Camerises.

Zone Boréale

Les petits fruits nordiques : un potentiel à développer

COLLABORATION SPÉCIALE / Le potentiel de développement des petits fruits nordiques comme la camerise est intéressant pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean, mais il demeure quelques défis à relever afin d’en tirer un plein potentiel.

Les études se poursuivent afin de mieux comprendre et saisir les opportunités que représentent des petits fruits comme la  camerise, l’amélanche, l’argousier, la baie de sureau et l’aronia. Actuellement, le fruit qui offre le meilleur potentiel est la camerise.

D’ailleurs, la production est en plein essor avec 65 producteurs qui ont cultivé un total de 360 000 plants sur 170 hectares pour une production de 100 000 livres de fruits en 2017. « La problématique pour l’instant est d’accroître la productivité. En Saskatchewan, d’où provient la camerise, la production est d’environ 10 livres par plant et dans la région on n’atteint pas une livre, il y a encore beaucoup de  recherche à faire pour accroître la productivité de plants. On sait que la taille, l’irrigation, la fertilisation et la pollinisation sont importantes, nous poursuivons nos recherches. Si nous voulons développer cette filière, il faudra la rendre plus productive pour que ça devienne rentable », explique la directrice générale du créneau d’excellence AgroBoréal Isabelle T. Rivard.

Un autre gros défi pour la camerise se situe dans sa mise en marché. Comme le fruit est encore plus fragile que le bleuet, il est impensable de développer le marché du frais. Il faut donc se tourner vers la transformation. « Oui, il y a la possibilité de la congeler et de faire comme pour le bleuet. Par contre, si on utilise le même modèle que le bleuet, on ne réussira pas. Si on se dirige que vers le congelé, le prix va baisser comme pour les autres fruits et dans le contexte de production que nous avons, ça ne sera pas rentable de cultiver la camerise. Il faut absolument se tourner vers la transformation et caractériser l’offre », avance-t-elle.

Selon Isabelle T. Rivard, il ne faut pas que miser sur les produits artisanaux et développer une gamme de produits qui permettra de mettre de l’avant les vertus santé de ce fruit. En effet, la camerise a des propriétés antioxydantes plus élevées que pour le bleuet. On retrouve aussi une très haute teneur en vitamines B et C de même qu’en anthocyane et polyphénol. 

En cuisine

Les chefs de la région sont de plus en plus nombreux à utiliser les petits fruits nordiques dans leur menu. « Nous en sommes encore aux balbutiements, le développement du potentiel agroalimentaire des petits fruits est immense. Il faut miser sur ces petits fruits nordiques pour montrer notre différence et la particularité de notre climat », affirme le chef Jonathan Grenon de l’Auberge des battures à La Baie.

Le chef utilise la camerise pour concocter une sauce qui accompagne des viandes de gibier comme le cerf et le bison. Il en prépare une onctueuse au chocolat et camerise pour servir avec la poitrine de canard. Jonathan Grenon fabrique aussi des gelées et confitures à partir de la camerise et autres petits fruits. « C’est un fruit spécial et unique dont le goût est comme un mélange du bleuet, de la rhubarbe et de la fraise.  Il s’incorpore à merveille dans mes recettes comme l’amélanchier, l’argousier ou l’aronia. Ce sont des produits uniques qui vont nous permettre de nous démarquer comme région », ajoute-t-il.

Il pense qu’une route des petits fruits va se développer au cours des prochaines années. « Nos clients nous demandent où ils peuvent trouver ces petits fruits. Évidemment comme je m’approvisionne qu’en région et je mets les noms des producteurs sur le menu, je les invite à visiter des gens comme Camerise Mistouk et les Jardins de Lily. Les Européens sont notamment très attirés par ce type de produits distinctifs ».

Selon le chef Grenon, de nouveaux produits vont émerger au cours des prochaines années. Isabelle T. Rivard est  du même avis. Par contre, elle précise que les intervenants devront travailler ensemble au lieu d’en vase clos.

Baies d'argousier.

Les autres fruits 

L’argousier est un super fruit aux nombreuses vertus nutritives et médicinales. Par contre, sa récolte représente un défi pour les producteurs. En effet, il faut faire geler le plant pour être en mesure d’enlever le fruit. Il y a donc beaucoup de manipulation.

Le fruit offre des possibilités intéressantes pour différents produits comme des caramels, confits d’oignons, confitures, barres granolas et jus.

Aussi, le noyau peut être pressé pour en extraire une huile qui a des bienfaits sur la peau.

L’amélanche est un fruit savoureux qui est utilisé en cuisine. L’amélanchier est riche en fer et en cuivre et les autochtones l’utilisaient pour les maux d’estomac et de foie. Son pouvoir antioxydant est d’ailleurs comparable au bleuet. Par contre, l’arbuste a beaucoup de maladies et est attaqué par les ravageurs. Sa culture n’est pas simple dans la région. Ce fruit a un fort potentiel gastronomique.

La baie de Sureau n’est pas beaucoup cultivée dans la région, mais ce fruit est excellent. Cependant, le prix payé est relativement faible. En Europe, ce sont les fleurs qui sont exploitées pour leurs vertus aromatiques.

L’aronia est peu développé dans la région. C’est principalement pour ces vertus thérapeutiques que le fruit est utilisé plus que pour ses qualités gustatives. Frais, son goût est très astringent, son intérêt se situe dans les produits transformés. 

Il y a encore beaucoup de développement à faire pour ce fruit, mentionne la directrice générale du créneau d’excellence AgroBoréal.

Positionnement touristique

L’industrie touristique croit au potentiel de développement des petits fruits nordiques et c’est pour cette raison que Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean a décidé de mettre de l’avant dans sa campagne 2018 un garçon avec un panier de camerises.

« Les visiteurs recherchent de l’authenticité. C’est une tendance mondiale. Quand ils investissent dans des vacances, ils veulent en retirer quelque chose de positif de tangible. Ils recherchent donc des produits qui distinguent la région. Nos petits fruits représentent parfaitement cette authenticité du terroir et en plus il s’agit de fruits très bons pour la santé. C’est un positionnement très porteur », explique la directrice générale Julie Dubord.

Elle note aussi un grand attrait pour le tourisme gourmand. Les visiteurs sont de plus en plus attirés par la bonne cuisine inventive du terroir.
« Nous avons tout ce qu’il faut pour ce volet touristique. De très bons chefs, des produits d’une très grande qualité et la Table agroalimentaire qui fait un travail extraordinaire. Oui, les gens veulent encore goûter à la soupe aux gourganes, la tourtière et la tarte aux bleuets, mais ils souhaitent découvrir des saveurs plus surprenantes de notre terroir », ajoute-t-elle.

Évidemment, cet attrait pour les produits distinctifs a des répercussions sur les entreprises locales qui voient leurs ventes augmenter et plus de gens les visiter.

L’amélanche est un fruit savoureux qui est utilisé en cuisine.