Valérie Plante a détrôné Denis Coderre à la mairie de Montréal.

Vague rose contre boys club

TRIBUNE / Professeure par intérim de l'Unité d'enseignement en lettres de l'UQAC, Anne Martine Parent, s'exprime sur l'élection de femmes à la mairie de villes telles Saguenay et Montréal.

Dimanche dernier, une vague rose a fait sentir ses effets lors des élections municipales au Québec. Le fait qu’on fasse de l’élection de plusieurs femmes un phénomène qui mérite d’être nommé montre à quel point nous sommes encore loin d’une parité hommes-femmes en politique. Mais cette vague rose est peut-être le début de quelque chose de nouveau ; elle est, en tout cas, une bonne nouvelle et une source d’espoir.

Il est significatif d’ailleurs que Josée Néron à Saguenay, comme Valérie Plante à Montréal, a fondé sa campagne sur l’idée du changement, changement qui ne porte pas uniquement sur le contenu, c’est-à-dire les projets (Saguenay ville durable, la parité au bureau de l’ombudsman), mais aussi sur le contenant, la forme, la manière même de faire de la politique. Josée Néron propose une nouvelle manière de gouverner dont les mots-clés sont la transparence, l’intégrité, le respect, l’écoute (voir l’article de N. Boivin dans Le Quotidien du 5 novembre 2017). On me répondra qu’un homme peut proposer la même chose. Bien entendu. La transparence, l’intégrité, le respect et l’écoute ne sont pas des valeurs réservées aux femmes (de la même manière qu’une femme au pouvoir n’est pas la garantie d’une nouvelle forme de gouvernance). Mais ce n’est pas un hasard si aujourd’hui ce sont des femmes qui proposent ces changements. Tant que la politique, municipale ou à un autre niveau, sera menée par un boys club, les femmes continueront d’en faire les frais. Les femmes sont les premières victimes des boys club (et je ne parle pas ici, en tout cas pas uniquement, de l’intimidation dont a été victime Josée Néron lorsqu’elle était chef de l’opposition), il n’est donc pas étonnant qu’elles remettent en question une certaine manière de faire de la politique et qu’elles veuillent faire les choses autrement.

La mouvance qu’on a observée au Québec dimanche dernier, cette accession des femmes au pouvoir, arrive dans le sillage du mouvement #MeToo (#moiaussi) où de nombreuses femmes ont révélé avoir été agressées et/ou harcelées sexuellement et ont dénoncé la culture du viol qui avait excusé et minimisé la violence dont elles étaient victimes. Des hommes de pouvoir qui agissaient depuis des années en toute impunité ont soudainement dû faire face aux conséquences de leurs actes. Je veux croire que ce n’est pas une coïncidence si l’éclatement du plafond de verre auquel nous avons assisté dimanche dernier, l’élection de femmes comme Josée Néron et Valérie Plante, se produit à la suite de #MeToo et de la chute de certains hommes qui avaient beaucoup de pouvoir et en abusaient. Les boys club s’effondrent ; les femmes prennent la parole et le pouvoir, les femmes prennent la place qui leur revient. (Rappelons au passage qu’avant #MeToo, il y avait eu #AgressionNonDenoncee [#BeenRapedNeverReported] en 2014, mouvement qui avait été initié par la journaliste Sue Montgomery, elle aussi élue dimanche comme conseillère municipale à Montréal [arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce].

Quelques mois avant l’élection de Josée Néron à la mairie du Saguenay, Nicole Bouchard est devenue la rectrice de l’UQAC. C’est la première fois qu’une femme accède à ce poste à l’UQAC. Mme Bouchard a aussi fait campagne en s’engageant à diriger autrement ; la transparence et l’intégrité ont aussi été au cœur de ses promesses pour une gouvernance différente. Et à l’UQAC, comme à la ville de Saguenay, les gens ont voté pour le changement. Ce qui nous donne, à Saguenay, une configuration intéressante : une femme à la mairie, une rectrice à l’université, et nous avions déjà une femme à direction du CIUSS, Mme Martine Couture. Trois grandes institutions publiques du Saguenay ont à leur tête une femme. Espérons qu’elles pourront montrer aux membres des boys club qu’il est possible de faire les choses autrement.

Reste maintenant le secteur privé : à quand une femme à la tête de Rio Tinto ?

Anne Martine Parent,

directrice par intérim de l'Unité d'enseignement en lettres de l'UQAC