L’an passé, je redécouvrais les paysages paradisiaques des monts Valin, au volant de ma propre motoneige.

Ces sentiers où tout est permis

CHRONIQUE / L’an passé j’achetais ma toute première motoneige neuve. Je voulais principalement faire du hors-piste dans les champs pour me rendre chez mes parents.

Comme ma motoneige avait la puissance pour rouler dans les sentiers, j’avais aussi fait l’achat de ma carte de droit d’accès à la Fédération des Clubs de Motoneigistes du Québec, au coût de 325 $.

J’étais stressée de rouler dans ces pistes qu’on m’avait plus d’une fois dépeintes comme un terrain de jeu à la fois magnifique et dangereux.

Pendant toute la saison, je faisais parfois des petits bouts dans les sentiers fédérés, sans plus, parce que ça ne m’attirait pas vraiment comme style de conduite. Vers la fin de l’hiver, alors que le soleil du printemps commençait à se faire sentir, j’acceptais de partir une journée sur les monts Valin.

Dès que je me suis mise à rouler, après avoir embarqué, attaché, détaché et débarqué les motoneiges de la remorque stationnée à Saint-Fulgence, j’avais l’impression d’être dans un autre monde. Ces sentiers à perte de vue, au milieu de nulle part, m’enveloppaient d’une sensation de liberté. Dans cette vaste étendue couverte de neige et d’arbres, dépourvue de civilisation, j’avais l’impression d’être seule au monde.

J’ai rapidement appris le langage des conducteurs que je croisais en sens inverse qui ne me faisaient pas de simples saluts. Ils me mentionnaient d’un signe de la main combien il restait de motoneigistes dans leur peloton. Moi, comme j’étais la dernière, j’avais simplement à fermer mon poing. Une chance parce que j’avais des mitaines !

Je me laissais transporter sur ces chemins tous blancs, spacieux et bien identifiés, en prenant le temps de relaxer puisque je ne dépassais pas les limites suggérées. De toute façon je n’aimais pas le comportement de mon bolide quand je dépassais cette vitesse. J’avais l’impression qu’il voulait retourner en hors-piste ! Mais j’arrivais à comprendre qu’on puisse avoir envie de clencher la poignée des gaz au fond. Évidemment une randonnée de motoneige comprend des arrêts dans de chaleureux chalets pour se réchauffer en bonne compagnie et raconter nos péripéties de motoneige ou écouter des débats musclés concernant les marques de motoneiges.

La journée tirait à sa fin quand j’ai senti que l’adrénaline s’emparait de certains conducteurs. J’ai commencé à me faire dépasser à des vitesses inimaginables, dans des courbes, en haut des buttes, par la droite et par la gauche ! Je me crispais à mon volant, tentant même d’augmenter ma vitesse contre mon gré. Ces dépassements dangereux semblaient faire partie de l’excitation de ces chauffards.

C’est vrai que cet endroit est empreint d’une certaine liberté qui nous laisse croire que tout est permis, mais j’avoue que j’aurais été rassurée de voir ces insouciants motoneigistes se faire ramasser par les autorités avant de causer un accident. À moto ou en auto, même sur les routes asphaltées, là où se cache souvent la police pour nous rappeler les limites de vitesse, il nous arrive de croiser de téméraires conducteurs avares de sensation forte. On ne s’empêche pas pour autant de prendre le volant.

Plus jamais

Même si je sais que peu importe ce qu’on fait, et que le risque zéro n’existe pas, je m’étais tout de même promis de ne plus jamais mettre les pieds dans ces pistes de course hivernales, quelques années auparavant, alors que je prenais place sur le quatre roues de mon ami. C’était un soir d’hiver. On revenait du Lac Lamothe. Derrière nous, deux autres amis nous suivaient sur le même VTT. Tout allait bien jusqu’à ce qu’un autre VTT se pointe devant nous, à sens inverse. Les deux téméraires conducteurs, sur le point de se croiser, s’entêtaient à ne pas se tasser un pour l’autre, faisant presque un face-à-face. J’avais revolé du quatre roues, assez fort pour en perdre mes bottes. Heureusement, personne n’était blessé.

Liberté

Comme plusieurs aiment savourer la liberté que procurent les sentiers de motoneige menant à leur chalet, je me suis retrouvée à quelques reprises dans ces endroits festifs qui rassemblent davantage d’hommes que de femmes. Il faut dire qu’avec les obligations, les blondes finissent par se tanner de ces partys sans fin. Après avoir englouti quelques consommations, ça commence à se relancer sur la puissance de leurs machines et paf ! les gars disparaissent. Ils se ramassent dans les sentiers à faire des courses non officielles pour se challenger. « En cas de doute, le gaz au bout » est leur devise. C’est vrai que c’est le fun cette puissance qui semble rendre invincible… jusqu’à ce qu’un gars de la gang frappe un mur…