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La directrice générale de REGARD, Marie-Elaine Riou, en compagnie de Rémy Girard, porte-parole de la 23e édition.
La directrice générale de REGARD, Marie-Elaine Riou, en compagnie de Rémy Girard, porte-parole de la 23e édition.

Voir grand en conservant la beauté d’un petit festival

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
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Si on le compare à il y a 25 ans, REGARD a bien changé, évidemment. Du festival mis sur pied par des amis amoureux de courts métrages en 1997 à l’événement annuel devenu une porte d’entrée pour les Oscars, un pas de géant a été franchi. Toutefois, tout s’est fait tranquillement, une étape à la fois, afin d’être fidèle à l’idée de départ voulant que la beauté réside souvent dans les petites choses.

Une des étapes marquantes dans l’histoire de REGARD constitue certainement la passation du rôle de directeur général de Ian Gailer à Marie-Elaine Riou, en 2015. Le Quotidien a donc réuni les deux personnes qui ont été à la tête du festival le temps de se remémorer son histoire, d’hier à aujourd’hui.

«Au départ, c’était un trip un peu similaire à une fête de l’art. On souhaitait se rencontrer», commence Ian Gailer.

Ce dernier est arrivé à REGARD à sa troisième année d’existence, en 1999, lorsqu’il était étudiant en ATM. Il se souvient encore des longues discussions des premiers temps, à savoir où se situerait l’événement, à mi-chemin entre l’artisanal et le professionnel. Une chose est certaine, ses fondateurs ne voulaient pas tomber dans l’industriel.

Ian Gailer est arrivé à REGARD à sa troisième année d’existence, en 1999, lorsqu’il était étudiant en ATM.

Ian Gailer se rappelle aussi les salaires payés à même sa carte de crédit personnelle, l’investissement de son propre argent dans l’événement. «On y croyait», affirme-t-il simplement, évoquant des aller-retour à Montréal où l’équipe tentait de faire du réseautage en côtoyant un à un les gens du milieu du cinéma. «À cette époque, il n’y avait pas de financement ni de reconnaissance pour le court», souligne-t-il.

Puis, petit à petit, le festival a fait sa place.

«De 2005 à 2010, ç’a été un beau moment. C’est là qu’on a senti qu’on pouvait avoir de gros projets», estime-t-il.

En 2011, l’événement qui se tenait en février a été déplacé en mars. Ainsi, le festival avait le temps, même s’il s’agit d’un tour de force, d’ajouter certains des films présentés au Festival du court métrage de Clermont-Ferrand au début février à sa programmation.

«Il fallait être en tête, pas à la queue. Ça impose chaque année une grosse charge de travail. Ça laisse très peu de temps pour visionner les films et les mettre au programme, explique Ian Gailer. Le prestige ne vient pas de la première. Il vient de la présence.»

Le marché du court a aussi été mis sur pied. C’est justement à titre d’adjointe à la programmation et de responsable du marché du court que Marie-Elaine Riou s’est jointe à l’équipe. Elle a assumé le poste pendant trois ans.

Ian Gailer lui a passé le flambeau de la direction générale en 2015, après un intérim de quelques mois et un processus d’embauche qui l’a confortée dans l’impression d’être à sa place. «J’avais de grands souliers à chausser», affirme celle qui avait pour mandat de poursuivre le travail de son prédécesseur.

«Il a insisté sur cet esprit de continuité. Il voulait que j’en prenne soin comme lui même en avant pris soin.»

Ian Gailer s’est ensuite effacé, refusant de jouer à la belle-mère. «J’arrivais quand les séances étaient commencées et je partais avant la fin. Tant que tu es là, tu incarnes le festival et le festival t’incarne. Me retirer était important. Il fallait que je laisse la place pour que Marie-Elaine devienne le visage du Festival.»

Marie-Elaine Riou s’est installée. Elle a poursuivi des projets et en a mis de nouveaux sur pied.

En 2017, le festival a fait son entrée parmi l’élite du cinéma international en devenant une nouvelle porte d’entrée pour les Oscars. La même année, le festival devenait aussi le troisième événement en Amérique du Nord à être reconnu par la Fédération internationale de la presse cinématographique (FIPRESCI).

L’accréditation pour les Oscars était le fruit d’un travail amorcé avec Ian Gailer quelques années plus tôt. Marie-Elaine Riou a dû composer une fois encore avec la dualité de voir grand en restant petit.

«Je ne voulais pas travailler sur la croissance, mais plutôt sur la notoriété, explique-t-elle. Le défi, c’est que fondamentalement, tu veux plus. Ce qui implique plus de structures. Mais le grand danger, c’est d’oublier que small is beautifull. On veut qu’il devienne doucement plus grand. La pandémie a d’ailleurs ralenti un peu la croissance qui était spectaculaire.»

Effectivement, REGARD ne pourra pas faire d’invitations pour sa 25e édition attendue des gens du milieu culturel tout comme du public.

«Les gens du milieu du cinéma québécois se font parler de leur festival de court métrage à l’international. Ça aussi ç’a eu de l’impact dans le développement de l’événement. C’est souvent le festival préféré de coeur. Les gens veulent être à REGARD. Beaucoup de festivals de prestige ne vont pas nécessairement te faire passer un bon moment comme REGARD.»