Chroniques

L’arthrite: plus facile, mais encore du travail

CHRONIQUE / La Société de l’arthrite organise une journée de conférences, aujourd’hui (samedi 10 novembre), à l’auditorium Beauchamp de l’hôpital de Chicoutimi et dans sept autres villes du Québec. «C’est une maladie de tous les âges et qui peut survenir en tout temps. Nous avons fait beaucoup de progrès avec les années et il est plus facile de vivre avec l’arthrite aujourd’hui qu’il y a 30 ans, mais il y a encore du chemin à faire», a fait valoir la docteure Bianca Lovisi, MD rhumatologue au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

«La rencontre que nous organisons s’adresse à toute la population en général et des conférences très intéressantes seront prononcées par des spécialistes pour éclairer les participants. Des sujets tels que l’arthrose, les conseils d’un physiothérapeute, la polyarthrite rhumatoïde et l’alimentation et l’inflammation avec une nutritionniste seront abordés», détaille Annie Bruneau, infirmière responsable de la clinique et organisatrice de la journée-conférence.

Chronique

Être congédié par PowerPoint

CHRONIQUE / Il n’y a pas qu’à Québec où ça brasse en psychiatrie, où on a appris récemment que l’urgence de l’hôpital Saint-Sacrement allait être fermée avec un plan, promet-on, pour offrir plus de services dans la communauté.

Ça brasse à Montréal aussi.

La rumeur courait déjà depuis un bon bout de temps à Pinel — l’hôpital psychiatrique de Montréal —, on savait que la direction jonglait avec l’idée de couper des postes de sociothérapeutes, qui sont en fait des éducateurs spécialisés. Leur job est de donner des services aux patients.

Le verdict est tombé jeudi, 37 postes seront supprimés.

Environ le tiers.

Les employés ont été convoqués en fin de journée, la réunion a d’ailleurs été devancée, et ils ont eu droit à une présentation PowerPoint, un «suivi sur la transformation du plan clinique». On a préféré le terme «transformation» à «restructuration», comme pour faire mieux passer la pilule.

Mais les faits restent les mêmes et ils sont têtus. À terme, 37 sociothérapeutes seront remplacés par des agents d’intervention.

Merci, bonsoir.

Comme à Québec où l’unité de l’urgence psychiatrique devrait être démantelée avant Noël, une formalité maintenant que la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, aurait donné son feu vert. C’est une centaine de personnes qui devront se replacer dans le réseau, parfois en prenant la place d’une autre personne. 

L’effet domino.

L’effet humain, surtout. Dans un réseau déjà fragilisé, voilà qu’on vient en rajouter une couche en procédant à d’importantes réorganisations. Fermer une unité, couper des postes, ce sont autant de personnes qui se retrouvent malgré elles les pieds dans le vide, à se demander où elles aboutiront.

J’ai eu des échos de la rencontre de jeudi à Pinel, d’un sociothérapeute qui était présent. «Les gens étaient dévastés, perdus.»

Des gens qui, dans certains cas, ont 30 ans de métier.

Ils étaient donc tous là, réunis dans une salle, à voir défiler devant eux des pages PowerPoint, se faire expliquer pourquoi il fallait absolument transformer des postes de sociothérapeutes en agents d’intervention, dont le travail ressemblera davantage à un agent de sécurité.

«Et pendant qu’on se faisait annoncer ça, la direction faisait des démarches pour recruter des agents.» À un salaire moindre, de 20 $ à 25 $ l’heure pour un agent, communément appelé un AGI, de 22 $ à 29 $ pour un sociothérapeute. Au diplôme d’études collégiales exigé pour être éducateur spécialisé, un secondaire 5 suffit pour être un agent, avec une formation en sécurité et en intervention physique.

Ils ne font pas de rééducation.

La direction plaide que cette «consolidation» est nécessaire et que, évidemment, les «changements se veulent positifs».

Comme à Québec, on assure que les gens dont les postes seront supprimés pourront atterrir quelque part dans le réseau.

Mais où? «On est dans le néant.»

Même son de cloche à Saint-Sacrement, où les jours de l’urgence psychiatrique sont littéralement comptés. Et où plusieurs employés se demandent encore où ils se retrouveront. Certains postes ont été offerts et, jusqu’à maintenant, il semble que ce ne soit pas en santé mentale.

Ce ne sont pas les postes vacants qui manquent dans le réseau.

Plusieurs voix se sont élevées à Québec pour déplorer la fermeture de l’urgence psychiatrique à Saint-Sacrement et même un certain retour à «l’asile», avec la concentration des soins à Robert-Giffard. 

D’autres voix ont choisi de donner une chance au coureur, c’est le cas de l’organisme PECH, une référence en matière d’intervention en santé mentale.

On part d’un plan sur papier. 

Et c’est toujours beau, un plan sur papier. C’est écrit avec de beaux mots, juste assez neutres, avec des objectifs louables et ambitieux, saupoudré de statistiques et de références à un modèle scandinave quelconque. Mais ce n’est pas ça qui fait le succès d’un plan. Ce sont les gens qui devront l’appliquer. 

Ils ne doivent pas seulement y adhérer.

Ils doivent y croire.

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Shame! Shame! Shame!

CHRONIQUE / Peut-être cet appel au lynchage y est-il antérieur, mais c’est dans la série Game of Thrones que j’ai pour ma part découvert une pratique peu élégante qui consiste à scander «Shame! Shame! Shame!» à quelqu’un dont on veut humilier le propos, le geste, la personne ou un peu tout ça. On s’étonne de l’avoir entendu d’une élue du NPD à l’endroit du Bloc québécois et son député Luc Thériault. L’enjeu? Soustraire le Québec de l’application de la Loi sur le multiculturalisme.

Le multiculturalisme est, au sens large, une doctrine guidant l’intégration des minorités issues de l’immigration dans les sociétés occidentales. Elle préconise à la fois une acceptation sans réserve de leurs différences culturelles, religieuses, linguistiques, voire juridiques, et la prétention de mettre de l’avant les valeurs fondamentales de la société d’accueil. Dans les faits, comme plusieurs grandes nations européennes l’ont constaté avant d’y renoncer, le multiculturalisme sous ses différentes formes favorise la formation de ghettos, l’exclusion culturelle et économique des minorités immigrantes et éventuellement la violence qui accompagne inévitablement la fracture sociale.

La version canadienne du multiculturalisme a ceci de singulier qu’elle a été imposée par Pierre Trudeau avec aussi, diront certains, pour intention de réduire la minorité nationale québécoise à un statut comparable à celui des minorités immigrantes. Le Québec, de façon plutôt consensuelle, résiste à la dilution de son identité propre dans le grand ensemble anglo-canadien et propose plutôt la doctrine encore mal définie d’interculturalisme. Elle se distingue du multiculturalisme en ceci qu’elle promeut de façon active et parfois coercitive la reconnaissance de certaines valeurs, au premier chef le français comme langue commune ou nationale, l’égalité des sexes, la primauté du droit et la laïcité de l’État. 

À ceci, le Canada répond souvent par des accusations de racisme, parfois reprises par des personnalités publiques, des institutions et des partis politiques au Québec même.

Outre de tels abus qui, à leur façon, soufflent sur ces désormais célèbres braises de l’intolérance, le multiculturalisme correspond à un consensus canadien tout autant que l’interculturalisme à un consensus québécois. Dans les deux cas, il y a des gens au sein même de ces nations pour ne pas s’inscrire dans le consensus et les définitions de l’une et l’autre des doctrines sont nombreuses.

Le nouveau gouvernement du Québec se range résolument dans l’interculturalisme avec son projet d’interdiction du port de signes religieux par les employés de l’État en position d’autorité. En y incluant les professeurs, il suggère une contrainte plus importance que ce que proposaient Messieurs Bouchard et Taylor. On s’explique toutefois mal la primauté du catholicisme que suggère la CAQ en conservant le crucifix au-dessus du siège du président de l’assemblée législative et dans les tribunaux.

Le Nouveau parti démocratique du Canada s’inscrit parfaitement dans la logique multiculturaliste canadienne. Bien sûr, il en va ainsi du Parti libéral du Canada qui en revendique l’instauration et, malgré des réserves toutes conservatrices, le PCC ne saurait aller à l’encontre de cette doctrine. On a bien vu le malaise d’Andrew Scheer questionné sur le projet d’interdiction du port de signes religieux de la Coalition avenir Québec.

Le NPD voit ses appuis au Québec fondre de manière alarmante. Leur nouveau chef n’y reçoit aucun appui significatif. Les actuels élus sont presque tous menacés d’être défaits lors du scrutin d’octobre 2019. On a tendance à attribuer ce recul au port par le chef néo-démocrate d’un ostentatoire turban. Bien qu’un élu ne soit pas un employé de l’État, mais plutôt un représentant de ses électeurs, rien n’y fait : le Québec ne s’y reconnaît pas.

L’interculturalisme et la préférence pour la laïcité de l’État propres à la nation québécoise n’ont rien de raciste ou de honteux, quoi qu’en dise ou scande la députée néo-démocrate Rachel Blaney. Toutefois, cet environnement politique met en péril ce que le NPD a rescapé au Québec de la dernière élection fédérale et on comprend l’amertume que ce parti canadien, centralisateur et multiculturaliste ressent.

L’amertume est d’autant plus criante qu’on perçoit bien, malgré le déni des autorités du NPD, qu’un fossé se creuse entre plusieurs de ses élus québécois et le reste du parti. Ainsi, trois d’entre eux ont voté en faveur du projet de loi du bloquiste Luc Thériault, dont Christine Moore de l’Abitibi et Robert Aubin de Trois-Rivières. Pierre Nantel, de la circonscription de Longueuil-Saint-Hubert, s’est montré incisif sur la question : pour lui, le nationalisme québécois n’est ni sombre, ni raciste. «Le Québec est une nation, une société distincte, et tout projet de loi ou motion qui tient à préciser cela, je vais le soutenir», a-t-il affirmé. On ne reprochera certainement pas à Nantel d’être un nationalisme xénophobe ou d’arrière-garde. Il est peut-être tout au contraire un nationaliste progressiste.

Ce n’est pas une simple nuance qui oppose l’appel à la honte scandé par Rachel Blaney et les trois dissidents du Québec qui ont voté avec le Bloc québécois. L’une traite les autres de rien de moins que racistes, et ce, au sein d’un même caucus. Ce n’est certainement pas ainsi que le NPD de Jagmeet Singh se gagnera l’affection des Québécois ni ne gardera dans ses rangs tous les élus du Québec de son actuel caucus comme candidats lors du prochain scrutin.

La doctrine canadienne et la doctrine québécoises, aussi flous en soient les contours, sont aussi légitimes l’une que l’autre. Mais voilà, un très large consensus au sein des partis, des élus et de la société du Québec le voit comme une nation et soutient l’interculturalisme de même qu’une certaine vision de la laïcité de l’État. Au Canada, personne n’ose sérieusement prendre ses distances du multiculturalisme. Deux nations, deux visions. Il n’y a pas de solution dans la volonté de l’une d’imposer sa loi à l’autre alors que par nature, deux nations mises en relation ne peuvent être qu’égales.

La honte, tant pour le Bloc québécois que les dissidents du NPD sur cet enjeu, ce serait de renoncer et de ne pas porter un désir québécois de promouvoir à sa façon l’intégration accueillante et harmonieuse des minorités issues de l’immigration. Shame indeed!

Vie de famille

Le poids de l’anorexie

CHRONIQUE / En ce soir d’automne, toute la famille est réunie autour de la table. Cette même table qui, au lieu d’être synonyme de temps de qualité et de plaisir, a été source de souffrances, de pleurs et de crises pour les parents et les quatre sœurs. Parce que quand l’anorexie frappe dans une maison, c’est tout le monde qui en subit les contrecoups.

Au début, Fanny*, 16 ans, passait beaucoup de temps dans la cuisine. Elle préparait ses lunchs. Toujours des recettes santé. Au lieu de manger comme le reste de la famille, elle se concoctait un autre plat. Ses parents, Éric et Carmen, ont pensé que c’était une mode.