En 2013, quand les animaux étaient encore les bienvenus dans les écoles, Benjamin Collard et Tristan Girard avaient invité Picotte à venir rencontrer le hamster de leur classe.

Benjamin peut verbaliser l’autisme

Dernièrement, Carmen Simard, orthopédagogue service-conseil-TSA à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, a offert une formation aux enseignants pour favoriser la réussite de l’élève ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) intégré en classe régulière.

Comme à l’habitude, elle a demandé à Benjamin Collard s’il voulait livrer un petit témoignage. Étant TSA, le jeune homme de 18 ans peut mettre des mots sur ce que vivent les jeunes comme lui qui ne sont pas toujours capables de verbaliser leurs états d’âme.

« Si mes mots peuvent rassurer et aider les autres, je ne dirai jamais non », confie Benjamin qui est très à l’aise de parler devant un public.

En 2012, le livre de Picotte a déclenché un intérêt pour la lecture chez Benjamin Collard.

Il croit que l’éducation, la génétique et l’entourage y sont pour beaucoup dans le développement d’un humain. « Je suis un garçon, j’ai 18 ans, j’ai les cheveux blonds et je suis autiste », énumère Benjamin pour expliquer que sa personnalité ne tient pas à un seul élément. L’autisme fait partie de lui, comme bien d’autres aspects qui influencent son développement.

Quand il rencontre une personne TSA, il n’a pas de secret pour communiquer avec cette personne, car chaque individu est unique, mais il avoue être surtout très ouvert à la différence. Et si certains autistes ont tendance à réagir plus violemment, « c’est aussi parce que l’incompréhension amène un certain choc et on laisse les émotions prendre le dessus », intervient Benjamin.

« Si vous apprenez que votre enfant est autiste, acceptez-le, protégez-le et guidez-le. Je crois que les parents ont de la difficulté à l’accepter parce qu’ils croient que leur enfant n’aura pas une vie ‘‘normale’’ et qu’il ne sera pas heureux. Essayez de le comprendre et de trouver ses intérêts », conseille-t-il.

L’élève, qui étudie au Carrefour travail-étude de Chicoutimi, se souvient de son entrée à la maternelle. « À ce moment, je ne savais pas encore que j’étais autiste. Je n’apprenais pas, je n’avais pas d’amis, je ne comprenais rien et je m’isolais », se remémore-t-il. Quand le diagnostic est tombé, il s’est doublement refermé. « Je me sentais comme le vilain petit canard. J’écoutais beaucoup de films. C’était une façon de me renfermer sur quelque chose où je me sentais confortable, où il n’y avait pas d’imprévus, pas de soucis sociaux et pas de relation. » Il explique d’ailleurs qu’il puise son accent français en lien avec la traduction de ces films.

L’année suivante, on le transfère à l’école Le Roseau de Chicoutimi-Nord, une école désignée pour les élèves TSA. « L’école Le Roseau m’a appris à voir cette différence comme une certaine beauté. » C’est là qu’il a rencontré, pour la première fois, des jeunes comme lui et qu’il a fait la rencontre de Mme Carmen, qu’il considère depuis longtemps comme un membre de sa famille.

Pendant que la plupart des jeunes de son âge ont les yeux rivés sur leur cellulaire, c’est plutôt dans les livres que Benjamin Collard passe ses temps libres. Pourtant, jusqu’à l’âge de 11 ans, il n’avait jamais trouvé un seul avantage à apprendre à lire. « Pourquoi t’entêtes-tu à me faire lire », répétait-il à Mme Carmen. Jusqu’à ce que son enseignante, Anne-Sophie Desforges, lui présente La page à Picotte. « Ç’a été pour moi un déclic », a-t-il confié dans son dernier témoignage en compagnie de Mme Carmen.

Râto, après Picotte, était bien content de faire la rencontre de Benjamin Collard.

Les réflexions de Benjamin

« Ça va me prendre plus de temps, mais je crois que ce sera possible pour moi, d’avoir mon appartement. D’ailleurs, j’ai voté le 21 octobre dernier pour la première fois de ma vie. Je cuisine, je fais certaines tâches ménagères et je développe mes compétences grâce à des stages que je fais en milieu de travail. »

« Ma vie semble dédiée à protéger la vie. J’ai moins peur d’un ours que d’être obligé de développer une relation sociale. Avec les animaux, on peut leur parler sans filtre. J’aime les animaux, mais je suis capable d’avoir une vision d’acceptation du cycle de la vie. Sauf que je prends très mal la cruauté animale. »

« Au primaire, j’aimais bien capturer les chenilles pour les voir se changer en papillon. C’est drôle parce que c’est l’emblème de l’autisme. La chenille fait un long parcours en prenant des chemins différents. Un jour, elle s’enferme dans son cocon pour éclore en papillon. Je sens que j’ai la tête sortie de mon cocon. »