En éducation, une nouvelle convention collective est négociée tous les cinq ans.
En éducation, une nouvelle convention collective est négociée tous les cinq ans.

Des enseignants à bout de souffle

À l’aube des négociations de la nouvelle convention collective dans le domaine de l’éducation, les enseignants sont motivés à améliorer leurs conditions de travail et les services aux élèves.

Ophélie Babin— Ce contenu est produit par les étudiants en ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière

«Ce n’est pas qu’on demande plus, c’est que nous sommes convaincus que le gouvernement a la marge suffisante pour répondre aux besoins des élèves, des enseignants et de tous les travailleurs du secteur public», explique la présidente du Syndicat de l’enseignement De La Jonquière, Nicole Émond. Elle souligne que lors de sa campagne électorale, la CAQ a fait plus d’une dizaine de promesses qui visaient le domaine de l’éducation et ses acteurs.

La réponse patronale considérée comme «de la provocation pure et du mépris pour les profs» par la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, Josée Scalabrini, dans un communiqué de presse, renforce le ton catégorique du slogan des négociations de 2020. Alors qu’en 2015, les enseignants dénonçaient qu’ils tenaient «L’école à bout de bras», le slogan de cette année est devenu une revendication indiscutable : «Faut que ça change maintenant».

Pénurie

Alors qu’une personne sur cinq quittait la profession d’enseignant après quelque temps il y a une dizaine d’années, Mme Emond estime que cette statistique est sûrement beaucoup plus élevée maintenant. Lorsque de nouveaux enseignants débutent dans le domaine, ils font des années de précarité. «Au secondaire, c’est 14-15 ans de précarité. Ça veut dire que tu n’as pas de tâche à temps plein. Tu dois faire contrat après contrat, et ça, c’est sans compter les quatre ou cinq ans de suppléance avant d’obtenir un contrat, donc ça fait 20 ans de précarité. Vingt ans à ne pas être sûr d’avoir de job.»

Selon un communiqué de presse diffusé sur le site de la Fédération des syndicats de l’enseignement, cette précarité, c’est environ 42 % du personnel enseignant au Québec qui la vit. Certes, le salaire de base est à 46 000 $ par année. Toutefois, «46 000 $ c’est avec un contrat à 100 %. Mais ils ne sont pas à 100 %», clame la présidente. Le contrat d’un enseignant en situation de précarité peut avoir un pourcentage à 50 %, ce qui réduit le salaire de moitié. «On dit qu’il y a une pénurie, mais il faut être attractifs», s’exclame-t-elle. «Tu ne fais pas une vie en précarité, ce sont des années de suppléance et de contrats, des années à ne pas être capable de penser à fonder une famille, t’acheter une maison, te faire une vie», conclut-elle.

La présidente du Syndicat de l’enseignement De La Jonquière, Nicole Émond.

La relève enseignante préoccupée

Les offres patronales pour le renouvellement de la convention collective dans le secteur public et parapublic préoccupent des étudiants en enseignement à l’UQAC. Leurs craintes principales sont la surcharge de travail et le salaire. 

Marie-Michèle Bourassa — Ce contenu est produit par les étudiants en ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière.

L’étudiante en 4e année au baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire à l’UQAC Jessica Leboeuf est touchée par les moyens de pression utilisés par les professeurs québécois, regroupés sous le slogan «faut que ça change maintenant». «Je suis en stage final, donc tous les jeudis, on porte le chandail du mouvement. On voit que c’est difficile pour les professeurs, surtout au niveau de la charge de travail, indique-t-elle. C’est un peu préoccupant.»

La pénurie de main-d’œuvre est aussi un problème que le milieu de l’éducation devra contrer dans les prochaines années. «À Montréal, il manque beaucoup d’enseignants. Ici, c’est moins pire, mais, cette année, on est environ 35 étudiants finissants pour couvrir quatre commissions scolaires», ajoute Mme Leboeuf.

Amélya Labrie, étudiante en 3e année dans le même baccalauréat, n’est pas inquiète pour le moment. «C’est parce que je n’ai pas vraiment les deux pieds dans le métier pour l’instant, mais j’imagine que cela va plus m’inquiéter quand je vais avoir ma propre classe, explique-t-elle. Les professeurs à l’université ne nous en parlent pas non plus.»

Un salaire qui valorise le métier

Mme Labrie croit que le salaire est un problème des plus importants. «On se fait souvent dire que le salaire des enseignants est vraiment bas comparativement aux autres provinces, explique la jeune femme. On fait quatre ans d’université et on n’a pas vraiment le salaire qui vient avec.»

Selon Jessica Leboeuf, c’est surtout la valorisation du métier qui est importante. «Moi, je ne veux pas être enseignante en raison du salaire, mais c’est vrai qu’un salaire moins élevé, ça dévalorise la profession et c’est important de la valoriser», estime-t-elle.

Une grève utile

Pour les deux étudiantes, une grève serait utile pour faire avancer les choses. «C’est un moyen de pression de dernier recours, mais ça permettrait de faire connaitre la cause», croit Mme Leboeuf. «Je pense que la grève serait importante, surtout pour montrer au gouvernement que ça urge et que c’est important qu’il nous écoute», ajoute Mme Labrie.

L’étudiante au baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire Jessica Leboeuf effectue présentement ses stages finaux avant la fin de ses études.

Faut que ça change maintenant!

(Chronique) Assez, c’est assez! Les profs doivent enfin être reconnus pour le travail acharné qu’ils réalisent année après année. 

Lilia Gaulin — Ce contenu est produit par les étudiants en ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière

Leur convention collective vient à échéance le 31 mars prochain et les offres déposées par le gouvernement Legault sont une gifle au visage de ces travailleurs dévoués.

Alors que les coffres de l’État sont bien remplis, la CAQ veut augmenter le nombre d’élèves par groupe, abolir les codes de difficultés, augmenter la tâche assignée et les journées de travail. 

Les enseignants sont des travailleurs acharnés prêts à aller au front pour leurs élèves, que ce soit pour obtenir des services additionnels ou bien permettre aux élèves en difficulté de profiter des services professionnels comme l’orthophonie et la psychologie.

Je peux le constater personnellement. Ma mère est une de ces super-héros. Des heures à corriger, à planifier sa semaine, à gérer des dossiers syndicaux, elle en a passées. C’est impossible de compter le nombre de soirs où je l’ai vue la tête plongée dans ses livres à la table de la cuisine.

 Les 32 heures de travail par semaine sont rarement respectées : je vous le confirme, ils en font beaucoup plus. Ils sont de véritables passionnés. En une semaine, les profs enseignent 20 heures 30 minutes, effectuent deux heures et demie de tâches complémentaires, sont disponibles quatre heures pour les surveillances, la préparation de cours, les réunions et j’en passe. À tout ça s’ajoute cinq heures de travail de nature personnelle. Toutefois, croyez-vous vraiment qu’ils sont en mesure d’élaborer des projets divertissants et motivants pour vos enfants avec l’ensemble des «toutes autres tâches connexes» qu’ils ont à réaliser? Non. Donc, ils font du bénévolat!

Il y a des enseignants et des enseignantes qui travaillent des années avec un statut de précarité. Ce sont des jeunes profs ou des moins jeunes qui ne sont pas en mesure d’obtenir une tâche complète. Donc, ils travaillent pendant des années avec des contrats à 70% et 80% par exemple. Ils ne sont donc pas en mesure de prévoir la tâche qu’ils auront l’année suivante. Difficile de se projeter dans l’avenir dans cette situation.

«Dans la région, au secondaire, c’est des 14-15 ans de précarité. Ça veut dire que tu n’as pas de tâche à temps plein, sans compter les 4-5 ans de suppléance qu’ils ont fait avant. C’est donc 20 ans de précarité. 20 ans à ne pas être sûr d’avoir une job», a souligné la présidente du Syndicat de l’enseignement De La Jonquière, Nicole Emond.

Seulement à titre salarial, selon un article publié dans le Journal de Montréal, un enseignant œuvrant dans le Québec gagne environ 80 000 $ par année en fin de carrière. Chez nos voisins ontariens, le salaire peut grimper jusqu’à près de 99 000 $.  «On est les plus bas salariés au Canada», a soutenu Mme Emond.

Il est temps que ça change. Après des années d’austérité, le système d’éducation québécois mérite mieux. Les demandes de profs doivent être entendues. Soutenez les enseignants, c’est la qualité de l’éducation de vos enfants qui est en jeu.