Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
Mikaël Lalancette fait partie du paysage de la LHJMQ depuis le milieu des années 2000. On le voit ici en compagnie d’Alexis Lafrenière.
Mikaël Lalancette fait partie du paysage de la LHJMQ depuis le milieu des années 2000. On le voit ici en compagnie d’Alexis Lafrenière.

Lalancette, joueur autonome

CHRONIQUE / Faire l’unanimité quand ton boulot est devant la caméra, c’est un concept plutôt inaccessible.

Surtout en 2020, alors que les médias sociaux offrent une tribune à tout le monde!

Mikaël Lalancette a réussi l’exploit, il y a trois semaines, quand il a annoncé son départ de TVA Sports.

Les hommages sont arrivés de partout. Une grosse, grosse vague d’amour. Du public comme du milieu. Même ses compétiteurs l’ont salué. Un concert d’éloges aussi vaste, normalement ça se produit quand il y a un décès. Lalancette, lui, est encore loin de la quarantaine!

Il a été touché, évidemment. «Je savais que j’avais un lien étroit avec le public. J’ai été élevé à rester humble quand ça va bien. Je me promenais toujours dans les arénas et je jasais avec les gens. Je réponds quand on m’écrit. Mais bon, de voir autant de gens prendre le temps de manifester leur support, c’était spécial. Il y a ceux qui l’ont fait publiquement, d’autres qui m’ont appelé ou qui m’ont écrit en privé. C’est venu de tous les horizons: des politiciens, des hommes d’affaires, d’anciens joueurs. Je mentirais si je disais ne pas avoir été touché», racontait Lalancette, en reconnaissant que les éloges de ses collègues des autres boîtes l’avaient surpris. «C’est sûr que de voir un gars comme Stéphane Leroux (RDS) prendre le temps de m’écrire, ça m’a fait plaisir. Quand je suis arrivé à TVA Sports, je m’installais dans son jardin. Je dois l’avoir dérangé une couple de fois! Mais on a toujours eu une belle relation, marquée par le respect. Je sentais la même chose du milieu en général. Et ça s’est traduit par tous ces messages… Ça m’a fait du bien.»

Non, Lalancette n’a pas fait la sourde oreille à ces marques d’affection, il s’est laissé volontiers submerger. Il en avait besoin.

Il vit un deuil.

Même si c’était sa décision de quitter TVA Sports parce qu’on voulait l’affecter à de nouvelles tâches – il a préféré une offre de départ volontaire – c’est difficile de laisser un emploi où on s’investit à 100 %.

La passion de Lalancette crevait les yeux. Il s’est fait remarquer au milieu des années 2000 en lançant son site internet juniorexpress.ca et déjà, il arrivait à sortir des primeurs sous le nez de professionnels. Il a ensuite travaillé pour Le Soleil, Vox, Radio-Canada, avant de faire partie du lancement de TVA Sports.

C’est dans cette boîte qu’il s’est établi comme un incontournable chez les journalistes sportifs de la province. Pendant neuf ans, il a pioché sans relâche pour aider TVA Sports à grandir.

La pandémie a frappé fort là-bas, Lalancette s’est retrouvé comme bien d’autres au repos forcé pendant sept mois. Ça ne l’a pas empêché, sur sa page Facebook personnelle, de couvrir bénévolement le repêchage de la LHJMQ en juin! Puis en début de saison, chaque semaine, il concoctait une émission maison sur Facebook. Des milliers de fans ont continué de le suivre pour entendre parler de hockey junior.

Il croyait son purgatoire enfin terminé quand il a été rappelé, une semaine avant le repêchage LNH, pour travailler sur l’événement. «J’ai dû, en une semaine, abattre le travail fait normalement en un mois pour livrer le même standard que d’habitude. Je l’ai fait! Je n’ai jamais reculé devant les longues heures de boulot, le hockey junior on tenait ça à bout de bras pas mal dans la station. Je le dis sans gêne, on a fait des miracles avec les ressources à notre disposition, je suis très fier de ce que nous avons accompli…»

Après le repêchage par contre, ses patrons l’ont rencontré pour lui dire que ses fonctions allaient changer, s’il décidait de rester à la suite d’une nouvelle vague de compressions. Il a préféré sauter dans le vide. «Ce fut une décision difficile. Mais il n’était pas question d’être malheureux. Je suis reconnaissant envers TVA Sports, j’ai toujours eu carte blanche. Mais j’ai senti qu’il était temps de tourner la page.»

Il aurait quand même aimé garder un pied dans la porte. Son départ arrivait au moment où le diffuseur s’apprêtait à recommencer à présenter des matchs de la LHJMQ, en direct de la bulle à Québec. Il a offert ses services comme contractuel. On ne l’a pas retenu. «Ça m’a déçu, c’est sûr. Le premier match qui a été diffusé, ce fut douloureux à regarder. Mais bon, plus les matchs avancent, plus ça devient naturel. Je sais bien que personne n’est irremplaçable. J’aime les gens qui sont restés en place, ce sont des amis. En même temps, quand j’étais là, on faisait les matchs à trois. Ils sont rendus six pour livrer le même produit!»

La suite?

Et la suite, Mikaël?

Il n’en a aucune idée pour l’instant.

Il a des projets personnels qu’il mijote depuis un certain temps.

Certains médias tournent autour depuis deux semaines.

Lalancette peut très bien changer de secteur en journalisme s’il le désire. Il a un petit penchant pour l’économie.

Mais bon, le hockey, particulièrement le junior, ne le laissera jamais indifférent. «Quand j’ai pris ma décision de quitter TVA Sports, je n’avais pas de plan en tête, mais je comprenais que j’allais peut-être changer de secteur. La dose d’amour reçue me fait penser que finalement, je n’en ai peut-être pas fini avec le hockey junior! On verra. Je ne suis pas pressé, je veux prendre la bonne décision. Et pour y arriver, je dois d’abord me laisser le temps de digérer ce qui vient de se passer. Je pense qu’au début de la prochaine année, je serai prêt à choisir mon nouveau défi.»

Petite prédiction: il ne quittera pas le paysage sportif québécois bien longtemps…

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Les choix de Mikaël Lalancette

  • Meilleure poutine d’aréna: Drummondville
  • Meilleure ville où séjourner: Halifax, suivie de Québec
  • Meilleurs fans: Shawinigan
  • Meilleur joueur: Jakob Pelletier
  • Meilleur entraîneur: Serge Beausoleil
  • Meilleur directeur général: Martin Mondou