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Premières Nations : une culture à protéger
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Premières Nations : une culture à protéger
Système d’éducation inadapté, déracinement, perte de fierté: les individus des Premières Nations qui s’établissent en milieu urbain sont confrontés à une multitude de bouleversements. Rosie St-André et Coralie Laplante se sont penchées sur la situation des personnes autochtones à Saguenay.
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Langues autochtones: une fierté à préserver

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Langues autochtones: une fierté à préserver

« C’est plus qu’un choc. » Les Autochtones qui quittent leur communauté pour un milieu urbain sont confrontés à un immense questionnement identitaire. Ce bouleversement résonne dans l’un des aspects les plus profonds de leur culture : leur langue maternelle.

Coralie Laplante Ce contenu est produit par les étudiants en ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière.

« En arrivant ici, je me suis dit qu’il fallait que je parle en français à mes filles, puisqu’elles ne parlaient qu’ilnu. Je voulais leur donner le maximum de chances pour qu’elles puissent s’intégrer. Mais aujourd’hui, je m’en veux terriblement d’avoir fait ça. »  Kate Bacon est coordonnatrice des langues, des cultures et de l’éducation au Centre d’amitié autochtone du Saguenay. Elle se désole que ses filles ne s’expriment dorénavant plus en ilnu, car elle croit que la langue est à la source de l’identité des Premières Nations.

Mme Bacon explique que l’une de ses filles souhaite reconnecter avec sa langue maternelle, alors que l’autre s’y oppose. « On dirait que la fierté n’est plus là chez ma plus vieille », confie-t-elle. Elle craint que ce comportement amène sa fille à éprouver de la honte envers ses origines.

La directrice de la Chaire de recherche sur la parole autochtone et enseignante en linguistique à l’Université du Québec à Chicoutimi, Sandrine Tailleur, affirme que la pérennité des langues autochtones est aujourd’hui en danger.

« Par exemple, Mashteuiatsh est l’une des communautés innues où le taux de rétention de la langue est assez faible. On a de la difficulté à avoir des chiffres exacts, mais ce n’est pas plus de 30 % de la communauté qui serait capable de comprendre leur langue innue, le nehlueun », estime la professeure de l’UQAC. Elle ajoute que c’est la proximité de Mashteuiatsh avec Roberval, un milieu francophone, qui explique cette statistique. À l’opposé, certaines communautés innues plus isolées sur la Côte-Nord affichent un taux de rétention de 80 %.

Mme Tailleur évoque que la pratique de la langue innue a grandement diminué à partir du milieu du XXe siècle. La mentalité prédominante chez les parents de l’époque était d’apprendre uniquement le français à leurs enfants, dans le but de leur assurer un bon avenir et un statut économique enviable.

Sandrine Tailleur soutient que dorénavant, l’apprentissage du français autant que celui de leur langue ancestrale est privilégié chez les familles autochtones.

Kate Bacon est coordonnatrice des langues, des cultures et de l’éducation au Centre d’amitié autochtone du Saguenay.

La revitalisation : la solution

« Ça fait onze ans que je demeure à Chicoutimi. Si je n’avais pas eu d’amis innus ici, je parlerais sûrement 90 % du temps en français et j’oublierais les mots innus que j’utilisais auparavant. » Kévin Bacon occupe la fonction d’agent de promotion au Centre d’amitié autochtone du Saguenay. Il considère primordial que des lieux tels que le centre d’amitié permettent aux individus des Premières Nations en milieux urbains de pratiquer leur langue maternelle, afin de la perpétuer.

Sandrine Tailleur souligne que la communauté de Mashteuiatsh est actuellement en processus de revitalisation du nehlueun. « La langue était presque disparue, c’est-à-dire qu’elle était parlée par quelques locuteurs qui sont assez âgés. Quand on a une situation comme celle-là, s’il n’y a rien qui est fait de façon explicite, la langue n’a aucune chance de survie », explique la professeure.

Kévin Bacon est agent de promotion au Centre d’amitié autochtone du Saguenay.

Ouvrir le dialogue dans le respect

« Les communautés sont à différents stades de possession de leur langue. Il y en a qui sont prêtes à la partager. D’autres communautés ne sont pas rendues là. » Sandrine Tailleur considère qu’il est important de s’intéresser aux langues des Premières Nations. Cependant, il faut être conscients que des blessures du passé demeurent, et que la langue est un sujet délicat, intimement lié à l’identité.

La professeure indique que des cours d’ilnu sont maintenant offerts à l’UQAC. « Apprendre la langue de quelqu’un est l’une des meilleures façons d’avoir accès à sa culture, puis de vraiment s’ouvrir l’esprit pour accueillir la différence de l’autre. »

Sandrine Tailleur croit que la revitalisation des langues autochtones est essentielle afin d’assurer leur pérennité.
Un système d’éducation à adapter

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Un système d’éducation à adapter

Manque de ressources et manière d’enseignement inadaptée : les étudiants autochtones éprouvent des difficultés à s’intégrer au système d’éducation québécois qui ne correspond pas à leur culture ni à leur réalité.

Rosie St-André - Ce contenu est produit par les étudiants d’ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière.

« Le déracinement que vivent les étudiants est déjà important, mais pour un jeune Autochtone, il est décuplé par le fait d’être loin de sa famille et d’être dans une société étrangère parce que les choses ne fonctionnent pas de la même façon », soutient la directrice de la Chaire de recherche sur la parole autochtone et enseignante en linguistique à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Sandrine Tailleur.

L’agent de promotion au Centre d’amitié autochtone de Saguenay (CAAS), Kévin Bacon, a éprouvé beaucoup de difficultés durant son parcours scolaire. Ayant complété son primaire et son secondaire en communauté, il a pu noter des différences entre les systèmes éducatifs.

Et ce, même si le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) est appliqué dans les communautés autochtones. Les matières sont donc les mêmes que celles enseignées dans les autres écoles, avec quelques cours de langues et de culture en plus.

Le Chef des relations avec les Premières Nations au Centre Nikanite de l’UQAC, Francis Verreault-Paul, soutient également, avec une position plus nuancée, qu’il reste des ajustements à faire au sein des établissements scolaires. « Le contenu des programmes n’est parfois pas adapté à la réalité autochtone, la perspective du peuple n’est pas souvent prise en compte, ce n’est pas quelque chose d’obligatoire encore. » Le Centre permet toutefois aux étudiants autochtones de l’établissement de bénéficier de ressources concrètes élaborées pour eux.

Une manière d’enseignement inadaptée

Selon la coordonnatrice en langues, culture et éducation au CAAS, Kate Bacon, la manière d’apprendre du système d’éducation de la province, qui est principalement de rester derrière un bureau à écouter un enseignant donner la matière, n’est pas adaptée pour les étudiants autochtones. Ils sont plutôt habitués à vivre, à observer et à faire ce qui leur est montré. Cette réalité peut faire en sorte qu’ils soient vus comme moins motivés, mais ce détachement s’explique plutôt en raison du fait que les manières de faire québécoises ne leur correspondent pas.

« On attend d’eux qu’ils intègrent le système québécois, alors que leur façon d’aborder les choses et leur culture est complètement différente », rapporte Mme Tailleur. Elle déplore également le manque de ressources adaptées spécifiquement pour eux.

Par exemple, les cours de mise à niveau en français donnés au collégial sont accessibles pour ces jeunes, mais les enseignants ne sont pas formés sur la langue ilnue. Ils ne connaissent pas ses particularités, menant à de l’incompréhension par rapport aux erreurs faites par les étudiants. « Dans la langue ilnue, il n’y a pas de déterminants. Les genres féminin et masculin ne sont pas présents non plus, on parlera plutôt de classes », explique l’enseignante en linguistique.

Pour sa part, Gabrielle Paul a eu la chance de connaître un parcours scolaire dénué d’obstacles. Elle a toujours bien réussi et s’est toujours sentie à sa place dans les classes qu’elle a fréquentées. Cependant, une crainte régnait chez elle lorsqu’elle a fait son entrée au cégep, celle d’éprouver des difficultés d’adaptation.

« Dans les communautés, ce sont des petits groupes avec des gens que je connais, autant les élèves que les professeurs. D’arriver au cégep où c’est beaucoup plus grand avec plus de personnes, j’avais certaines craintes », émet-elle.

La culture et les traditions étant importantes pour elle, la coupure avec sa réalité a été difficile. « Je ne pouvais pas m’identifier avec mes nouveaux amis du cégep sur les plans culturels dans lesquels j’avais grandi », exprime la diplômée en journalisme.

Gabrielle Paul est originaire de la communauté de Mashteuiatsh et diplômée en journalisme au Cégep de Jonquière.

De plus en plus de ressources

Ce sont 24 programmes spécifiques pour les Premières Nations qui ont été créés grâce au Centre Nikanite de l’UQAC. « Il y a aussi la valorisation de la culture. Je crois qu’on a un rôle à jouer à sensibiliser la communauté universitaire par rapport à la réalité des Premières Nations », soutient M. Verreault-Paul.

Faisons partie de la solution

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Faisons partie de la solution

(COMMENTAIRE) Francophones, arrêtons de faire des Lords Durham de nous-mêmes. Pendant des siècles nous nous sommes battus pour préserver notre cher français, il est temps d’en faire de même pour aider la protection des langues autochtones.

Philippe Chabot – Ce contenu est produit par les élèves en ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière.

C’est vraiment la moindre des choses que l’on peut faire. N’oublions jamais ce que nous leur avons fait vivre : nous les avons chassés de leurs terres pour ensuite les placer dans des réserves… On a kidnappé leurs enfants pour les éduquer dans des pensionnats afin de les assimiler. Nous avons été de réels tyrans.

Il est l’heure qu’on se réveille un peu! On doit les aider à protéger leur culture et les langues si riches d’histoire et d’amour. La langue est bien plus qu’une simple méthode de communication, c’est une identité.  

Ma collègue Coralie Laplante a communiqué, pour son article, avec la coordonnatrice des langues, des cultures et de l’éducation au Centre d’amitié autochtone du Saguenay, Kate Bacon. Elle lui a témoigné une bien triste histoire, soit que sa fille ne veut plus du tout parler l’ilnu, leur langue maternelle, elle a peur que celle-ci commence à avoir honte de ses racines. C’est effrayant !

Le système d’éducation doit absolument enseigner l’importance de préserver sa langue maternelle ou même offrir des ateliers ou activités en ilnu, par exemple, pour que ces jeunes puissent communiquer et pratiquer avec d’autres personnes dans leur langue.

Nous, Québécois francophones, devons aussi engager des discussions avec les différentes communautés autochtones. Elles pourraient même nous offrir des formations sur leurs coutumes et traditions pour que l’on puisse être mieux éduqué. Ces échanges pourraient permettre une meilleure réconciliation entre nos deux peuples. Comme mentionné encore une fois dans le texte de Coralie, apprendre la langue et l’histoire des Premières Nations est le meilleur moyen pour avoir la chance d’accéder à leur savoir.  On doit, par la suite, en tant que francophone, s’ouvrir l’esprit à d’autres cultures avec qui on partage notre magnifique Québec.

Vacciner au Nord : un défi de taille

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Vacciner au Nord : un défi de taille

Orchestrer une vaste campagne de vaccination contre la COVID-19 comporte son lot de défis, particulièrement dans les régions éloignées, telles que les communautés cries au nord du Québec. La professeure-chercheuse en microbiologie et en sciences fondamentales à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Catherine Girard, s’intéresse à cette problématique.

Coralie Laplante - Ce contenu est produit par les étudiants en ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière.

« Il peut y avoir des problèmes d’approvisionnement dans les communautés éloignées, parce qu’on est très dépendants de la météo. Des fois, on peut passer une semaine sans qu’un avion atterrisse », explique Mme Girard.

La chercheuse explique que le transport est un enjeu crucial pour les communautés au nord du Québec, notamment en ce qui concerne la conservation de la température adéquate des vaccins acheminés en avions nolisés. Le maintien de la chaîne de froid sur de longues distances est une opération délicate.

« Ça s’est très bien déroulé, mais on était un petit peu anxieux! » La directrice générale du Centre régional de santé et de services sociaux de la Baie-James (CRSSS), Nathalie Boisvert, affirme que le déplacement des doses vaccinales nécessite un « travail de logistique » important.

Craintes accrues 

« La recherche médicale et le système de santé ont été un instrument du colonialisme très fort dans les communautés autochtones. » Catherine Girard dit ne pas vouloir parler au nom des Premières Nations. Elle considère cependant que des « abus très clairs du passé » renforcent la méfiance des communautés autochtones envers le vaccin contre la COVID-19.

La chercheuse de l’UQAC croit que les campagnes de vaccination dans ces régions devraient être réalisées en collaboration avec des acteurs locaux, qui expliqueraient les bénéfices du vaccin et ses risques à la population.

Mme Girard conçoit que des individus expriment des doutes par rapport au vaccin contre la COVID-19 dans l’ensemble de la province.  « [Mais] dans les communautés autochtones, il y a en plus le glaçage colonial qui vient complexifier cette histoire-là, et renforcer les craintes de certaines personnes », précise-t-elle.

Risques plus élevés de transmission

La vaccination est cruciale dans les communautés isolées selon la professeure, alors que les risques de transmission de la COVID-19 y sont plus élevés. La crise du logement qui frappe le Nord-du-Québec y est pour quelque chose. « Les logements sont surpeuplés. Ça veut dire plus de proximité entre les individus […] et une impossibilité d’auto-isolement », énonce-t-elle.

« On n’a pas de centres pour hospitaliser les personnes atteintes de la COVID dans la région, donc on doit transférer les gens à l’extérieur. C’est là notre vulnérabilité ». La directrice du CRSSS explique que les soins de santé sont limités ou absents dans certaines communautés. C’est pourquoi la vaccination de masse a débuté dès janvier dans le Nord-du-Québec.

Catherine Girard souligne également que certains habitants en communautés éloignées doivent prendre l’avion pour recevoir des soins de santé spécialisés dans les grands centres, ce qui accroit leurs risques de contracter le virus.

La microbiologiste Catherine Girard s’intéresse à la vaccination dans les régions éloignées et au sein des communautés des Premières Nations.