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Le lavage des mains, une pratique courante?
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Le lavage des mains, une pratique courante?
Depuis le début de la pandémie, les autorités de la santé publique martèlent sans relâche le message sur l’importance de se laver les mains afin de se protéger et de protéger les autres contre la maladie. Mais dans la vie courante, les consignes sont-elles suivies? C’est ce qu’une équipe de La Pige est allée vérifier sur le terrain. Un dossier de Jérémie Camirand, Teresa Fortier, Félix Laroche, Anthony Ouellet, Amélie Simard-Blouin et Rosie St-André.
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Lavage des mains: 40 % des clients ignorent les consignes

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Lavage des mains: 40 % des clients ignorent les consignes

Près de 40 % des clients qui entrent au centre commercial Place du Royaume évitent de se laver les mains aux stations de désinfection pourtant placées bien en vue.  C’est ce qu’une équipe de journalistes de La Pige a pu remarquer lors d’une séance d’observation tenue le samedi 31 octobre dernier.

Teresa Fortier - Ce contenu est produit par les étudiants d’ATM - Journalisme du Cégep de Jonquière

Deux jours avant que la région bascule en zone rouge, trois journalistes de La Pige se sont chacun postés à des portes différentes: celles près du Renaud-Bray, du Sports experts et celles du Cinéma Odyssée. L’expérience s’est déroulée durant les heures d’affluence, de 11h à 13h, durant la journée la plus achalandée de la semaine, soit le samedi. L’équipe a calculé le nombre de personnes qui respectent les consignes sanitaires versus celles qui ne le font pas.

Durant ces deux heures, 418 clients ont emprunté l’une des trois portes observées. De ce nombre, 162 ont omis de se laver les mains, ce qui équivaut à un pourcentage de 38,7%. Les journalistes ont d’ailleurs remarqué que plusieurs clients retournaient au distributeur de désinfectant après s’être sentis observés. Ces clients ont été comptés dans le nombre de ceux qui ne se lavent pas les mains. Ce qui porte à croire que la pression sociale pourrait jouer un grand rôle dans le respect des consignes mises en place.

Des commerçants et des clients ont été questionnés afin de connaitre leurs positions par rapport aux mesures qui s’appliquent. L’opinion de ceux-ci est généralement mitigée. Certains croient que les règles sont suffisamment respectées, d’autres croient que c’est hors de contrôle.

La directrice générale de la Place du Royaume, Coreen Ann Crook, n’a pas voulu développer sur le sujet de la COVID- 19. «Nous avons mis en place toutes les mesures nécessaires et émises par le gouvernement, dans le centre commercial», a fait valoir Mme Crook.

Le plan de Place du royaume et les portes où les journalistes étaient postés.
Des comportements inquiétants selon un expert

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Des comportements inquiétants selon un expert

Le professeur en génétique à l’UQAC Simon Girard se dit déçu du fait que près de 40 % des gens ne se lavent pas les mains aux entrées de Place du Royaume. Selon lui, l’établissement et la population pourraient, et devraient, en faire plus.

Anthony Ouellet - Ce contenu est produit par les étudiants d’ATM –Journalisme du Cégep de Jonquière

«Ce 40 %, il me semble élevé, un peu décevant d’ailleurs», a-t-il affirmé d’entrée de jeu. Selon lui, il serait grandement préférable que ces gens réticents à se laver les mains le fassent, car ce facteur peut être une cause directe de la montée en flèche des cas dans la région dernièrement. «Il faut comprendre que, même si tout le monde se lavait toujours les mains, il y aurait quand même des cas. Malgré tout, il serait avantageux que tout le monde respecte cette consigne pour au moins limiter le nombre de contagions par les surfaces», explique le professeur. Il précise que le lavage de mains, tout comme le port du masque et la distanciation, sont de petits changements qui peuvent avoir de gros impacts.

M. Girard ne croit toutefois pas que toutes les personnes qui omettaient de se désinfecter les mains le faisait de façon intentionnelle. «On est tellement souvent en train de le faire que c’est un automatisme et parfois on l’oublie», soutient-il. Par contre, les nombreuses pancartes et le fait que les distributeurs soient la première chose devant la porte viennent remettre en question l’excuse de l’oubli.

Relâchement?

Le nombre important de personnes refusant, ou oubliant, de se laver les mains est un signe de relâchement de la population régionale face à la COVID-19 selon Simon Girard. Il est d’avis que le niveau d’infection, qu’il qualifie d’inquiétant au Saguenay—Lac-Saint-Jean, est une conséquence de collectif.

Le paradoxe qui survient par contre est que, en n’écoutant plus les consignes en place, les dissidents font plonger le Québec dans un confinement de plus en plus intense. Il s’agit d’une situation que tout le monde souhaite éviter selon Simon Girard. «Il faut que tout le monde y mette du sien, sinon on se dirige directement vers un confinement sévère comme on voit en Europe, ce qui est quelque chose que personne au Québec ne veut vivre», explique-t-il.

Un peu plus 

Ce qui pourrait aider selon M. Girard, c’est que les lieux publics comme Place du Royaume demandent à un employé de se poster aux portes pour obliger les gens à se désinfecter les mains. « Il faut que les magasins et les centres commerciaux nous aident à les garder ouverts aussi », argumente le professeur. Il rappelle que tous doivent travailler ensemble pour garder l’économie ouverte et que tout le monde doit s’aider dans ce processus.

De son côté, le CIUSSS du Saguenay—Lac-Saint-Jean a refusé de commenter nos résultats.  

Les commerçants satisfaits, mais pas à 100%

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Les commerçants satisfaits, mais pas à 100%

Les mesures sanitaires mises en place pour contrer la COVID-19 sont parfois difficiles à faire respecter dans les commerces de Place du Royaume.

Amélie Simard-Blouin - Ce contenu est produit par les étudiants d’ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière

En visitant les divers magasins du centre commercial de Chicoutimi, on remarque bien vite que les mesures sont différentes pour chacun. Allant d’un nombre maximal de 3 à 215 clients par magasin, les commerçants ont tous développé leurs propres techniques pour faire respecter les règles.

Pour ce qui est du Winners, le directeur adjoint, Alex Martin, doit jongler avec quelques défis tous les jours. Le magasin n’accepte que 215 personnes à la fois, en comptant les employés. Malgré le nombre élevé de personnes admises à l’intérieur, la file d’attente peut s’allonger sur près de 500 m selon le directeur. Il explique recevoir surtout des plaintes pour le temps d’attente. Autre mesure : un employé est toujours présent à l’entrée pour s’assurer du port du masque et du lavage des mains, en plus de sensibiliser les clients aux deux mètres. «C’est vraiment pour offrir un service à la clientèle et rassurer les gens», affirme M. Martin.

Dans le cas des magasins à moins grande surface, les problèmes sont sensiblement les mêmes. «C’est tout noir ou tout blanc», déclare une employée du Pandora, Maryse Bouchard. Le magasin, qui n’accepte que quatre clients à la fois, doit souvent rappeler aux gens d’attendre à l’extérieur lorsqu’il est à capacité maximale. Le lavage des mains est aussi un oubli fréquent des acheteurs. «On va leur demander poliment [de se laver les mains], et c’est sûr qu’ils vont le faire», affirme une autre employée, Valérie Vaillancourt.

Les clients qui omettent la désinfection des mains à l’entrée semblent souvent le faire par mégarde, selon la plupart des commerçants. Ensuite, la manière de gérer les récalcitrants est différente pour chacun. Si au Winners il n’est pas question «de jouer à la police» pour le directeur adjoint, la situation est différente au Urban Planet. «Quand on les voit, on va les avertir de se laver les mains. S’ils ne veulent pas, ou portent mal leur masque, on va les mettre dehors», explique l’assistante gérante, Léane Bergeron.

Chez Dans un Jardin, un ruban a même été installé à l’entrée pour mieux contrôler le nombre de personnes en magasin. «Les gens ne veulent plus se désinfecter les mains. […] Ils ne regardent pas les flèches», témoigne la gérante Edna Cyr. À l’inverse, les clients de Fruits et Passion semblent mieux coopérer. «Les gens sont rendus habitués. Si on les avertit, la plupart sont courtois», exprime la gérante Katia St-Pierre.

Avec le passage au rouge pour la région du Saguenay, certains commerçants affirment qu’il y aura un peu plus de surveillance, alors que d’autres ne connaitront pas de changements, leurs mesures étant jugées assez efficaces.

Des mesures raisonnables, mais non respectées

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Des mesures raisonnables, mais non respectées

Selon une majorité de citoyens interrogés, les mesures sanitaires à Place du Royaume ne sont pas exagérées. Par contre, ceux qui ne partagent pas cet avis ne veulent pas expliquer leur refus de se laver les mains.

Félix Laroche et Anthony Ouellet - Ce contenu est produit par les étudiants d’ATM - Journalisme du Cégep de Jonquière

C’est après avoir observé et comptabilisé les gens qui n’utilisaient pas les stations de désinfections aux entrées, que deux journalistes de La Pige sont allés chercher les réactions d’une douzaine de personnes.

Le constat est sans équivoque. Ceux qui refusent de se nettoyer les mains sont aussi ceux qui ne veulent pas répondre aux questions. Le premier cas marquant est celui d’un homme qui a pris plusieurs minutes à mettre son foulard qui faisait office de masque. Lorsqu’il a été abordé, il a refusé de répondre par manque de temps. «Non je n’ai pas le temps», s’est écrié l’homme. Après avoir précisé que l’entrevue ne durerait qu’une à deux minutes, l’homme s’est montré encore plus agressif. «NON, NON, NON! Je n’ai pas le temps!», a-t-il crié au beau milieu du centre commercial.

Une autre dame qui ne s’était pas lavée les mains après avoir clairement vu le distributeur a été abordée et semblait disposée à répondre. Toutefois, lorsque la première question sur les mesures sanitaires a été posée, la femme a tout simplement décidé de quitter sans faire de commentaires.  

Manque de visibilité et oubli

Les autres raisons qui reviennent sont l’oubli ou tout simplement le fait que la personne en question n’avait pas aperçu le désinfectant. «Des fois, j’y pense, mais pas tout le temps. Par contre, chaque fois que j’entre dans une boutique, je me désinfecte les mains», explique Gilles, qui ne s’était pas nettoyé les mains à l’entrée. Un jeune adolescent, Mathieu Gauthier, avoue oublier quelques fois et aimerait qu’il y ait plus de rappels concernant les mesures sanitaires.

Pour sa part, Hélène Ross est entrée à Place du Royaume par la porte près du Winners. Elle est passée devant le distributeur et l’affiche qui demande aux gens de se désinfecter les mains. «Je ne l’ai pas vu», mentionne-t-elle, tout simplement lorsque questionnée sur la raison de son omission.

Des mesures sanitaires exagérées?

La majorité des personnes rencontrées est en accord pour dire que les mesures sanitaires sont adéquates et nécessaires. Cette pensée n’est toutefois pas partagée par tous.

Deux hommes, par exemple, étaient plus dérangés par ces mesures. Les deux individus sont entrés par la porte près du Winners et ils ne se sont pas désinfecté les mains, en plus d’arriver de l’extérieur, donc du stationnement. L’un des deux messieurs s’est reculé en disant qu’il gardait même deux mètres de distance de façon très arrogante. Les deux hommes ont confirmé qu’ils se lavaient les mains à chaque entrée. Par contre, lorsqu’ils ont été confrontés sur le fait qu’ils ne l’avaient pas fait, l’un des deux adultes a répondu de façon agressive. «J’arrive d’un autre magasin. Criss là, ça fait 10 fois que je me les lave depuis à matin», a-t-il hurlé avant de partir vers un magasin.

De façon plus respectueuse, Isabelle Tremblay explique que c’est beaucoup, mais important. «C’est vrai que parfois ça devient tannant parce que tu viens juste de sortir, pis si tu vas au magasin à côté tu dois te relaver les mains. Mais en même temps, si tout le monde touche à quelque chose c’est important», a exprimé la femme.

Changement d’habitude en zone rouge

Pour les personnes rencontrées, la zone rouge changera un peu leurs habitudes.  La plupart ont mentionné qu’ils allaient être plus prudents et moins sortir. «On va essayer de voir moins de personnes, a déclaré Théo Gauthier, un adolescent. On va faire plus attention pour ne pas propager le virus.» Plusieurs autres répondants ont d’ailleurs précisé vouloir favoriser l’achat en ligne en zone rouge pour éviter de sortir.

Hypocrisie collective

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Hypocrisie collective

(COMMENTAIRE) Quatre personnes sur dix ne se désinfectent pas les mains dans les centres commerciaux de la région. Pas besoin de chercher bien loin pour comprendre pourquoi le Saguenay-Lac-Saint-Jean traine de la patte à l’échelle provinciale. Une écoeurantite aiguë saupoudrée d’un zeste d’hypocrisie et voilà le résultat: une zone rouge.

Jérémie Camirand - Ce contenu est produit par les étudiants d’ATM –Journalisme du Cégep de Jonquière

À la suite d’une enquête réalisée avec rigueur par l’équipe de La Pige,  ce sont exactement 38,7% des citoyens qui évitent la borne de désinfectant à l’entrée des centres commerciaux de la région. En seulement deux heures, 162 personnes ont omis de se laver les mains. Hallucinant, accablant.

Le 13 mars dernier, le Québec se confinait. Huit mois plus tard, la situation a certes évolué, mais n’a pas changé. Depuis le 13 mars, le gouvernement a instauré une foule de mesures afin de limiter les dégâts. Huit mois plus tard, on ne semble pas avoir compris.

Le port du masque, la distanciation, la désinfection, c’est déshumanisant. Pendant une aussi longue période, c’est d’autant plus difficile, mais ce n’est pas en faisant fi des mesures gouvernementales, en faisant la sourde oreille à la science et en privilégiant la fierté individuelle à la lucidité collective que la COVID-19 disparaîtra.

Cette défiance bornée envers le consensus scientifique et le protocole sanitaire est absurde et lâche, rien de moins. Non seulement certains s’efforcent de ne pas suivre, certains se donnent la peine, la lourde peine, de ne pas assumer leur geste.

Ce que nos journalistes ont relevé sur le terrain, ce sont des personnes qui se défilent effrontément devant l’évidence même de leur erreur. Des gens qui refusent que l’on se donne une chance, en tant que société, de se sortir de cette crise qui a fait, rappelons-le, plus de 6 000 décès à l’heure actuelle au Québec.

Cette hypocrisie indécente offre un pénible constat: si la barque ne change pas rapidement de direction, il y en aura d’autres, des morts.

Et la cerise sur le sundae, le CIUSSS et Place du Royaume refusent de commenter la situation. Pour quelle raison? Lourdeur administrative ou mauvaise foi? Qu’importe, c’est inquiétant. Finalement, ce n’est peut-être pas que la population qui se voile la face…

Ah oui! En passant, QAnon, Donald Trump et les Illuminatis, ce n’est plus d’actualité. La science et la vie, ce l’est.