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Les coulisses de Tinder
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Les coulisses de Tinder
Qui, des hommes ou des femmes, est davantage actif sur l'application de rencontres Tinder? Les journalistes Jérémie Camirand et Félix Laroche se sont penchés sur ce sujet en menant une expérience sociologique.
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Tinder : largement plus populaire auprès des hommes

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Tinder : largement plus populaire auprès des hommes

Imaginez qu’un match de hockey se joue à vive allure, mais qu’une seul des deux équipes a un gardien de but. On aurait droit à un match à sens unique, non? Sur l’application de rencontres Tinder, même scénario. Cette fois, on remplace les deux équipes par des centaines d’hommes et de femmes. N’en déplaise aux messieurs, une expérience menée par La Pige montre que dans le cas présent, ce sont les filles qui scorent le plus souvent, malgré un effectif réduit.

Félix Laroche et Jérémie Camirand - Ce contenu est produit par les étudiants d’ATM-Journalisme du Cégep de Jonquière.

2 094. C’est le nombre de matchs qu’un compte féminin, créé par nos journalistes, a amassé en seulement 72 petites heures. 91. Cette fois, c’est le nombre qu’a récolté le compte masculin, sur la même période.

Une différence ahurissante de 2 003, à l’avantage de la gent féminine.

Pour en venir à ces fameux résultats, nos deux journalistes Jérémie Camirand et Félix Laroche ont mis sur pied deux comptes distincts sur la populaire application de rencontres Tinder. Le premier, à saveur féminine, personnalisait une proche des deux reporters tandis que le second prenait l’identité de Félix Laroche.

Avec gros bon sens et minutie, les deux profils possédaient, aux yeux des enquêteurs, une valeur semblable d’un point de vue physique. De plus, il est important de préciser que les paramètres établis dans l’application étaient exactement les mêmes. Le périmètre de la zone de recherche s’étendait sur 160 kilomètres alors que les limites d’âge se jaugeaient entre 18 et 100 ans, soit les indications permises par Tinder.

Donc, avec un point de départ semblable, les deux comptes allaient donc aimer et montrer leur intérêt à tous les profils offerts à eux pour les 72 prochaines heures, soit du samedi 13 mars à 22h au mardi 16 mars 22h.

Fait important à noter, les deux journalistes se sont procuré la version Platinum, version qui élimine toutes les contraintes, permettant ainsi un maximum de résultats, pour bien illustrer la situation.

Des conceptions sociales au cœur des rencontres

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Des conceptions sociales au cœur des rencontres

Comme l’a démontré l’expérience menée par une équipe de La Pige, les femmes tendent à être largement plus populaires que les hommes sur des applications de rencontres comme Tinder. Parmi les raisons qui expliquent cet énorme taux de succès, on remarque le ratio hommes-femmes disproportionné sur la plateforme ainsi que les critères et les raisons qui diffèrent d’un genre à l’autre.

Jérémie Camirand et Félix Laroche - Ce contenu est produit par les étudiants d’ATM –Journalisme du Cégep de Jonquière.

Pour la professeure en sexologie à l’Université du Québec à Montréal Maude Lecompte, les résultats obtenus lors de notre enquête ne surprennent pas, mais mettent en lumière une situation complexe, aux racines sociales beaucoup plus profondes qu’on pourrait le croire. Malgré tout, un principe basique doit être pris en compte lors de l’analyse de telles données, soit la force du nombre.

« Malgré qu’on annonce une pseudoparité sur Tinder, raconte l’enseignante en sexologie, les données démontrent quand même qu’il y a une surreprésentation des hommes par rapport aux femmes. Donc, déjà, en partant, ça donne un certain avantage stratégique aux femmes sur l’application, dans la mesure où elles sont un peu moins nombreuses. »

En plus de cette présence moindre, il ne faut pas oublier la situation précaire dans laquelle la femme se trouve toujours en 2021, ajoute Mme Lecompte. Confrontées à une vague gigantesque de prétendants, les dames profitent de Tinder et de son concept. Ce dernier soutient qu’un match ne se réalise seulement qu’en cas de double like, soit uniquement si les deux personnes aiment le profil de l’autre. Ce principe permet donc aux femmes de filtrer davantage, ce qu’elles n’ont malencontreusement pas toujours la chance de faire, au quotidien.  

« Il y a un élément de protection aussi. Les femmes ont tendance, dans la vie de tous les jours, à être plus abordées et pas toujours de façon subtile et appropriée socialement. Donc, là, par la nécessité d’un double like, elles ont la possibilité de filtrer davantage », soutient Maude Lecompte, elle qui a d’ailleurs écrit sa thèse de doctorat sur le phénomène des sites de rencontres.

Néanmoins, on ne sait toujours pas pourquoi les dames s’inscrivent en moins grand nombre que les messieurs. Maude Lecompte explique que les perceptions de notre société et son subconscient ont, une fois de plus, un important rôle à jouer.

« Il y a des attentes sociales qui pourraient expliquer pourquoi les femmes s’inscrivent moins, dont le double standard sexuel qu’on observe souvent du fait qu’on va valoriser davantage le multipartenariat et les rencontres d’un soir chez les hommes alors qu’on va juger plus négativement une femme qui va avoir les mêmes comportements », raconte-t-elle.

De leur côté, les hommes auront tendance à « jeter beaucoup plus de bouteilles à la mer », rappelle l’intervenante, afin de se donner un maximum de chances d’obtenir des rencontres fructueuses. Ça, c’est sans oublier les conceptions sociales qui poussent inconsciemment les hommes, selon l’experte, à agir à titre de chasseurs, pour ne pas reprendre d’autres métaphores préhistoriques quelque peu douteuses.

Même son de cloche sur le terrain

Maxim est sur Tinder depuis plus de trois ans et il n’est pas surpris des résultats de l’enquête et explique grossièrement une autre hypothèse soumise par Maude Lecompte, celle des critères.

« Les gars qui recherchent du cul, il y en a pas mal, mais des filles qui cherchent juste du cul, il y en a moins et c’est un peu là, peut-être, la raison », dit-il.

« Les filles sont vraiment plus sélectives. Tandis que nous autres les gars, on voit une belle fille et on va vouloir matcher tout de suite », raconte pour sa part Christophe, qui a installé l’application pour une première fois en 2016.

Pour Anne-Sophie, utilisatrice de Tinder depuis trois ans et demi, le constat est le même, les critères varient en fonction du genre. Selon elle, les gars ne prendraient pas au sérieux l’utilité d’une application de rencontres, au contraire des filles.

« Les filles vont, je pense, prendre ça plus au sérieux. Elles vont plus regarder le profil, les photos, la description avant de balayer un profil à droite ou à gauche », admet-elle.

Justement, Tinder perd au fil des ans sa fonction première, celle de favoriser les rencontres, et se transforme petit à petit en jeu, en une sorte de divertissement, précise la professeure à l’UQÀM Maude Lecompte.

« Les trois quarts des personnes qui utilisent Tinder le font dans un objectif ultime, à très long terme, de rencontrer quelqu’un pour quelque chose de sérieux, mais à court terme, le font juste pour le loisir. Il y a une grande proportion d’utilisateurs et d’utilisatrices qui ne font que balayer des profils comme s’ils jouaient à Candy Crush », conclut-elle en riant.