Attendrie par un petit tamia retrouvé mort, Shana Patry rend hommage aux bêtes sauvages dans son exposition « Éphémère » qui regroupe huit toiles.

Peindre la mort pour souligner la vie

Attendrie par un petit tamia retrouvé mort noyé au chalet familial, situé au Lac-Saint-Jean, à l’été 2017, Shana Patry s’est laissé imprégner par la magie du moment. S’en est suivi une collection de huit oeuvres.

« Ce jour-là, alors que je m’apprêtais à enterrer le tamia, je l’ai trouvé bien seul dans son petit trou. J’ai ajouté une de ces fleurs qui poussent partout à l’état sauvage et qui attire les monarques. Puis, j’ai pris une photo, avant de remettre la terre », explique l’artiste peintre.

C’est ainsi que le processus de création s’enclencha. Shana passa 21 jours à s’amuser, à temps perdu, sur cette première toile qui allait devenir la première de la série Éphémère. Habituée de plonger dans le surréaliste, elle souhaitait que cette collection soit plutôt réaliste et se rapproche à un caillou près de la véritable scène. Un attachement particulier s’est créé entre l’artiste et son oeuvre.

L’exposition solo « Éphémère » de Shana Patry est présentée à la maison de thé la Théière à l’Envers, située au 150 rue Racine Est, Chicoutimi, jusqu’à la fin du mois d’août.

« Mon tamia a longtemps eu une place de choix dans ma cuisine », précise Shana.

Malgré toute cette passion qu’elle met dans chacune de ses toiles, elle ne les garde jamais très longtemps auprès d’elle. « Je préfère les vendre pour faire place à de la nouveauté », lance-t-elle.

Inspirée par son tendre petit rongeur, elle désirait poursuivre cet hommage dédié aux bêtes sauvages qui meurent. Sur un groupe Facebook, réunissant des taxidermistes provenant des quatre coins du monde, elle proposa aux membres de participer à son projet en lui envoyant des photos d’animaux morts. Elle reçut plus de 200 clichés, accompagnés de leurs histoires. Outre les sept photos choisies, elle a conservé précieusement une cinquantaine d’images pour des idées futures.

L’artiste a fait appel à des taxidermistes pour recueillir des images d’animaux morts et en faire des tableaux.

De ces photos sont nés des oiseaux, un orignal, un serpent, des rongeurs et un coyote peints dans leur repos final, ayant presque l’air de dormir, embellis de fruits mûrs et de fleurs.

« Pour moi, peindre la mort c’est surtout souligner la vie. Affronter en face quelque chose qu’on passe littéralement notre vie à essayer de balayer sous le tapis », poursuit la jeune femme. Sa série Éphémère met en lumière ces scènes difficiles à regarder, mais qui se passent autour de nous, tous les jours.

Expositions
Le 7 juin dernier, l’artiste de Saguenay vivait son cinquième vernissage pour présenter cette collection qui a vu le jour au travers de nombreux autres projets. L’exposition Éphémère restera en place à la Maison de Thé La Théière à l’Envers, située au 150 rue Racine Est à Chicoutimi, jusqu’à la fin du mois d’août. Cet endroit, qu’elle chérit pour l’accueil chaleureux des propriétaires, a une place privilégiée dans son coeur, puisque c’est le tout premier endroit qui lui a donné sa chance lors de son premier vernissage en 2016.

Dans l’exposition, des oiseaux, un orignal, un serpent, des rongeurs et un coyote peints dans leur repos final.

Animaux
Installée dans son appartement, à Jonquière, entourée de son lapin, sa tortue et son chat, Shana ne se lasse pas de peindre des bêtes de toutes les couleurs. Depuis deux ans, elle gagne principalement sa vie en peignant des animaux adorés par leurs humains. « J’ai près de 330 aquarelles de faites à partir de photos qu’on m’envoie. Mes clients sont principalement aux États-Unis », souligne-t-elle. C’est via sa boutique Etsy (https://www.etsy.com/ca-fr/shop/ShanaPatry/items) qu’elle fait connaître son art, vend ses toiles et prend les commandes.

Parcours
Âgée de 22 ans, Shana Patry a choisi de gagner sa vie grâce à son art. Le défi est doublement audacieux puisqu’elle a aussi fait le choix de rester dans sa région, au Saguenay. Jour après jour, depuis deux ans, les nombreuses personnes qui font appel à son talent lui confirment qu’elle a fait le bon choix. Bien qu’elle adore son mode de vie, et qu’elle peut créer quand bon lui semble, elle doit aussi faire quelques sacrifices. « Disons que je ne pourrais pas me payer de voiture ni de voyage dans le Sud », conclut-elle en riant.