Plusieurs personnes doivent attendre de longs mois avant de pouvoir signer un bail.
Plusieurs personnes doivent attendre de longs mois avant de pouvoir signer un bail.

Jouer du coude pour un appartement à Saguenay

Janvier, février, mars. Toujours pas d’appartement pour Amélie Thibault qui cherche un simple 4 ½ avec son conjoint et son chat à Saguenay. La crise du logement qui frappe de plein fouet la province depuis quelques années est belle et bien présente dans la région. Les prix exorbitants, l’interdiction d’animaux et les petites annonces qui s’envolent à vue d’œil compliquent la vie de tous ceux qui ont le 1er juillet en tête.

Béatrice Rooney - Ce contenu est produit par les étudiants d’ATM-Journalisme du Cégep de Jonquière.

Amélie a signalé à son propriétaire en janvier qu’elle ne renouvellera pas son bail puisqu’elle manque d’espace dans son habitation de deux pièces. Depuis, elle scrute Facebook, Kijiji et tous les autres sites web afin de trouver une location à moins de 700 $, un budget qu’elle a dû ajuster. « Je vois des appartements dans les 800 $ sans aucun service qui valent en réalité beaucoup moins. Les propriétaires augmentent le prix parce qu’ils ont repeint les armoires. Ça n’a pas d’allure. » 

Une autre jeune femme, Jade Laplante, fouille depuis un mois et demi et déplore le même problème : « Il y a des bâtiments qui datent et qui ont besoin de rénovations, ça ne vaut pas le prix honnêtement ».

Une autre problématique qui est soulevée par tous ceux qui cherchent un logement est la rapidité à laquelle ceux-ci se louent. Des gens écrivent aux propriétaires dans l’heure suivant la publication de l’annonce, pour apprendre que l’appartement en question n’est déjà plus disponible.

« C’est vraiment fou, j’avais une visite prévue le jeudi, et le mercredi soir on m’a texté pour me dire que c’était loué », témoigne Frédérik Beaudry, qui a dû user de ses contacts pour obtenir un bail.

Incompréhension

Une propriétaire d’appartements à Jonquière, Marie-Josée Vaillancourt, explique qu’elle a vu un déplacement dans la demande plutôt qu’une hausse de cette dernière. « Normalement, les gens commencent à chercher à la fin février, en mars et en avril. Là, j’ai eu des appels en janvier », remarque celle qui est en immobilier depuis 20 ans. Elle ajoute aussi que plusieurs propriétaires ne savent pas quels logements ils auront de disponibles, puisque tous ceux qui ont un bail jusqu’au 30 juin ont jusqu'au plus tard le 31 mars pour signaler leur intérêt, ou non, à signer à nouveau ce contrat.

Mme Vaillancourt explique qu’elle a de la difficulté à comprendre cette urgence de la part des locataires. « Peut-être que c’est l’effet COVID ? Il n’y a pas moins de foyers cette année à Jonquière alors je ne vois pas pourquoi on panique aussi tôt, il reste du temps. »

Pour sa part, le directeur des affaires publiques à la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), Hans Brouillette, estime qu’il y a un peu plus de gens qui sont à la recherche d’un nouveau chez soi cette année. « Avec la pandémie, les gens choisissent, ou restent, davantage en région. En plus, les gens qui avaient décidé de ne pas déménager l’an passé en raison de la COVID-19 veulent un nouvel appartement cette année. »

À part attendre la construction de nouvelles habitations, il existe quelques solutions pour pallier la présente crise. M. Brouillette suggère d’abord aux propriétaires d’envoyer leurs demandes de renouvellement en janvier, pour recevoir les réponses de leurs locataires plus tôt et ainsi libérer des logements plus rapidement. Il décourage aussi une pratique courante chez plusieurs : rechercher des appartements avant même de donner un préavis à leur propriétaire. « C’est comme jouer à la chaise musicale, mais avec une main sur une chaise et une fesse sur une autre, image-t-il. Ça bloque le marché, car pendant que cette personne-là cherche, il n’y a pas de loyer qui se libère. »