Nadia-Elena Vacaru se penche sur la question de l’accueil et l’intégration des immigrants.

UNIVERSITÉ LAVAL AU CŒUR DE NOS VIES

L’engagement de l’Église de Québec dans l’accueil des migrants

En collaboration avec Le Soleil, l’Université Laval signe une série d’articles présentant les retom­bées de ses recherches sur le quotidien des gens. Cette semaine, nous mettons en lumière la Faculté de théologie et de sciences religieuses.

Le Comité d’accueil aux réfugiés Saint-Yves a accueilli plusieurs centaines de réfugiés dans la capitale en presque 40 ans. À travers le diocèse de Québec, on voit en fait plusieurs initiatives pour accueillir les migrants. Pourquoi? Nadia-Elena Vacaru, professeure et chercheuse à la Faculté de théologie et de sciences religieuses à l’Université Laval, se penche sur la question dans le cadre d’un projet de recherche intitulé Analyse des pratiques d’accueil des immigrants à travers des initiatives paroissiales dans le Diocèse de Québec. 

«L’accueil et l’intégration des migrants sont d’abord une responsabilité gouvernementale, mais en parallèle, énormément de travail se réalise dans les paroisses de Québec», affirme Nadia-Elena Vacaru, docteure en géographie et en théologie, qui a immigré au Québec il y a trois ans, en provenance de Roumanie. 

À la fin 2015, le Comité d’accueil aux réfugiés Saint-Yves a fait les manchettes avec l’arrivée de la première famille syrienne qu’elle parrainait. D’autres paroisses ont suivi ses traces. Les gens peuvent d’abord contribuer financièrement à la démarche de parrainage qui peut durer des années. Puis, il faut soutenir la famille à son arrivée afin de trouver de la nourriture, des vêtements et un logement. 

Les enjeux ne sont pas que matériels, d’après la chercheuse qui est titulaire de la Chaire de leadership en enseignement Marie-Fitzbach en pastorale et éthique sociales. 

«Les familles ont aussi besoin d’aide pour trouver leurs repères dans la ville et se cons­tituer un réseau social, puis elles ont besoin de réconfort à travers une approche plus personnelle que ce que le gouvernement peut offrir», précise-t-elle.

Une longue tradition

Pourquoi les paroisses du diocèse de Québec en font-elles autant ? L’Église catholique a une longue tradition en matière d’accueil des migrants. 

«La thématique de l’accueil de l’étranger est centrale et omniprésente dans la Bible, explique Nadia-Elena Vacaru. L’étranger qu’on devrait protéger n’est pas seulement l’immigré résident, mais aussi le ressortissant des peuples païens, idolâtres et ennemis. La morale chrétienne exige aussi de pratiquer l’amour de son prochain qui suppose l’aide des gens démunis et vulnérables.» 

L’intensification des flux migratoires a aussi donné des défis majeurs à la pastorale de l’Église. «L’appartenance religieuse des migrants oblige l’Église à développer un dialogue interreligieux et une pastorale ouverte aux nou­velles réalités de la migration», explique Mme Vacaru qui a étudié en géographie et en théologie, puis développé une spécialité dans les migrations. 

On le voit encore davantage depuis l’arrivée du pape François. « Il insiste sur la nécessité d’une solidarité sociale et d’une coopération internationale pour trouver des solutions globales aux problèmes des personnes déplacées», indique Nadia-Elena Vacaru qui a déjà réalisé deux stages postdoctoraux sur les migrations. 

Ces orientations sont aussi visibles à la Conférence des évêques catholiques du Canada et à l’Assemblée des évêques catholiques du Québec. «Elles publient de nombreux documents qui demandent à l’Église un engagement plus concret envers les personnes vulnérables et les migrants, indique Mme Vacaru. On veut regarder la personne qui se déplace dans son intégralité, à travers son accueil, son intégration, la représentation de ses droits, le respect de ses libertés et de ses valeurs spirituelles. Cela exige de la part de tous un engagement concret et solidaire contre les risques de pauvreté et de marginalisation.»

Nadia-Elena Vacaru, professeure et chercheuse 
à la Faculté de théologie et de sciences religieuses à l’Université Laval

Mieux vivre ensemble

Quant à savoir pourquoi les gens s’engagent autant aujourd’hui dans des actions bénévoles pour accueillir des immigrants à travers les initiatives paroissiales dans le diocèse de Québec, Nadia-Elena Vacaru a des hypothèses.

«On suppose que les gens s’engagent pour des raisons religieuses, dit-elle. La dimension sociale de la foi exige la reconstruction et le développement de solidarités sociales et humaines.»

Il y a aussi une raison pragmatique 

«Les gens veulent créer une société plus accueillante, dans laquelle on peut mieux vivre ensemble, alors ils ne peuvent pas rester indifférents devant la souffrance, l’injustice, la pauvreté ou la discrimination, explique Mme Vacaru. On ne fait pas de différence entre les per­sonnes vulnérables qu’on accueille. Les gens vont au-delà de l’appartenance religieuse.»

Il reste maintenant à Nadia-Elena Vacaru à continuer son travail, financé ce printemps par le Fonds de recherche du Québec – société et culture, pour voir si ses hypothèses se confirment. «Au-delà d’une meilleure connaissance des initiatives et des pratiques d’accueil des immigrants au Québec, indique Mme Vacaru, les résultats de cette recherche pourraient aussi proposer des pistes d’intervention optimales auprès des migrants.»

Pour en savoir plus sur les travaux de Nadia-Elena Vacaru, consultez sa page sur le site de la Faculté de théologie et de sciences religieuses à l’Université Laval : www.ftsr.ulaval.ca/faculte/personnel/professeurs/nadia-elena-vacaru/