Une révolution tranquille

CHRONIQUE / Ça y est, la décision est prise et c’est finalement l’option des bacs bruns qui a été retenue pour récolter les matières putrescibles à Saguenay. Honnêtement, on s’y attendait un peu et on a quasiment l’impression que la consultation populaire n’était en fait qu’une vaste opération marketing visant à favoriser l’acceptabilité sociale du projet. N’empêche, les débats ont été un peu plus ardus que prévu et certains citoyens ont exprimé des réserves quant à la possibilité de voir un nouveau bac apparaître dans leur allée de maison. Aussi, ils n’aimaient pas l’idée que le ramassage des poubelles (le bac vert) se fasse une seule fois par mois. Ces craintes sont légitimes et nous devons en tenir compte, mais elles ne doivent cependant pas nous détourner de nos objectifs en ce qui a trait à la gestion et à la réduction des déchets.

C’est donc avant tout sur la base de l’expérience dans d’autres municipalités et des données probantes que la Commission du développement durable et de l’environnement se devait de délibérer sur la meilleure des options possibles. Et comme de raison, il a été décidé d’aller de l’avant avec ce qui est décrit comme l’alternative la moins risquée. Le bac brun, en effet, est déjà présent dans de nombreuses municipalités au Québec et l’expérience est globalement positive. Et pour l’avoir moi-même vécu dans Charlevoix, je peux vous dire que l’ajout du bac brun est une solution simple et efficace à notre problème de gestion des matières résiduelles.

Évidemment, cela impliquera de légers ajustements de la part des citoyens, mais rien de trop laborieux ou déraisonnable. Mais la nature humaine étant ce qu’elle est, les gens sont généralement réticents face au changement et préféreraient certainement ne pas avoir à modifier leurs habitudes de vie. C’est compréhensible, mais malheureusement irréaliste. Si nous souhaitons réellement faire une différence et donner tout son sens au concept de développement durable, nous devrons forcément remettre en question et changer certains aspects de notre mode de vie, à commencer par notre façon de consommer… et de jeter.

Cela dit, en respectant le rythme de chacun, je suis persuadé que la pratique du compostage rencontrera rapidement de nombreux adeptes. Au début, il y aura forcément des citoyens récalcitrants, mais avec le temps ils finiront bien par s’y faire. Rappelez-vous à l’époque où les bacs de recyclage (les bacs bleus) ont fait leur apparition, les réactions ont été exactement les mêmes. Les gens n’en revenaient pas de se dire qu’ils devraient dorénavant trier leurs déchets. À vrai dire, il n’y a probablement que Ti-Mé Paré qui a été immédiatement enthousiasmé par cette nouvelle ! Mais le temps a fait son œuvre et aujourd’hui le recyclage est devenu pour la majorité d’entre nous quelque chose de normal, voire banal.

Qui plus est, j’ai l’intime conviction que la plupart des citoyens de Saguenay ne sont pas contre le compostage et l’environnement, bien au contraire. Seulement, ils souhaitent une solution efficace qui aura un impact minimal sur leur qualité de vie. La balle est donc dans le camp de nos élus, qui auront des comptes à rendre à la population et devront faire une bonne campagne de sensibilisation afin de favoriser une transition harmonieuse.

Et bien que certains puissent être déçus de la façon dont les consultations ont été menées, je crois qu’il faut surtout se réjouir que Saguenay prenne enfin le virage du compostage. Qu’on le veuille ou non, cette pratique est devenue incontournable à l’ère de l’écologie. Un peu partout dans le monde, en effet, la révolution écologique se met en marche et nous amorçons possiblement ici aussi notre petite révolution tranquille. Je ne suis pas un environnementaliste « pur et dur », mais je sais cependant que le statu quo n’est plus une option. Il revient maintenant à chacun et chacune d’entre nous d’y mettre du sien.