Depuis leur rencontre, Evans Harvey et Lee Ann Drolet travaillent dans l’installation de piscines.
Depuis leur rencontre, Evans Harvey et Lee Ann Drolet travaillent dans l’installation de piscines.

D’installateurs de piscines à matelots

Mélissa Viau
Mélissa Viau
Le Quotidien
CHRONIQUE / D’ici trois ans, le réseau maritime du Québec aura plus de 4000 emplois à combler. Un couple en quête d’aventure vient de commencer une formation de trois semaines pour se lancer dans cette industrie méconnue.

Evans Harvey venait de franchir le cap des 40 ans et se questionnait sur son avenir. Travailleur autonome comme installateur et réparateur de piscines, il se demandait comment il allait faire pour vivre une retraite sans stress financier. « Je venais de perdre un gros contrat et j’avais envie de changer de domaine », se remémore-t-il.

Lee Ann Drolet, sa conjointe des sept dernières années, qui a fait le choix de ne pas avoir d’enfants, souhaitait s’investir dans un travail lui permettant de savourer sa liberté.

Quant à Evans, son rôle de père n’est plus le même depuis que ses garçons ont atteint l’âge adulte.

C’est ainsi qu’à l’hiver 2020, juste avant que la COVID-19 frappe, Evans et Lee Ann sont partis en voyage afin de réfléchir au tournant qui se présentait dans leur vie.

À l’hiver 2020, Evans Harvey et Lee Ann Drolet partaient en voyage afin de réfléchir à leur avenir. C’est là qu’ils ont croisé des matelots québécois qui leur ont partagé leur passion.

« Pendant ce voyage, nous avons rencontré trois Québécois différents qui gagnaient leur vie comme matelots. On s’est intéressés à leur travail en posant beaucoup de questions », raconte Evans.

« On a gardé contact avec ces gens et on a même eu la chance de rencontrer toute une équipe de marins de passage par chez nous, à Cap-Santé », poursuit Lee Ann, qui s’est sentie rapidement bien intégrée à cette équipe formée uniquement d’hommes.

En février dernier, le duo entreprenait ses démarches en contactant l’Institut maritime du Québec (IMQ). « Comme on ne voulait pas passer plusieurs années sur les bancs d’école, on a trouvé une autre façon de se faire former. L’IMQ offre des formations continues tout près de chez nous, à Saint-Romuald. »

Avant d’entreprendre quoi que ce soit, les futurs navigateurs devaient se présenter aux bureaux de Transports Canada afin d’obtenir leur numéro de candidat et de passer un examen médical.

Malheureusement, la COVID a frappé et, comme partout, leur transition vers une nouvelle carrière a été retardée.

À la quête d’aventure, Lee Ann Drolet et Evans Harvey viennent de débuter une formation pour travailler dans le domaine maritime.

Formation

Le 31 août dernier, Evans et Lee Ann étaient fébriles de commencer enfin leur formation de trois semaines au Centre de formation aux mesures d’urgence (CFMU) de Lévis. Ils suivront d’abord le cours de secourisme élémentaire en mer, puis des cours sur la sécurité de base, les aptitudes à l’exploitation des bateaux et le personnel du bâtiment ayant des responsabilités en matière de sûreté. « Nous serons la première cohorte de l’après-COVID. En temps normal, les classes comptent 16 étudiants, mais vu les mesures sanitaires, nous sommes huit. »

Cet investissement d’environ 3500 $ chacun leur assurera un avenir prometteur puisque le taux de placement est pratiquement de 100 %. « On a adoré nos premiers jours de formation. Les enseignants ont de l’expérience sur le terrain et ils nous donnent des exemples concrets », racontent les deux nouveaux étudiants, qui ont déjà pratiqué différentes situations d’urgence dans une piscine mise à leur disposition.

Rencontre

Natif du Saguenay, Evans a quitté sa région pour ses études à Québec vers l’âge de 19 ans. C’est dans cette ville qu’il a fait la rencontre de Lee Ann, en novembre 2013. Les amoureux ont choisi de s’installer à Cap-Santé, dans un loft qui n’implique pas trop de responsabilités, afin de rester fidèles à leur plan d’avenir. Depuis leur rencontre, ils travaillent souvent ensemble dans l’installation de piscines.

En 2015, Lee Ann empochait son diplôme d’études collégiales en technique de la documentation. « Je savais que je n’allais pas travailler là-dedans, mais je voulais le terminer. Après mes stages et un emploi dans ce domaine, j’ai confirmé que ce n’était pas moi. J’avais besoin de bouger. »

Même si le couple espère travailler ensemble six mois par année sur les bateaux menant dans le Nord-du-Québec, il est conscient qu’au début, ce ne sera peut-être pas possible. Alors que Lee Ann souhaite éventuellement joindre les cuisines d’un navire, Evans aimerait plutôt devenir opérateur puisqu’il possède l’expérience avec les ponts roulants, les pelles mécaniques et les grues.

La seule question qui reste sans réponse, pour ces futurs marins, c’est de savoir s’ils auront le mal de mer une fois sur le bateau. « On prend une chance », concluent-ils en riant.