Keven Girard, médiateur culturel, et Denis Leclerc, metteur en scène, posent avec quelques comédiens de la 22e production de la troupe Les En-Tête-T

La vie après un traumatisme crânien

CHRONIQUE / Depuis 31 ans, mon oncle Marco – Marc Landry, de son vrai nom – vit avec les répercussions d’un grave traumatisme crânien. En juin 1987, il s’est fait frapper par une voiture en traversant la rue à pied. Il avait 28 ans.

Après trois mois dans le coma, plusieurs opérations et une longue réhabilitation, les médecins disaient qu’il avait toutes les capacités physiques pour marcher à nouveau. Malgré tout, il n’a jamais trouvé l’énergie pour y arriver. Il se déplace donc avec une marchette. 

Il a perdu l’usage partiel de son côté gauche, et sa mémoire s’est dégradée jusqu’au point de ne plus avoir de mémoire à court terme. « Lorsqu’une chanson commence, je peux la chanter instinctivement. Je connais les paroles et je ne me pose pas de questions. De l’autre côté, je ne me souviens pas de ce que je viens de manger pour dîner », remarque-t-il. Malgré tous ces changements, auxquels il doit constamment s’adapter, il n’a jamais perdu son sens de l’humour. 

Doué dessinateur, les images s’effacent tranquillement de sa mémoire. Alors que, jadis, il avait un français écrit impeccable, il commence à faire des fautes. Très habile pour éviter de perdre la face, Marco a plein de trucs. Par exemple, en dessin, il fait maintenant des oeuvres abstraites. 

De plus, jamais il n’entame de conversation, de peur de se répéter et d’avoir l’air fou. Il n’essaie pas de retenir des choses, comme le nom de nouvelles personnes, car il sait que c’est un combat inutile. 

L’intellectuel qu’il est a toujours aimé écrire et lire. Malheureusement, il ne peut plus vraiment lire, car dès le deuxième paragraphe, il ne se souvient plus du premier. « J’oublie facilement, mais certaines choses demeurent comme encrées en moi », réfléchit-il. 

Quand on lui demande son âge, Marco dit toujours qu’il est dans la trentaine. Quand on lui demande en quelle année on est, il répond spontanément dans les années 90. Les vrais chiffres ne l’étonnent presque pas. C’est comme s’il s’était habitué. 

« Chaque fois que je m’assois, je me demande si j’ai des choses à faire. Quand je me lève et que je commence à marcher, souvent, je me sens perdu. J’ignore vers où je marche », poursuit-il. 

Âgé de 59 ans, Marco ne peut pas vivre seul. Il vit à Jonquière dans une famille d’accueil pour personnes ayant une déficience intellectuelle et/ou physique. Comme il a toute sa tête, il trouve parfois le contexte difficile. 

Les pensées du coeur de Marco

Membre de l’association Renaissance des personnes traumatisées crâniennes, Marco a la chance d’écrire dans la revue L’Éveil. Il arrive, avec beaucoup de travail, à signer la rubrique Les Pensées du coeur. « M. Landry est capable de voir la réalité et trouve les bons mots pour l’expliquer », mentionne Jonathan Jean-Vézina, directeur général de l’association. 

Dans la dernière édition, Marco raconte à quel point son regard a changé depuis son accident. « Des gens connaissent des bouts de ma vie que moi-même je ne connais pas », écrit Marco. Amateur de musique, il reconnaît qu’il n’a plus la coordination pour jouer de la batterie, et que son intérêt pour les arts et la culture n’a plus le même impact sur lui. « Les choses que je regarde ne m’inspirent plus comme avant », conclut-il.

Ayant subi un traumatisme crânien en 1987, Marc Landry doit vivre avec une mémoire défaillante et un côté gauche partiellement paralysé.

Un défi théâtral

Même si sa mémoire ne lui permet pas d’apprendre des textes, Marco a accepté de relever un défi théâtral avec la troupe Les En-Tête-T. Ces ateliers de théâtre, offerts par le Théâtre La Rubrique, sont subventionnés par la Fondation Martin-Matte. 

Depuis le mois de septembre, il pratique une pièce qui a été présentée le 2 mai, au Centre national d’exposition de Jonquière. Cette 22e production est une mise en scène de Denis Leclerc. Ils étaient huit à se partager la scène. « Comme ils ont des problèmes de mémoire à différents degrés, on utilise des souffleurs. La fatigue revient vite pour tous, et la concentration diminue vite », remarque M. Leclerc, qui a adapté son scénario à cette clientèle.