Saviez-vous que Le centre commercial Fleur de Lys à Québec fut le premier centre commercial de la province. Ce dernier a ouvert ses portes le 21 mars 1963. Puis, Les Galeries d’Anjou, ouvrirent leurs portes en août 1968. Quelques mois plus tard, un troisième centre commercial voyait le jour au Québec : Place du Saguenay. Plus de 310 000 pi ca. d’espaces locatifs devenaient ainsi accessibles aux commerces souhaitant s’établir sur l’artère Talbot, aujourd’hui considérée comme le pôle commercial de la région. Sur la photo, vue aérienne de Place du Saguenay.

50 ans Place du Saguenay

Place du Saguenay: une pionnière du développement commercial

Il y a 50 ans, Place du Saguenay voyait le jour. La création de ce «centre d’achats» a marqué l’histoire du développement commercial au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

En fait, l’implantation de ce complexe commercial a insufflé un vent de dynamisme à ce secteur alors composé de grandes terres agricoles appartenant à diverses communautés religieuses. 

Formant un noyau de commerces attractifs, Place du Saguenay a participé à la naissance de l’axe commercial du boulevard Talbot, aujourd’hui considéré comme le pôle commercial de la région. 

Une ère de transformation

Il faut dire que Place du Saguenay est arrivée à un moment où la société de consommation connaîssait une transformation notable.

«Si les années 1920, connues sous le nom des années folles, ont été marquées par une entrée dans la modernité et le début d’une société de consommation, cet élan a été freiné de façon dramatique  par la grande crise économique des années 30 et par la guerre de 1939-45. On passa alors d’une société de consommation naissante à une période de consommation de survivance et de rationnement, concentrée sur l’effort de guerre. Vint ensuite la période d’après-guerre et de reconstruction pour finalement aboutir, 15 ans plus tard à une ère de relance de la consommation à grande échelle », explique l’historien Laurent Thibault.

L’œuvre d’un visionnaire

Selon M. Thibault, l’homme d’affaires Henry Segall, propriétaire de l’Hôtel du Parc au bassin, a été un visionnaire, lorsqu’il a décidé d’importer le concept américain des centres commerciaux. 

«Comme partout ailleurs, la vie commerciale à Chicoutimi était concentrée au centre-ville. Les entreprises, les commerces et les institutions avaient tous pignon sur la rue Racine et dans les environs immédiats. Mais l’arrivée de nouvelles technologies, par exemple de la télévision qui fit son entrée dans la région en 1955, a changé les habitudes de consommation des gens. Les consommateurs des années 60 ne voulaient plus se contenter de faire leur magasinage dans les catalogues. Ils voulaient plus que de belles images, ils voulaient désormais, voir, toucher et essayer la marchandise avant d’acheter. Cette progression fulgurante de la société de consommation allait créer un sérieux problème d’espaces locatifs pour satisfaire les promoteurs, entrepreneurs et consommateurs de biens et services. Le concept de «centre d’achats» de M. Segall venait répondre à ces besoins. Les consommateurs retrouveraient dans un seul et même endroit : deux  grandes surfaces offrant tous les biens de consommation, soit Sears et Zellers, une grande chaîne alimentaire, Dominion.  Tous trois pouvaient offrir aux consommateurs des choix de prix avantageux et une offre commerciale additionnelle à celle de la rue Racine.  Avec de tels piliers du commerce de détail, il devenait aisé d’attirer d’autres commerces et boutiques d’entrepreneurs locaux pour compléter l’offre. Et point ultime pour attirer les consommateurs, les espaces de stationnement seraient nombreux et gratuits, et ils pourraient faire tout leur magasinage dans un endroit confortable, à l’abri des intempéries et des rigueurs de l’hiver», affirme l’historien.

Un projet arrivé au moment opportun

Non seulement M. Segall a été visionnaire, mais en plus, il a su saisir le bon momentum. L’homme d’affaires John Murdock venait de développer un quartier résidentiel auquel il avait donné son nom, en bordure de ce qui devint le boulevard Talbot. En plus d’y ériger des maisons, il créa un complexe locatif de plus de 50 unités : les blocs Murdock. Puis, en 1962, naissait l’important complexe hôtelier Le Montagnais.  Ces développements qui nécessitèrent l’acquisition de terres agricoles ont permis le dézonage pour des fins d’exploitation commerciale sur l’artère Talbot, ouvrant du même coup la voie au projet de centre commercial de M. Segall.

C’est ainsi que Place du Saguenay ouvrit officiellement ses portes au public en octobre 1968, devenant du même coup le troisième centre commercial à voir le jour au Québec.

«Le succès étant au rendez-vous, d’autres entreprises décidèrent d’entreprendre le beau risque commercial en s’installant dans l’environnement de Place du Saguenay. La chaîne des hôtels des Gouverneurs et le magasin Canadian Tire vinrent d’abord s’établir. Puis, l’homme d’affaires Gaston Tremblay investit plusieurs millions de dollars dans la création de Place du Royaume », raconte Laurent Thibault.

Un pôle commercial régional

Au fil des ans, le nouvel axe commercial nord-sud du boulevard Talbot a continué de se développer au rythme des investisseurs désireux de profiter davantage des opportunités offertes par ce secteur commercial attractif. Commerces spécialisés, entreprises de service, restaurants, institutions bancaires, concessionnaires automobiles et grandes chaînes de renoms font maintenant partie de ce pôle commercial régional, que l’on désigne désormais la « Zone Talbot ».

Saviez-vous que
C'est l'homme d'affaires Henry Segall qui a eu l'idée d'implanter dans la région le modèle américain du centre commercial. En ouvrant Place du Saguenay, M. Segall a ouvert la porte à une expansion du territoire commercial de Chicoutimi.
Sur la photo: Henru Segall et Yves Jobin de Place du Saguenay. Septembre 1981.

Acteur de l’étalement urbain

L’attraction générée par l’activité commerciale de l’axe Talbot a aussi eu pour effet de favoriser le développement de quartiers résidentiels dans les secteurs avoisinants. Des quartiers qui, aujourd’hui encore, figurent parmi les plus recherchés de l’arrondissement Chicoutimi.

« Parallèlement au développement commercial nord-sud du boulevard Talbot, l’étalement urbain s’est aussi développé. Grâce à la création de la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL), la propriété était maintenant à la portée de main de simples travailleurs. Aussi, non seulement ont vit s’ériger des coopératives d’habitation favorisant le logement locatif bon marché, mais les entrepreneurs commencèrent à s’éloigner du centre-ville pour créer de nouveaux développements peuplés de bungalow en série, vendus à prix raisonnables pour les jeunes familles.  Une nouvelle profession et un nouveau type de commerces firent leur apparition, soit l’agent immobilier travaillant pour les agences immobilières. Ainsi, la ville de Chicoutimi prit des dimensions presque exponentielles en quelques années seulement. La création de Place du Saguenay et d’un premier noyau commercial a donc eu une incidence sur plusieurs facettes du développement de Chicoutimi», conclut M. Thibault.