La francophonie et le développement durable

Les grands enjeux de la planète selon Jean Lemire

Au cours des 25 dernières années, j’ai eu le privilège de parcourir le monde pour constater les grands défis environnementaux de la planète. Devant le constat des enjeux, je dois avouer qu’une bonne dose d’incertitude s’offre parfois en héritage. Mais je garde espoir.

Au cours de mes voyages, j’ai été happé par le fardeau des différences entre les peuples. Je crois que si nous voulons édifier nos aspirations pour demain, nous devrons favoriser une plus grande justice sociale et un partage plus équitable de la richesse. Et qui dit richesses, dit inévita­blement ressources naturelles. Le développement durable des produits de la Terre devrait guider nos actions, rapidement, car il y a urgence d’agir. 

Depuis 30 ans, l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) accompagne les États francophones du Sud dans la négociation et la mise en œuvre des grands traités internationaux qui abordent les grands enjeux du développement durable. L’IFDD permet une représen­tation efficace et essentielle des États francophones au chapitre des grandes orientations de notre destinée. Sans l’IFDD, les états partenaires au sein de la Franco­phonie internationale n’auraient pas une voix aussi forte au chapitre des négociations lors des traités importants pour la planète, comme l’Accord de Paris de 2015.

Notre système sociétal actuel crée un déficit beaucoup trop important pour perdurer sans changements importants. Déjà, chaque année, notre consommation de ressources à l’échelle mondiale surpasse ce que la Terre arrive à produire annuellement. Cette situation d’insuffisance des ressources risque de s’accentuer si rien n’est fait, surtout avec la croissance démographique importante. Le passage obligé à des politiques de développement durable constitue notre meilleur investissement pour l’avenir de l’humanité, et le travail de l’IFDD s’offre en porte-voix essentiel.

Bien qu’il soit illusoire de combattre le progrès ou de renoncer à la consommation, nous avons le devoir de revoir nos façons de faire, car quoi qu’on en dise, la problématique n’est pas simplement économique. Elle est aussi et surtout philosophique. La véritable révolution doit passer par l’attribution de la valeur réelle et tangible des services offerts par les écosystèmes. Plus que jamais, il est essentiel de rappeler cette notion d’interdépendance qui influe toutes les formes de vie, y compris la nôtre. 

En cette période de transition, le changement salutaire des mentalités de nos sociétés passera inévitablement par les générations grandissantes. Il faut les guider et les encourager pour qu’elles osent défier le passé et instaurer de façon définitive les principes fondamentaux du développement durable. Cette aspiration nouvelle, menée par le désir criant des jeunes générations, demeure la plus grande source d’espoir pour demain.

Le changement salutaire des mentalités de nos sociétés passera inévitablement par les générations grandissantes. 

Cet espoir est véritable et il appartient à celles et ceux qui entretiennent et nourrissent les actions authentiques qui mènent au changement. Si la tendance se maintient et que s’installe irrémédiablement ce désir commun de protéger et de développer nos ressources de façon durable, nos enfants pourront savourer les fruits de nos maigres semences, quelques graines de conscience profondément enfouies dans les entrailles d’une Terre nouvelle, semées de mains d’Homme, au gré d’un vent de changement et d’espoir qui souffle pour les générations futures. 

À l’occasion du 30e anniversaire de l’IFDD, le Québec s’enorgueillit des réussites de son partenaire de longue date et se réjouit des nombreuses retombées positives qu’amène la présence de cette organisation en sol québécois. Basé dans la capitale nationale, l’IFDD partage avec nous des valeurs communes et permet le développement d’une expertise de pointe chez les Québécoises et les Québécois devenant ainsi des acteurs crédibles pour le développement durable. C’est donc avec fierté que nous poursuivrons cette collaboration fructueuse vers un monde plus juste et plus durable. 

Jean Lemire, émissaire aux changements climatiques et aux enjeux nordiques et arctiques