Parkinson Saguenay - Lac-Saint-Jean

Les visages du Parkinson : Lucien Girard

C’est quelques années après avoir pris ma retraite d’enseignant que j’ai senti un changement chez moi. Un jour, alors que je suivais un cours d’anglais, le professeur m’a demandé d’écrire au tableau. Au départ, mes lettres étaient très visibles, mais mon écriture est devenue de plus en plus petite, de sorte que la classe  s’est mise à rire, et moi aussi, d’ailleurs! J’avais également remarqué que mes mouvements étaient plus lents.

Quand j’ai vu mon médecin, je lui ai dit d’emblée : «Est-ce que j’aurais le Parkinson?» Il m’a dit que non, mais après une autre rencontre, il m’a donné un rendez-vous avec un neurologue, qui m’a révélé que j’en souffrais. C’était il y a deux ans, alors que j’avais soixante-dix ans.

C’est au fil du temps que j’ai réalisé l’ampleur de la maladie. Je n’ai jamais eu de tremblements, mais j’ai constaté peu à peu que mes pieds se collaient au sol, que ma mémoire n’était plus la même, que mes expressions faciales étaient limitées, que j’étais plus émotif. Cela a été difficile d’accepter de me sentir diminué ainsi.

Auparavant, j’étais très actif, très sociable, et la maladie m’a empêché de poursuivre certaines activités. Je participais à des voyages de pêche avec des amis, je faisais du bénévolat. Je me suis isolé un peu plus, en partie parce que le regard des autres m’affecte, parfois. Malgré tout, je continue de faire de l’exercice, je fais partie d’une chorale et j’aime prendre l’air, entre autres pour déneiger l’entrée. Je ne suis pas très rapide, mais je suis fier de moi quand j’ai terminé, car c’est important pour moi de garder mon autonomie le plus possible.

Dans mon épreuve, mon épouse m’est indispensable. En fait, c’est elle qui fait virer la maison, si je peux dire. C’est grâce à elle, à mes enfants et petits-enfants que je reste positif. L’humour me permet de ne pas me laisser abattre. Je peux rire de ma maladie. Quand quelqu’un me demande comment je vais, je réponds: «À part mon dos et ma hanche qui me font souffrir, ainsi que le Parkinson, tout va bien!» En effet, je sais que d’autres vivent bien pire que moi, alors je profite de tous les moments de bonheur qui passent.