Dans la salle François-Brassard, au Cégep de Jonquière, Michel vient tout juste de terminer d’accorder le piano à queue qui projettera sa mélodieuse tonalité dans quelques heures, lors de la 41e édition de Cégep en spectacle. Cela ne lui a pris que 40 minutes. «Ce piano est en bon état, il suffisait de corriger les imperfections», assure-t-il, en rangeant ses outils comme il l’a fait plus d’un millier de fois depuis sa jeunesse.
Dans la salle François-Brassard, au Cégep de Jonquière, Michel vient tout juste de terminer d’accorder le piano à queue qui projettera sa mélodieuse tonalité dans quelques heures, lors de la 41e édition de Cégep en spectacle. Cela ne lui a pris que 40 minutes. «Ce piano est en bon état, il suffisait de corriger les imperfections», assure-t-il, en rangeant ses outils comme il l’a fait plus d’un millier de fois depuis sa jeunesse.

À la recherche de la note parfaite

«Mon frère et moi sommes “tombés” dans la profession alors que nous étions très jeunes, comme Obélix dans la potion magique», plaisante l’accordeur et restaurateur de pianos professionnel Michel Pedneau, qui pratique son métier avec passion depuis l’âge de 20 ans.

Antoine Pelland-Ratté — Ce contenu est produit par les étudiants en ATM – Journalisme du Cégep de Jonquière

Après 41 années dévouées à veiller à la saine musicalité dans les foyers du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de Charlevoix, Michel connait les pianos comme le fond de sa poche. Il s’agit d’abord et avant tout d’un métier de famille. Avec son frère Guy, ils ont appris le métier d’accordeur et de restaurateur avec leur père, Georges Wilfrid Pedneau, qui œuvrait depuis son atelier dans la maison familiale à Chicoutimi. «Nos parents étaient tous les deux professeurs de musique. Ma mère, c’était le piano, et mon père le violon. Il se promenait autour du lac Saint-Jean pour accorder des pianos, et le soir, il faisait des spectacles avec ma mère. La musique, c’est un peu notre histoire familiale», se remémore-t-il.  

C’est à force d’aider son père dans son atelier que le jeune homme a pris goût au métier artisanal. «Lorsque je suis arrivé au cégep, j’étais habitué de travailler avec lui, alors j’ai continué. J’ai appris le métier pendant environ cinq ans, avant de me  lancer.» Aujourd’hui, Michel accorde des pianos de toutes les qualités, de tous les styles, pour monsieur et madame Tout-le-Monde, et même pour des vedettes internationales. Il œuvre l’été au Domaine Forget, dans Charlevoix, où il se lance parfois avec son frère dans de colossaux travaux de restauration.

Un métier de labeur 

Pour maintenir leur agenda bien garni, les accordeurs comme Michel doivent continuellement entretenir leurs contacts et nourrir leur réputation. «Il faut toujours être sur la coche», prévient-il. Ces travailleurs autonomes doivent aussi jongler avec des horaires irréguliers. «Il y a parfois des périodes creuses où c’est assez tranquille. Surtout après le temps des Fêtes, lorsque les gens reçoivent leurs comptes et trébuchent dans leurs factures. Ça les embarrasserait de dépenser en plus pour un piano. C’est assez tranquille jusqu’en février, parfois même jusqu’en mars.»

L’agenda du patient accordeur se remplit et se vide au rythme des saisons. Après l’hiver rigoureux, le printemps, plus clément, laisse place à des festivals de musique qui ont grand besoin des services de professionnels du son. «Nous nous occupons du Conservatoire de musique toute l’année ensemble, mais l’été, c’est fermé, alors je transfère de région pour aller au Domaine Forget.»

Pour exceller dans leur domaine, ces artisans doivent posséder certaines qualités très précises, autant physiques que personnelles. «Mes oreilles sont mes outils de travail. Je gagne ma vie avec elles, alors je fais très attention. Pour les longues distances en voiture, je mets des bouchons. J’entends très bien pareil, c’est comme si je baissais le volume.»

Malgré les outils numériques à sa disposition, Michel accorde encore aujourd’hui à l’oreille. Son talent pour l’écoute peut parfois lui occasionner certains désagréments, autant dans ses temps libres que lorsqu’il travaille. «Tu vois la machine là-bas qui vient d’arrêter ? Ça, par exemple, ça m’énerve terriblement quand je travaille. Chez nous, on vient d’installer un beau frigo neuf. C’est un cauchemar total pour moi», dit-il, un peu découragé.

Toutefois, l’écoute ne servirait à rien sans la patience. «Tu travailles sans arrêt sur de minuscules détails, sur des choses que les autres n’entendent pas. Les gens vont trouver que le concert est bon, sans se demander si le piano est bien accordé. C’est un métier un peu ingrat, parce qu’il est rare qu’on pense à nous.»

Selon M. Pedneau, «il ne suffit pas de juste faire la job», puisqu’il faut aussi faire preuve de sensibilité avec les artistes. «Parfois, des vedettes internationales débarquent le jour même avec le décalage horaire, stressés et mêlés. Certains sont plus exigeants ou ne sont pas en confiance. Il y a un côté psychologique qu’il faut soigner.»

Toutefois, le métier d’accordeur de piano a aussi un côté « sympathique ». Il lui permet d’aller à la rencontre d’inconnus, et d’établir des liens solides avec sa clientèle. «Si t’aimes jaser avec les gens, ça devient fort agréable. Ça occasionne des rencontres très enrichissantes», souligne-t-il.

Son manteau sur le dos, Michel Pedneau est prêt à quitter le Cégep de Jonquière. D’autres pianos attendent ses mains d’artisan dans les jours qui vont suivre. La perte d’engouement de la population pour le piano ne semble pas trop décourager le travailleur d’expérience. Visiblement, la passion du métier le guide toujours, et ça, il ne le cache pas.