Une région, c’est aussi l’amour

CHRONIQUE / Les matins, lors d’un voyage à Rome, j’allais déjeuner dans un petit café près de mon hôtel. La serveuse ou le serveur en poste me rapportait toujours la même bouette insipide : un œuf, ou plutôt cinq œufs brouillés, avec une toast cuite la veille et un morceau de citron rassis. J’avais beau dessiner un œuf miroir, le prononcer en italien « uovo a specchio non girato », l’écrire sur le napperon, rien ne faisait. « C’est ça que tu manges, touriste ! » Il est facile de comprendre qu’à mes retours, j’appréciais mon patelin, ma maison, mon quotidien.

Au Lac, dans les restos, il ne se passe pas exactement la même chose… Un exemple ? Deux même ! Au Mont-Plaisant, Marlène Crane savait que je capotais sur la confiture aux bleuets. Un matin, elle en avait déposé un plat sur mon balcon. Aussi, l’accueil est hors pair au Roger Bacon quand Carl Murray nous chantonne un beau salut. Enfin, bref, dans ma région, quand je commande un œuf miroir avec des toasts pas beurrées, pas coupées, « pis du ti-bacon sec », tout arrive comme il se doit dans le meilleur des mondes.

Des panneaux de contreplaqué portant le nom d’ouragans mémorables sont placés sur les fenêtres des magasins du centre-ville historique de New Bern, en Caroline du Nord, alors que les entreprises et les résidants se préparent à l’arrivée annoncée de l’ouragan Dorian.

Réaliser comme on est bien…

C’est dans les soirées comme celle de dimanche 1er septembre, à Desbiens, alors qu’un événement-bénéfice était organisé, que je suis heureuse de vivre dans une région, là où l’amour pour son prochain prédomine. Le comité organisateur est parvenu à mobiliser tout un village pour remplir une salle de 360 spectateurs qui — attention ! — avaient déboursé 100 $ pour leur soirée, mais aussi pour la cause du Juvénat de Desbiens.

Des âmes dévouées

Sous la direction de l’instigatrice de l’événement, Michèle Bouchard, il fallait voir les dizaines de bénévoles qui s’activaient pour que tout se passe bien ; pour que tous les convives soient heureux. « Quand on ne fait rien, on ne fait pas d’erreur », a lancé la dame dans son discours pour débuter la soirée. Il fallait les voir pour comprendre qu’une seule chose les propulsait : l’amour pour son prochain. Quel est le lien avec la vie en région ? L’engagement, le cœur, la cohésion, le travail d’équipe, les rires qui fusaient dans les coulisses, la nervosité éteinte par un colleux, un rire, une gorgée de bière…

Un perpétuel combat

Pendant la soirée, Julie Lapointe, une intervenante du Juvénat, a bien voulu confier pourquoi les gens donnaient autant leur cœur pour la cause. À sa façon, elle a avoué à quel point il fallait toujours se battre pour l’argent qui ne tombe pas des arbres. Elle a parlé de la soirée-bénéfice où 360 billets à 100 $ ont été vendus. Malgré tout le travail abattu, il reste peu. Il faut payer pour ceci, pour cela. D’une journée à l’autre, les uns et les autres se démènent pour dénicher une subvention, un commanditaire, un donateur. Il faut voir combien d’organismes vivent la même chose, exactement la même chose !

Une pensée pour les grands cœurs

Avant de quitter, j’ai sillonné les couloirs repeints et revampés du Juvénat. J’ai humé la propreté et tous les efforts qui ont été déployés pour accueillir ces femmes et ces hommes qui cherchent des repères culturels et sociaux. Sans forcer, j’ai revu ces gens qui avaient donné tout leur cœur pour la cause et j’ai alors ressenti une force : celle de vivre dans une région où les gens disent « à cause » et « faire simple » ; celle où l’amour pour son prochain n’a pas de limite ; celle qui, avec ses gens dévoués, a la force de sauver les instances, comme un journal qui existe depuis 132 ans.