«J’ai un collègue qui m’a dit à la fin de sa carrière qu’il faisait plus d’argent en allant porter des pianos au dépotoir qu’en les accordant», affirme l’accordeur de pianos Michel Pedneau, qui œuvre dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le piano traditionnel en difficulté

Le piano en bois traditionnel connait une diminution de son utilisation et de ses ventes au profit de son égal numérique, plus polyvalent et moins coûteux. Selon l’accordeur de pianos Michel Pedneau, la diminution du nombre d’enfants par famille a eu raison de l’instrument.

Antoine Pelland-Ratté - Ce contenu est produit par les étudiants en ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière

 «À une autre époque, l’étude de la musique dans la famille était quelque chose de très rigoureux. Il fallait que tu fasses comme tes pairs, explique-t-il. Au début de ma carrière, lorsqu’un piano à vendre était affiché dans les journaux, on recevait au moins 75 coups de téléphone. Tout le monde voulait en acheter un», se remémore-t-il.

Aujourd’hui, le professionnel constate une vague d’abandons de l’instrument à cordes, car les coûts d’entretien de base et d’accordage ont largement dépassé ce que les petites familles sont prêtes à débourser. On retrouve alors des pianos d’excellente qualité offerts gratuitement par leurs propriétaires sur Kijiji.

Dans la salle François-Brassard du Cégep de Jonquière, Michel Pedneau vient tout juste de terminer d’accorder le piano à queue qui projettera sa mélodieuse tonalité dans quelques heures, lors de la 41e édition de Cégep en spectacle.

La nouvelle génération

Les pianos numériques ont donc pris le relais. Pour le gérant de la section musicale du Archambault de Chicoutimi, Bastien Deschenes, leur plus grand argument de vente est leur aspect pratique. «Ils n’ont pas besoin d’être accordés, ils ne sont pas chers, prennent moins de place et sont bien plus faciles à déplacer que les pianos standards», souligne-t-il.

Selon le vendeur, le marché du piano numérique, lui, est en pleine expansion. Il a remarqué une importante diminution des prix et une amélioration de la qualité et du réalisme des produits. «Les premiers coûtaient au-delà de 5000 $, alors qu’aujourd’hui, c’est plutôt en bas de 1000 $», précise-t-il.  

Le directeur de l’École de musique de Chicoutimi, Pierre Tremblay, enseigne le piano classique depuis maintenant 11 ans.

Même si le marché du piano est en pleine mutation, sa principale clientèle demeure la même. «Ce sont souvent de jeunes parents qui veulent initier leurs enfants. Le piano numérique, pour des raisons d’accessibilité, est devenu la référence pour eux», ajoute-t-il. 

Pour le directeur de l’École de musique de Chicoutimi, Pierre Tremblay, la disparition progressive du piano artisanal des maisons familiales n’indique pas qu’il est moins populaire qu’auparavant, puisqu’il demeure l’instrument le plus utilisé dans son école. Il serait plutôt en train de s’adapter aux besoins des jeunes. «Les pianos numériques sont utiles pour pratiquer chez soi sans faire trop de bruit. Bien sûr, nous recommandons à nos élèves de pratiquer avec des pianos droits, mais il y a une question d’abordabilité aussi», explique le directeur, qui a lui-même utilisé l’instrument sous forme numérique pendant ses études au Conservatoire de musique de Saguenay.