Depuis cet été, l’artiste peintre du Saguenay, Sara Fillion, a choisi la sécurité d’emploi en devenant peintre en bâtiment.

D’artiste peintre à femme de chantier

CHRONIQUE / Après 25 ans à gagner sa vie comme travailleuse autonome dans le domaine des arts, Sara Fillion a choisi d’ajouter un peu de défi dans sa vie en plongeant dans le monde de la construction.

Depuis quelques semaines, celle qui n’avait jamais eu d’horaire rigide se surprend à aimer cette routine qui la force à se lever tous les matins à 5 h et à travailler à la sueur de son front pendant parfois près de 12 heures.

« Ça faisait déjà quelques mois que je cherchais une façon de me mettre en forme tout en ayant une meilleure sécurité financière pour préparer ma retraite. Comme j’avais déjà de l’expérience, j’ai choisi de sacrifier mon été pour aller chercher les cartes nécessaires pour devenir peintre en bâtiment », confie la femme de 44 ans.

C’est un ami, cumulant 30 ans d’expérience dans la construction et qui débordait de travail dans la ville de Québec, qui l’a prise sous son aile. Avant de mettre les pieds sur un chantier, Sara avait préalablement suivi son cours de santé et sécurité générale offert sur deux fins de semaine. Après avoir complété ses 150 heures de travail au côté de son mentor, elle obtenait son titre d’apprentie peintre.

Après avoir fermé les portes de sa boutique L’Artmonie pendant la période estivale, Sara Fillion retrouvera ses élèves qui sont bien impatients de reprendre leurs cours de peinture dès le 16 septembre.

Évidemment, ce nouveau défi ne venait pas sans compromis. Pour la première fois depuis 1995, elle a fermé sa boutique L’Artmonie pendant la période estivale. Elle rouvrira ce lundi 16 septembre pour redonner des cours de peinture deux jours par semaine à ses 25 élèves, impatients de la rejoindre dans son atelier situé à Chicoutimi, au 605 rue Saint-Paul, dans l’ancienne école Saint-André. « Je continue de donner des cours deux jours par semaine, ou plus selon la demande, et je vends encore du matériel d’artisanat sur rendez-vous », précise-t-elle.

Maintenant que la ville de Québec lui a permis d’acquérir les qualifications requises comme apprentie peintre, la résidante de Saint-Fulgence souhaite de tout coeur revenir dans sa belle région et être engagée par un entrepreneur du Saguenay. « Je ne veux pas être à mon compte comme peintre en bâtiment. Je veux décrocher quand ma journée est finie et ne pas avoir de paperasses à faire. »

Le peintre en bâtiment travaille autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Dans 6000 heures de travail, ou après trois ans de travail à temps plein, elle pourra détenir le titre de compagnon peintre, ce qui lui permettra de superviser les apprentis peintres.

Parcours

En 1995, Sara Fillion empoche son diplôme d’études collégiales en arts plastiques et ouvre immédiatement sa boutique L’Artmonie pour offrir du matériel d’artisanat et un service d’encadrement à Chicoutimi-Nord.

Du haut de ses 21 ans, notant un engouement pour les cours de peinture, elle transforme une partie de sa boutique en atelier, engage des enseignants et apprend elle-même à enseigner la peinture sur différentes surfaces.

Au début des années 2000, elle fait beaucoup d’expositions un peu partout dans la province pour faire connaître ses patrons de peinture et elle vend tout le matériel nécessaire pour les réaliser. « Mes toiles étaient exposées en démonstration et je vendais mes patrons. J’ai été une des premières à écrire des patrons en français », se remémore-t-elle. En 2012, elle publie un livre de peinture décorative comprenant 11 patrons de peinture à réaliser soi-même. Elle décroche beaucoup de contrats de peinture décorative et de restauration de meubles dans les maisons et les commerces de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« J’ai connu beaucoup de succès à l’époque où le style champêtre était à la mode. Je me spécialise dans ce style plus chargé et chaleureux. Aujourd’hui, la tendance est plus épurée. »

À la tête de sa boutique L’Artmonie, elle devient rapidement une entrepreneure dévouée qui s’entoure d’associés. « À une certaine époque, j’avais une dizaine d’employés, cinq professeurs de peinture et quatre salles de cours. J’avais le choix entre me consacrer uniquement à l’administration ou revenir seule et continuer de développer mon côté artistique. J’ai choisi les arts », conclut l’artiste qui fait maintenant cavalier seul.