Devant l’hôtel de ville de Ljubljana, la fontaine des Trois Fleuves de la Carniole.

Découvrir la méconnue Slovénie

À la dernière étape d’un séjour en Croatie, au lieu de filer directement de Rovinj à Zagreb, pourquoi pas un petit crochet vers le nord, dans la méconnue Slovénie? De toute évidence, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée d’une escapade dans l’ancienne république yougoslave. À la frontière, en ce début d’août, la file de voitures s’étire à n’en plus finir. Quelque 2h30 pour franchir cinq malheureux kilomètres…

Au final, l’attente en aura valu le coup. Le trajet jusqu’à la capitale, Ljubljana, offre des paysages d’une grande beauté. Vallées verdoyantes, vastes champs, mignons petits villages qui se fondent dans les pics alpins, tout cela dans un pays à peine plus grand que la Gaspésie et considéré, à juste titre, comme le paradis des randonneurs et des adeptes de plein air.

La Slovénie, située au nord de la Croatie, vaut le détour.

Si le décor à l’entrée de la ville est quelque peu tristounet, vieux relent de son passé communiste, aussitôt arrivé dans le centre historique de Ljubljana (prononcez «Loublia-na»), c’est le coup de foudre. On parle peut-être du secret le mieux gardé d’Europe. On se sent tout de suite à l’aise, pris de l’irrésistible envie de s’y poser pour quelques jours, histoire de musarder dans ses petites rues pavées et de découvrir ses innombrables attraits.

Il faut savoir que la plus petite capitale européenne (288 000 habitants) est surnommée «la petite Prague», en raison de son architecture, au croisement des styles vénitiens et viennois, et son remarquable patrimoine historique, heureux mélange de baroque et d’Art nouveau.

Une mini-croisière sur la rivière Ljubljanica représente une façon romantique de découvrir les charmes de la vieille ville sous un autre angle.

Au fil des décennies, les habitants se sont réapproprié la rivière Ljubljanica qui coule au centre-ville. Dans les années 70, il était pratiquement impossible d’y dénicher un troquet. Aujourd’hui, ses berges ont été transformées en une promenade de deux kilomètres, grouillantes de restaurants et de cafés. L’endroit idéal pour savourer les fameux bureks slovènes, sortes de tourtes fourrées à la viande, au fromage ou aux épinards, ou encore la «kranjska klobasa», une saucisse demi-sèche faite de porc et de lard salé, assaisonnée d’ail et de poivre.

La griffe de Plecnik

À l’image de Gaudi à Barcelone, Ljubljana porte la griffe de Joze Plecnik (1872-1957), le grand architecte de son renouveau, tombé en disgrâce sous le règne du maréchal Tito. Un peu partout, les fruits de son travail attirent le regard.

De nombreux ponts enjambent la Lubljanica. Parmi eux, le Triple pont, autre œuvre de Plecnik, une curiosité architecturale qui s’ouvre sur le quartier Art nouveau; le pont des Bouchers, pendant du pont des Arts, à Paris, avec ses centaines de cadenas amoureux; et le pont des Cordonniers. Un tour en bateau-mouche s’impose pour voir ces trésors sous un autre angle.

Au milieu du pont des Bouchers, cette sculpture représentant le génie des eaux ne manque pas d’attirer l’attention.
L’église franciscaine Marie-de-l’Annonciation est située à proximité du magnifique Triple pont.

Ici, la place Preseren, un important lieu de rassemblement et de manifestations en tous genres. Un peu plus loin, la rue Copova ulica attire les adeptes du magasinage. Peu importe où se pose le regard, des joyaux sont au rendez-vous : la Maison Hauptman, le palais Urbanc, la fontaine des Trois Fleuves de la Carniole, le palais Mayer, l’église franciscaine Marie-de-l’Annonciation…

Un arrêt à la magnifique cathédrale baroque Saint-Nicolas s’impose. Ses deux portes de bronze rappellent l’histoire du christianisme en Slovénie et la visite de Jean-Paul II en 1996. L’intérieur est d’une grande richesse ornementale. Le plafond en trompe-l’œil, peint par Giulo Quaglio, vaut le coup d’œil.

La ville est aussi passée maître dans l’art public. On craque pour ce kangourou fontaine, au pied du funiculaire, au marché de Krek. Sur le pont des Bouchers, la statue en bronze du génie des eaux se fait quelque peu lugubre, tout comme ces têtes de poissons, installées sur les parapets.

L’art public est partout 
à Ljubljana. Ici, une fontaine kangourou au marché 
de Krek, près du funiculaire 
menant au château.

Détail non négligeable pour le visiteur amoureux de culture, Ljubljana offre chaque année plus de 14 000 spectacles et événements dans les domaines de la musique, du théâtre et des arts visuels. C’est ici que l’on retrouve l’une des plus anciennes philharmoniques au monde (fondée en 1701), ainsi que le plus ancien festival de jazz d’Europe.

Ville verte par excellence

Ljubljana est une ville à dimension humaine où la protection de l’environnement et le souci du développement durable ne sont pas de vains mots, comme partout en Slovénie. La voiture est bannie du centre-ville depuis plusieurs années. Les déplacements se font essentiellement à pied, en vélo et en autobus, ce qui ajoute à la quiétude des lieux. Chaque habitant possède en moyenne 542 mètres carrés d’espace vert. Véritable poumon de la cité, le parc Tivoli est plus vaste que Central Park.

La récupération est entrée depuis longtemps dans les mœurs de Ljubljana, sacrée capitale verte européenne en 2016. De toutes ses homologues, c’est elle qui atteint la plus haute proportion de déchets triés et recyclés (63 %). Son objectif est d’en recycler la totalité en 2035.

Un arrêt à la cuisine à ciel ouvert, qui se tient tous les vendredis, de mars à la fin octobre, près de l’église Saint-Nicolas, en donne un aperçu. À ce rassemblement très couru, où les meilleurs restaurants de la ville offrent leurs spécialités à la foule dans une ambiance festive, les babines suivent les bottines en matière de discours environnemental. Le vin est servi dans d’élégants verres, non dans des contenants de plastique. Les ustensiles et les assiettes sont faits de matières compostables. Si jamais il vous reste un quelconque déchet, un employé municipal est disponible pour vous indiquer comment en disposer.

Organisateurs d’événements publics au Québec, prenez des notes…

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Omniprésents dragons

L’une des principales attractions de la vieille ville demeure le Pont des dragons.

Les dragons sont omniprésents à Ljubljana. Au château, sur les armoiries de la ville, dans les magasins, sur la devanture des commerces et les uniformes des équipes sportives. Cette prolifération tire sa signification d’une légende voulant que le fondateur de la ville, Jason, un héros mythologique grec, ait combattu la créature dans les marais environnants, après avoir dérobé la Toison d’or au roi Aétès, avec la complicité de ses compagnons Argonautes. 

L’une des principales attractions de la vieille ville demeure le Pont des dragons, considéré comme l’un des plus beaux exemples de style Sécession viennoise (Art nouveau). Construit en 1901 par Jurij Zaninovic, et baptisé à l’origine pont du jubilé de l’empereur François-Joseph 1er d’Autriche, alors que la Slovénie faisait partie de l’empire austro-hongrois, le pont est décoré d’une vingtaine de statues de dragons de cuivre, dont quatre, majestueuses, décorent les quatre coins. De quoi faire vibrer l’imagination, un soir de brouillard, à l’Halloween... 

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Un château du XVe siècle

Dominant la ville depuis plus de 500 ans, le château de Ljubljana est un élément incontournable du paysage de la capitale slovène et constitue sa principale attraction touristique. La forteresse a été construite entre 1485 et 1495 afin de défendre l’empire de l’invasion ottomane, mais aussi des révoltes paysannes. Au fil des siècles, l’endroit a collectionné les vocations, ayant été successivement un arsenal, un hôpital militaire et une prison jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avant que la ville en devienne propriétaire, en 1905, pour en faire des appartements. Les derniers locataires ont quitté le château en 1964, alors qu’ont été lancés des travaux de rénovation qui se sont terminés avec la construction du funiculaire en 2006. C’est la meilleure façon, et bien sûr la plus rapide, pour atteindre le sommet, 70 mètres plus hauts. 

Depuis la tour d’observation, par temps clair, on peut y voir presque un tiers de la Slovénie. L’endroit, heureux mélange d’ancien et de nouveau, accueille plusieurs expositions, dont une sur l’histoire du pays, de la préhistoire à nos jours. Pendant la saison estivale, le château est le lieu de plusieurs manifestations culturelles et musicales. Les nouveaux mariés sont également nombreux à y grimper afin d’immortaliser leur union avec le décor de la ville en arrière-plan.