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Le Festival REGARD a étrenné le concept de l’écran de neige sur la zone ferroviaire, pendant la 11e édition. Le concept a ensuite été repris à la Place du citoyen.
Le Festival REGARD a étrenné le concept de l’écran de neige sur la zone ferroviaire, pendant la 11e édition. Le concept a ensuite été repris à la Place du citoyen.

Les valeurs de REGARD, gages de sa pérennité

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
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BILLET / Ce mot écrit au nom de l’équipe n’était pas signé, mais ça n’a guère d’importance. À l’intérieur de cette phrase toute simple, on retrouve l’ADN de cet événement qui, bientôt, soufflera ses 25 bougies. L’ouverture sur le monde, la fougue et l’idée de la fête, qui peut épouser des formes étonnantes, constituent pour lui des valeurs refuges, au même titre que l’or ou les cartes de hockey pour ceux qui craignent de voir fondre leurs économies.

«À l’aube de nos dix ans, c’est avec la même fougue et l’esprit ouvert sur le monde que nous vous invitons à notre fête du cinéma», pouvait-on lire dans le programme officiel de REGARD, édition 2006.

Ayant couvert cette édition, de même que la suivante, j’avais pu constater que l’enthousiasme du comité organisateur – et, bien sûr, des festivaliers – ne reposait pas sur du vent. Dès l’avant-première, il y avait eu foule à la Boîte à Bleuets d’Alma (l’ancienne, celle de la rue Saint-Joseph) et ce fut tout aussi intense pendant les quatre journées où les activités étaient concentrées au Saguenay.

La fougue évoquée tantôt était incarnée par les jeunes qui, jour après jour, formaient une large tranche du public. Ils fréquentaient les grandes salles, mais aussi les événements au caractère plus intimiste, comme la lecture de scénarios tenue à l’Hôtel Chicoutimi. «Pour encadrer les discussions, Marc-André Forcier agira à titre de conseiller invité», mentionnait pieusement le programme. Ce cinéaste refusant toute forme d’encadrement, la rencontre fut pour le moins animée.

Quant à l’ouverture sur le monde, elle a été illustrée maintes fois, notamment pendant la 11e édition, alors qu’on avait donné carte blanche au Festival international du film court d’Uppsala. Ce fut l’occasion de découvrir une version différente de la nordicité, grâce à la projection de courts métrages suédois.

Puisque le festival se déroulait au début de février, il n’avait pas été difficile de trouver des points de convergence entre le Saguenay et l’extrême nord de la Laponie. Le temps était glacial, ce qui n’avait pas empêché REGARD d’étrenner le concept de l’écran de neige sur la zone ferroviaire. Vêtus de leurs modestes oripeaux, les Clowns Noirs avaient fait preuve d’un courage exemplaire en assurant l’animation par une soirée venteuse. On décerne des médailles pour moins que ça.

Une autre caractéristique du festival tient à l’ouverture au monde, mais pas celle qu’on vient de mentionner, qui embrasse les sept continents. Dans ce cas-ci, on parle de l’ouverture à toute la communauté, par opposition à une poignée d’initiés. C’est pour cette raison que dans les salles, on a vu se manifester, très tôt, le caractère éminemment démocratique de REGARD. L’ensemble de la population a adopté cet événement parce qu’elle se sent partie prenante. Certains planifient même leurs vacances afin d’en profiter au maximum, ce qui constitue le plus beau des hommages.

C’est ce qui explique que chaque année, une effervescence inhabituelle embrasse le centre-ville de Chicoutimi. Il en est ainsi parce que ce festival, ce n’est pas uniquement la fête du cinéma. Si on voulait faire un peu d’anthropologie, on pourrait tracer un lien avec le défunt Carnaval-Souvenir. Lui aussi, à sa manière, permettait aux gens d’adresser un pied-de-nez à l’hiver.

Une autre ligne de force de REGARD tient au comité organisateur. Les individus changent, mais les valeurs restent, comme on a pu le constater l’an dernier. Bien que traumatisante, la fin abrupte du festival n’a pas paralysé les membres de l’équipe. Aussi agiles que leurs prédécesseurs, plaçant la mission au-dessus de leurs états d’âme, ils ont multiplié les projections de films dans les mois qui ont suivi, créant même un événement, l’After en plein air, qui a montré une réelle capacité de s’inscrire dans la durée.

Un jour, on réalisera que ce fut la plus belle heure de REGARD, le moment où, parallèlement à la fougue, la fête et l’ouverture, on a vu se profiler un nouvel attribut: l’esprit de résistance. C’est pour cette raison qu’il n’est pas exagéré de voir ces 25 ans comme une simple étape, en route vers le deuxième quart de siècle. Il s’agit, tout au plus, d’un prologue.