Une joie toute spirituelle

CHRONIQUE / Quand j’ai pris la décision d’acheter mes billets pour le concert du Choeur Expérience Gospel, qui avait lieu dimanche à Chicoutimi et qui affichait déjà quasi complet, j’étais certain de ne pas trouver ce que je cherchais. J’avais besoin de trois places pour mes deux fils porteurs de handicaps et moi-même. Étrangement, deux jours avant la représentation, il m’est apparu sur le site de la billetterie trois billets disponibles, côte à côte, en plein centre de l’amphithéâtre. Ces places étaient pour moi comme un premier miracle.

Juste avant le spectacle, il y avait quelque chose dans l’air, comme si les gens avaient désiré ce moment depuis longtemps. De fait, au lever du rideau, c’est un Amazing Grace tout empreint d’harmonie qui nous a fait entrer dans une atmosphère sacrée. Il fut suivi par Sometime It Takes a Mountain, qui m’a ramené à ma vie actuelle, alors que je suis confronté à une « montagne » sans précédent. C’était le deuxième miracle : ce spectacle était pour moi. 

Le chanteur-présentateur, Alain Bélanger, tel un prêtre dans son église, a alors introduit « l’assemblée » à l’expérience qu’elle allait vivre : des chants classiques du gospel et d’autres, mais repris à la sauce gospel... avec des surprises. La chanson Let It Be, amorcée par mon neveu, est venue poursuivre le travail d’intériorisation : même si la chanson fut inspirée par la mère de Paul McCartney, « Mother Mary », celle-ci peut parfaitement coller à l’autre Marie, celle à qui ont été consacrées tant d’églises et de lieux de notre région ! Et ses mots de sagesse sont d’une simplicité désarmante : « ainsi soit-il ». Je ne sais pas combien de gens dans la salle étaient aux prises avec une situation envahissante ou accablante, mais pour moi, cet appel au lâcher-prise tombait à pic. Et la suivante, Motherless Child (l’enfant sans mère), était d’une beauté et d’une acuité saisissantes. Là encore, touché. 

C’est alors que le « pasteur » Bélanger a repris son rôle, y allant d’un « sermon » vantant les mérites du gospel. Si tous les chants présentent un caractère religieux, ce n’est pourtant pas la religion qui a rassemblé tous ces choristes, la plupart originaires de la région, mais « quelque chose de plus large ». En fait, pour tous ces gens, le gospel s’est avéré une expérience spirituelle. Ces jeunes et moins jeunes prennent conscience que cette forme musicale crée un esprit d’unité dans la diversité, jusqu’à faire croire que les religions peuvent toutes être réunies en une harmonie à la gloire du créateur de toutes choses. Une « homélie » chaudement applaudie !

La deuxième partie fut en crescendo, parvenant à faire se lever cette foule nombreuse et à lui transmettre le rythme ! On s’est mis à répéter à tue-tête des louanges au Dieu tout-puissant et à sa grandeur. C’était renversant de saisir les mots des chants s’adressant à Dieu, l’assurant que tous ses encensements n’étaient que pour lui seul ! Et à Jésus, Prince de paix, Roi des rois et Fils de Dieu, qui n’a pas manqué de se faire rappeler sa promesse de ne jamais nous abandonner ! Il ne restait plus qu’à finir en demandant à la foule si elle était prête pour un miracle ! Et le miracle fut, cette fois-ci, pour tous. 

En effet, la chanson More Abundently fut une finale psychédélique avec ces « Joy » scandés en alternance par les trois sections dirigées de main de maître par Marie-Ève Tremblay, celle qui a eu l’idée de créer ce choeur. 

Et que dire du rappel ? Un retour à l’Action de grâce dans une « louange totale » (Total Praise), à cette gratitude qui monte du fond du coeur et qui fait que les visages se tournent vers les autres, tous remplis d’émotion et de sourires exprimant quelque chose du bonheur. Mais l’abondance n’était pas tarie encore. Il fallait vivre cette finale en mode rapproché, lorsque le choeur s’est soudé à la foule et que la maîtresse de choeur est venue s’installer au centre de la salle, reprenant un Alpha & Omega, dont l’amen ultime n’avait rien de moins que la perfection. 

Entre la messe du matin, qui m’a nourri autrement, et la grand-messe culturelle de l’après-midi, la seconde m’a apporté un souffle de légèreté et de joie qui m’a habité longuement. Je dirais, pour paraphraser le « curé Bélanger », que le gospel est une expérience spirituelle qui permet de saisir, au terme d’un tel événement, le sens que revêt au plus profond l’expression « à l’unisson ». 

Jocelyn Girard,

Institut de formation théologique et pastorale