Bien qu’elles soient quelque peu habituées à la présence humaine, les meutes les plus sauvages ne viennent pas quérir l’attention du visiteur. Elles mènent une vie à l’image des loups que l’on retrouve en forêt. (
Bien qu’elles soient quelque peu habituées à la présence humaine, les meutes les plus sauvages ne viennent pas quérir l’attention du visiteur. Elles mènent une vie à l’image des loups que l’on retrouve en forêt. (

Un sommeil bercé par les loups

Il est approximativement 19h. L’obscurité commence à s’installer au parc Mahikan/Aventuraid de Girardville et, au même moment, leurs cris commencent à se lever. «Aaaooouuu!» Tout au long de la nuit, des dizaines de loups s’occuperont de rendre cette immersion au cœur de la nature hivernale absolument magique.

Pierrick Pichette – Ce contenu est produit par les étudiants en ATM — Journalisme du Cégep de Jonquière

Ce centre d’observation de la faune permet à ses visiteurs de prendre part à une aventure unique en son genre que l’on ne voit pas tous les coins de rue, soit d’y séjourner en plein air, peu importe la saison, au cœur d’une forêt abritant trois meutes de loups en semi-liberté. Parmi les bêtes, on retrouve des loups arctiques ainsi que des loups gris, dont le degré d’indépendance varie d’une troupe à l’autre.

À peine arrivé sur le site, personne ne peut rester indifférent face à l’ambiance sonore. Ce n’est pas dans tous les milieux urbains que l’on peut entendre fréquemment les hurlements des loups qui donnent l’impression de chanter leur bonheur sous un ciel étoilé.

Si la trame sonore incroyable n’est pas suffisante pour impressionner tout le monde, pas de panique, puisqu’il suffit de s’approcher un peu du premier enclos pour tomber en amour une première fois avec cette espèce animale.

Aussitôt, pas moins d’une dizaine de loups s’approchent de la barrière afin de quérir quelques caresses humaines. Nul besoin d’être un spécialiste pour constater à travers leurs yeux toute la joie qu’ils éprouvent grâce à ce partage de chaleur avec le visiteur.

Les autres meutes, quant à elles, se montrent un peu plus discrètes, mais ne manquent pas d’impressionner le visiteur lorsqu’il réussit à les apercevoir entre deux arbres pendant un de leurs déplacements en groupe.

En ce qui a trait à l’hébergement, chaque style de campeur peut y trouver son compte, puisque deux types de campements sont offerts sur le site. On peut donc dormir à l’intérieur de quelques chalets de bois aux formes atypiques dans lesquels se trouvent des lits un peu plus douillets, mais également choisir une expérience rustique et fidèle au mode de vie des loups dans la tente Prospecteur.

Cette tente chauffée à l’aide d’un petit poêle à bois réussit à donner une impression de campement de fortune construit en quelques minutes lors d’une mission de survie, mais est en fait une véritable maisonnette de toile qui permet à ses résidents d’entendre très bien les respirations nocturnes de la nature ainsi que les hurlements sentis et ô combien majestueux des loups.

Certains loups ont été imprégnés (habitués à la présence humaine dès leur plus jeune âge) par les propriétaires de sorte qu’ils n’hésitent pas à faire connaissance avec les visiteurs.

Des loups dorlotés

En prenant soin de ces loups, le propriétaire du parc, Gilles Granal, permet à certains d’entre eux de profiter de temps de qualité en fin de vie, privilège auquel ils n’auraient jamais eu droit s’ils avaient été laissés à eux-mêmes en forêt.

«Lorsqu’ils tombent malades, les loups ne tiennent pas longtemps dans la nature, puisqu’ils ne sont plus capables de suivre la meute et de chasser leur nourriture. Ici, je m’assure qu’ils ont une fin de vie confortable et joyeuse, dans laquelle ils peuvent être nourris et profiter d’un grand espace habitable», soutient le grand manitou de l’endroit.

C’est notamment le cas de Loba, une louve de douze ans atteinte d’un cancer des os. À la vue de l’animal, on constate évidemment l’état piteux dans lequel elle se trouve, mais on a également la chance de voir une bête affectueuse et reconnaissante de tout l’amour qu’elle reçoit malgré sa condition. Aussitôt qu’elle constate une présence humaine à proximité, Loba mobilise toute son énergie et se lève pour aller accueillir son visiteur et lui solliciter quelques caresses, le laissant par le fait même complètement charmé.

Aux dires du propriétaire, la tente Prospecteur est l’installation qui permet de vivre l’expérience la plus authentique.

«Démystifier le loup»

Il y a presque 18 ans, Marie-Christine Debail et Gilles Granal, deux Français établis au Québec depuis plusieurs années et propriétaires d’un parc d’aventures hivernales depuis près d’une dizaine d’années, avaient un peu de temps à leur disposition et souhaitaient relever un nouveau défi.

Puisqu’ils entretenaient tous les deux un intérêt marqué pour le loup et son mode de vie, ils ont décidé d’assumer la lourde tâche de bâtir quelque chose dans le dessein de «démystifier» cet animal qui, selon eux, est trop méconnu bien que tellement polarisant.

«Il existe des passionnés de toutes les autres espèces vivantes comme les oiseaux ou encore les insectes. Toutefois, il y a également des gens qui se foutent éperdument des oiseaux ou des insectes. Cet écart de curiosité disparaît quand on parle du loup. Tout le monde a son opinion, fondée ou non, sur cet animal. C’est pourquoi nous avons voulu briser le stéréotype et éduquer la population sur ces bêtes», explique Gilles Granal.

C’est ainsi que le couple a fait l’acquisition, petit à petit au fil des années, de ces trois meutes de loups auxquelles il a fourni le plus douillet des nids sur sa base écoaventure.

Un centre d’interprétation a été aménagé au centre du parc afin de permettre aux touristes d’en apprendre plus sur cette espèce animale.

La qualité au profit de la quantité

L’idée de bâtir un tel lieu d’hébergement parmi des meutes de loups n’étant pas très commune, aucun autre endroit de la sorte n’est né dans la province. Le parc Mahikan/Aventuraid est donc le seul endroit au Québec où il est possible de vivre une expérience de ce genre.

Dans ces circonstances, il serait facile de croire que le parc déborde de visiteurs et qu’il est impossible de mordre à pleines dents dans le mode de vie unique que mènent les loups. Toutefois, il n’en est rien.

En faisant naître son parc d’observation de la faune, M. Granal a fait de la qualité de l’expérience offerte aux visiteurs une priorité. Ainsi, seul un tout petit nombre de personnes à la fois peuvent être accueillies sur le site.

Au fil des années, Gilles Granal a pu tisser un lien extrêmement privilégié avec ses bêtes.

«Quand on a aménagé l’endroit, notre objectif était de faire vivre une immersion complète à nos visiteurs. Pour ce faire, une proximité entre l’humain et l’animal est nécessaire. Si on commençait à recevoir plusieurs dizaines de touristes à la fois, personne ne pourrait goûter pleinement à cette expérience. Pour cette raison, malgré qu’il s’agit d’un désavantage financier, nous avons choisi de recevoir uniquement de petits groupes afin de leur permettre d’être le plus près possible de nos meutes», mentionne le propriétaire.

Avec les années, Gilles Granal et Marie-Christine Debail ont pris plaisir à faire évoluer leur petit bébé et il ne serait pas surprenant de les voir donner vie à d’autres innovations dans l’avenir. Cependant, ces améliorations devront attendre quelque peu, puisque les propriétaires ont été contraints de «mettre leurs idées de côté» afin de se conformer à de coûteuses nouvelles normes gouvernementales.

En attendant, il est toujours possible de se réveiller, au petit matin, en pleine nature, l’odeur du poêle à bois réchauffant notre cœur au beau milieu de l’habitat de dizaines de loups qui auront bercé notre sommeil toute la nuit grâce à leur chant mythique, devenu désormais le souvenir intarissable d’une expérience mémorable.