dans cette entreprise qui répond aux demandes de 27 pays dans le monde.

« Le processus de taxidermie prend plusieurs jours. Il faut tanner la peau, réparer les imperfections, retirer une épaisseur au visage, faire le montage du visage, recoudre le corps et laisser sécher. On termine avec la finition des yeux, des narines et de la gueule à l’aide de peinture », énumère l’étudiante.

Ayant travaillé comme guide au Centre de la biodiversité du Québec, elle adorait contempler les quelques bêtes naturalisées qu’elle croisait quotidiennement. « Les animaux empaillés, qu’on dit maintenant naturalisés, m’ont toujours attirée. J’ai l’impression que ça redonne vie à l’animal et qu’il nous reste quelque chose de certaines espèces disparues », mentionne-t-elle. Elle suppose que cette passion lui a été léguée par son arrière-grand-père maternel qui était trappeur et chasseur.

Quand elle prépare le corps d’une bête, elle se plaît à imaginer que cet animal a nourri des gens et qu’il a eu une belle vie en liberté. « J’ai déjà eu des reptiles qui se nourrissaient d’animaux vivants et oui, un jour j’aimerais bien trapper. J’adore les animaux, mais je respecte aussi la chaîne alimentaire », relate-t-elle. Tuer ne dérange pas sa logique. « C’est la loi de la nature. » Elle voit la chasse et la trappe comme une façon de régulariser la population animale.

Stacey Patry-Côté est en pleine formation pour devenir taxidermiste professionnelle.

Chez elle, Stacey planche sur des projets artistiques inspirés d’ossements d’animaux qu’elle transforme en oeuvre d’art. Comme si sa vie n’était pas assez colorée, quand elle veut décrocher de son quotidien, elle plonge dans l’univers des Vikings, grâce à la troupe d’Aegir qui a pris naissance à Sainte-Rose-du-Nord. « On fait la reconstitution historique de l’époque des Vikings qui remonte au 8e siècle. On transforme la nourriture, comme à cette époque. Nous sommes une grande famille composée d’une trentaine de membres », poursuit-elle.

Dès son secondaire, ses goûts musicaux, son style vestimentaire, sa façon de penser et ses champs d’intérêt ne correspondaient pas à la majorité des jeunes de son âge. Encore aujourd’hui, son métier croule sous les préjugés souvent teintés de méconnaissances. C’est pourquoi elle invite les gens à visiter l’économusée de Bilodeau Canada où elle agit comme guide quelques jours par semaine.

Dans l’entreprise où elle travaille, la taxidermiste en formation collabore à des projets inspirants. « J’ai bien aimé participer à la fabrication de costume pour le groupe de musique les Bâtards du Nord qui voulait des costumes faits de têtes de loups et d’ours », cite l’adepte de musique.

Parcours

À l’âge de 17 ans, poussée par une envie de parcourir le Québec, Stacey Patry-Côté quitte sa région natale de Trois-Rivières pour venir s’installer au Lac-Saint-Jean. Dans l’optique de devenir comportementaliste animal, elle entre au Cégep de St-Félicien pour faire sa technique en santé animale. « Je me disais que si j’avais à travailler dans le monde des animaux, il serait bien d’avoir des connaissances pour des situations d’urgence », réfléchit-elle. Au bout d’un an, elle est davantage attirée par la technique en milieu naturel. « J’ai fait deux ans dans cette technique, que je prévois terminer éventuellement en me spécialisant en aménagement et interprétation du patrimoine naturel pour devenir guide naturaliste », projette celle qui aime bien le contact avec le public.

Animaux

« J’aime les animaux, morts et vivants », lance Stacey. Elle partage son spacieux appartement avec deux chiens et trois chats ayant des besoins particuliers. Depuis qu’elle est petite, la cohabitation avec les bêtes est vitale et elle aime donner la chance aux animaux rescapés ayant eu moins de chance dans la vie. Il y a deux ans, elle adoptait son premier chat, sauvé d’une mort certaine, alors qu’il vivait dans une colonie de chats de ferme très malades. Kalem, son chien de race lévrier irlandais, est aveugle de naissance. Son deuxième chien Albert, un berger australien, est sourd et légèrement aveugle dû à une mauvaise génétique.

En plus des soins vétérinaires, ses animaux ont aussi besoin d’une éducation adaptée. Sensible et à l’écoute de ses bêtes, Stacey gère drôlement bien sa ménagerie.