Le directeur général de l’hôtel OTL Gouverneur Saguenay, Gilles Camps, dénonce le pouvoir des sites de réservation en ligne.

Les hôtels surveillent les sites de réservation en ligne

Selon le directeur général de l’hôtel OTL Gouverneur Saguenay, Gilles Camps, ce n’est pas de tout repos de surveiller «la mafia» des plateformes de réservations hôtelières en ligne. Malgré un accord juridique entre les hôtels et les sites de réservation en ligne, ces derniers continueraient de contourner le système.

Jérôme Gagnon - Ce contenu est produit par les étudiants en ATM — Journalisme du Cégep de Jonquière

Créés en 1996, les premiers sites de réservations soient, Expedia, à l’origine filiale de Microsoft, et Booking.com, offrent une visibilité pour attirer une clientèle internationale.

Au Québec, les contrats signés entre les hôteliers et les deux géants, Expedia et Booking, exigent aux établissements hôteliers du Québec d’afficher le même prix que sur les différentes plateformes. Ce même accord demande aux hôtels de payer 25 % voire même 30 % dans certains cas de commissions sur le prix d’une chambre d’hôtel vendue par une agence en ligne.

«Maintenant, l’une des tactiques, c’est d’afficher des promos cachées. Ils rayent le prix choisi par l’hôtel et affichent une réduction de cinq dollars pour avoir droit aux 25 %» , a exposé M. Camps. À la suite de la vente de la chambre, le site remet les dollars de différence, mais l’hôtel est dans l’obligation de payer la commission exigée par le site de réservation en ligne.

«C’est arrivé à quelques reprises. Lorsque ce genre de trucage survient, on entre en contact sur-le-champ avec l’agence en question», a déclaré M. Camps.

La directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec, Marjolaine de Sa, a confirmé que des plaintes de sa section concernant la parité de certains sites de réservation en ligne avaient été déposées au Bureau de la concurrence Canada en 2016. 

«On est encore au Bureau de la concurrence sur une pile quelque part, nous n’avons pas encore eu d’audition. Ce sont de longs dossiers. Chaque année, on reçoit un courriel pour nous dire qu’ils n’ont pas oublié notre dossier», a mentionné la femme originaire d’Arvida.

Selon Mme de Sa, aucun hôtel dans la province n’a poursuivi en justice un des sites de réservation en ligne malgré les plaintes de plusieurs hôtels. «Personne n’a eu les reins assez solides pour aller se battre contre eux, ce sont des machines», a-t-elle laissé savoir.

Expedia et Booking exigent aux établissements hôteliers du Québec d’afficher le même prix que sur les différentes plateformes.

La danse de tango

Marjolaine de Sa compare la relation entre les hôtels et les sites de réservation en ligne à une danse de tango continuelle.

«Dans les établissements hôteliers, tous les matins, ces sites sont vérifiés. Il y en a qui appellent leur représentant pour rectifier des prix. Ça arrive des deux côtés. Certains hôtels baissent leurs prix et des agents travaillant pour des sites de réservation téléphoneront instantanément», a mentionné la directrice.  

Gilles Camps souligne que le contrat entre les hôtels et les sites de réservation en ligne exige aux Expédia.ca et Booking.com de ne jamais indiquer un prix plus bas que les établissements d’hébergement.

«C’est unique au Québec, c’est une bonne chose», a-t-il mentionné. L’homme volubile qualifie les sites de réservation en ligne de mafia connue du milieu hôtelier, mais pas du grand public.

Marjolaine de Sa et Gilles Camps conseillent aux Québécois de téléphoner directement à l’hôtel, car parfois, des avantages peuvent être offerts ou même le prix peut être à l’occasion révisée. «J’encourage toujours de magasiner sa chambre, ça permet de garder l’argent aux hôtels de la province qui emploient des Québécois» , a indiqué Mme de Sa.