Les négos du secteur public

Il est temps de faire de la santé et de l’éducation de vraies priorités

Benoît Bouchard s’impatiente. Depuis quelques semaines, il ne mâche pas ses mots quand il voit les travailleurs «au front» tomber comme des mouches. «Les travailleurs de la Santé et de l’Éducation sont tannés de se faire féliciter par le gouvernement: ils veulent maintenant des actions concrètes», affirme le président du SCFP-Québec, Benoît Bouchard.

Bien qu’ils apprécient les nombreuses initiatives leur rendant hommage et saluant leur travail essentiel de la part de la population et des autres corps de métiers, les travailleurs qui sont au front à tous les jours, transpirant derrière leur masque et leur visière, souhaitent davantage de la part du gouvernement. Ils souhaitent certes du renfort, mais surtout de meilleures conditions de travail.

Simplifier le mode de gestion 

Depuis le début des négociations, et même bien avant, le SCFP-Québec tient le même discours: les problèmes ne se limitent pas à la seule question salariale, ce sont les conditions d’exercice qu’il faut revoir.

La pandémie a aggravé cette problématique en pointant du doigt les lacunes du réseau de la santé: les heures supplémentaires obligatoires, le mouvement de personnel d’un établissement à l’autre, le manque de personnel à chaque quart de travail et la lourdeur administrative engendrée par les fusions d’établissement à outrance, notamment.

Pourquoi est-ce que des milliers de postes sont toujours vacants? Pour toutes ces raisons, mais aussi en raison du processus d’embauche qui se veut trop lourd et complexe, juge le SCFP-Québec.

Or, même si le gouvernement met en place un programme pour embaucher de nouveaux préposés aux bénéficiaires, c’est tout le réseau qui manque de personnel, clame le syndicat. «On a aussi un problème de rétention avec ces conditions de travail inexistantes», poursuit M. Bouchard.

«On sent que le gouvernement est en mode réaction. C’était un naufrage annoncé. Les annonces se font goutte à goutte, lors des conférences de presse. Mais nos demandes, nos solutions étaient sur la table bien avant la pandémie», martèle le président.

Valoriser les emplois en éducation

Le SCFP fait le même constat dans le milieu de l’éducation, alors qu’il représente plusieurs professionnels et personnel de soutien, allant des écoles primaires et secondaires jusqu’aux cégeps. «Ce sont des acteurs indispensables dans le cheminement de nos jeunes et de la réussite scolaire», insiste Benoît Bouchard.
Parmi eux, il cite les conseillers pédagogiques qui ont été parmi les premiers à réagir et à répondre aux besoins des élèves et des parents dès le début du confinement, en rendant possible notamment la réalisation des trousses ministérielles.

Le personnel en service de garde est également à bout de souffle car il est au front depuis le début dans les services de garde d’urgence et manque également de matériel de protection. Plusieurs travailleurs quittent le navire avant qu’il coule, illustre le SCFP.

Dans les écoles primaires, les surveillants d’élèves vivent aussi plusieurs défis. «Plusieurs de nos membres travaillent à temps très partiel. Ils sont inquiets pour leur santé et vivent une situation chaotique.»

Le syndicat demande par ailleurs de revoir la structure de postes dans l’éducation, en ayant davantage de postes à temps plein, afin de limiter les horaires brisés et les déplacements d’un établissement à l’autre.

«Tant dans le réseau de la santé qu’en éducation, alors que le recrutement et la rétention du personnel sont tout aussi problématiques, il faut que le gouvernement arrête ses beaux discours et en fasse de réelles priorités», martèle le porte-parole.

Avez-vous fait une réclamation? 

Outrée par le manque de transparence des organisations et par le manque d’équipement toujours bien réel, Céline Giguère, coordonnatrice du service de santé et sécurité du SCFP, invite les travailleurs qui ont contracté le COVID-19 sur leur lieu de travail à faire une réclamation à la CNESST. «Trop peu de gens le savent et en font la demande jusqu’à présent alors que nous en savons encore très peu sur les conséquences à plus long terme du COVID-19», constate-t-elle. N’attendez pas!

Le SCFP compte 121 750 membres au Québec, répartis au sein de 502 syndicats locaux. Le SCFP est présent dans 11 secteurs d’activité au Québec, soit les affaires sociales, les communications, l’éducation, les universités, l’énergie, les municipalités, les sociétés d’État, les transports aérien, terrestre et maritime ainsi que le secteur mixte.