L’adoption internationale a chuté de plus de 75% en près de 30 ans, au Québec, passant de presque 1000 adoptions dans les années 1990 à 142 en 2018.
L’adoption internationale a chuté de plus de 75% en près de 30 ans, au Québec, passant de presque 1000 adoptions dans les années 1990 à 142 en 2018.

L’adoption internationale en chute libre

L’adoption internationale est en chute libre au Saguenay—Lac-Saint-Jean depuis une dizaine d’années. Alors que 55 enfants de l’extérieur du pays ont été adoptés par des parents de la région en 2004, il n’y en a eu que cinq en 2019.

Jade Brouillette - Ce contenu est produit par les étudiants en ATM — Journalisme du Cégep de Jonquière

Selon le responsable des relations avec les médias du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Robert Maranda, deux facteurs principaux peuvent expliquer cette baisse. «La situation socioéconomique de plusieurs pays d’origine s’améliore. Ils sont désormais davantage en mesure d’assurer la protection de leurs enfants ou de favoriser leur adoption localement. Il y a aussi le fait que les États adhèrent aux valeurs de la Convention de La Haye et coopèrent pour la mise en place de systèmes de protection de l’enfance cohérents au sein des pays d’origine.»

Cinquante-huit pays adhèrent à cette convention, qui «met en évidence l’ensemble des principes clés qui doivent guider toute démarche d’adoption internationale depuis le Québec», selon le plan d’action 2019-2024 du Secrétariat à l’adoption internationale. Ainsi, l’adoption internationale est une mesure de protection de l’enfant, mais aussi une mesure uniquement envisagée si l’enfant ne peut être adopté dans sa famille, dans son milieu élargi ou dans son pays.

Cette diminution est également perceptible à l’échelle du Québec. Par exemple, près de 1000 enfants provenant de l’extérieur du Canada étaient adoptés annuellement dans les années 1990 au Québec, alors qu’il n’y a eu que 142 adoptions internationales en 2018 dans la province.

Se tourner vers les enfants d’ici 

Cette baisse du nombre d’adoptions peut également s’expliquer par le fait que certaines familles optent plutôt vers l’adoption d’un enfant québécois qui bénéficie des soins de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). C’est le cas de Stéphanie Dallaire et de son conjoint, originaires de Saint-Félicien, qui eux, se sont plutôt tournés vers l’adoption d’un enfant de la DPJ. «Il y a déjà plusieurs enfants d’ici en difficulté, alors pourquoi adopter ailleurs?»

L’adoption d’un jeune Québécois peut toutefois être incertaine, puisqu’un délai s’écoule entre le moment où la famille est considérée comme une famille d’accueil et celui où elle peut officiellement procéder à l’adoption. Ainsi, la famille biologique de l’enfant dispose d’un an pour manifester le désir de le voir ou de le «récupérer» pendant qu’il est en famille d’accueil en attente de l’adoption.

Le processus peut cependant s’avérer long et complexe. La démarche de Stéphanie et son conjoint a pris environ deux ans et ils n’ont jamais pensé laisser tomber. «Ceux qui s’en vont dans ce processus en pensant que ce sera facile ou qui désirent avoir un enfant qui leur ressemble ne sont pas à la bonne place. Nous devons être conscients que l’adoption est incertaine. L’enfant peut être placé chez nous jusqu’à sa majorité, en tutelle ou retourner dans sa famille», souligne Stéphanie.