Une initiative prometteuse

CHRONIQUE / Dans ma dernière chronique, j’évoquais la progression rapide des véhicules électriques au cours des prochaines décennies et la crise appréhendée des minéraux critiques (lithium et cobalt) utilisés pour fabriquer les batteries indispensables pour stocker l’énergie nécessaire à propulser ces véhicules moins polluants.

Le 19 septembre dernier, lors du Sommet économique sur l’impact du développement durable tenu à New York, un groupe de partenaires industriels, d’ONG et l’UNICEF, une agence onusienne chargée d’améliorer le sort des enfants, ont lancé une initiative mondiale sur les batteries. Appelé « Global Battery Alliance », ce projet se veut un pas majeur pour réduire et éliminer les impacts négatifs de la multiplication des téléphones intelligents, des véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie renouvelable sur l’environnement et sur les populations plus fragiles. Les batteries constitueront un marché de plus de 100 milliards de dollars dès 2025. En 2040, pour satisfaire les exigences d’une économie sobre en carbone, on prévoit que la demande sera multipliée par 12 et que les batteries stockeront 57 % de l’électricité consommée par les ménages.

De manière intéressante, l’initiative considère l’ensemble des impacts du cycle de vie des batteries, de l’extraction des ressources jusqu’au recyclage en fin de vie. On veut y éviter les abus commis envers les enfants dans l’extraction du cobalt en République démocratique du Congo par exemple, mais aussi dans le démantèlement des appareils électroniques, trop souvent confiés à des enfants en Inde ou dans d’autres pays encore moins développés. On veut aussi réduire les impacts environnementaux sur toute la ligne et prévenir par le recyclage (qui ne touche actuellement que 5 % des métaux critiques), l’épuisement des gisements et la flambée spéculative qui ne manquerait pas d’accompagner une pénurie appréhendée. Tout au long de la chaîne de valeur de ces métaux, il y a des impacts environnementaux locaux et globaux causés par le laxisme des autorités, l’incurie des entreprises et l’absence de règles permettant que le prix de la pollution soit intégré au prix des produits que nous consommons.

Avez-vous pensé, lorsque vous changez votre téléphone « intelligent » à ce qui se produit par la suite ? Et à tout ce qu’il a fallu de travail et de ressources en amont pour produire ce bidule que vous n’utiliserez que deux ou trois ans ? Il y a une dizaine d’années, nous avons eu l’occasion de nous poser ces questions à la Chaire en éco-conseil et d’examiner les impacts de cet objet de consommation en termes d’émissions de gaz à effet de serre. La conclusion était nette. En gardant votre téléphone une année de plus, vous diminuez son impact relatif de moitié. Sachant que les infrastructures pour le recyclage de ce type d’appareil et des batteries qu’il contient ne sont pas encore efficaces, cette information prend encore plus d’importance. 

Le Sommet sur l’impact du développement durable a été organisé à l’initiative du Forum économique mondial, une organisation qui réunit chaque année à Davos en Suisse les dirigeants les plus influents du monde. Il vise à mettre en œuvre des actions pour favoriser la réalisation des 17 objectifs de développement durable qui constituent le cœur du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Il est intéressant de constater que ce programme qui vise « un avenir viable pour tous qui ne doit laisser personne à la traîne » dans le respect des équilibres et des limites planétaires suscite de tels résultats. L’initiative mondiale du « Global Battery Alliance » est prometteuse. Elle s’inscrit dans une vision globale, est porteuse d’une vision à long terme et prend en considération le cycle de vie des produits. Surtout, elle est pilotée par des acteurs crédibles qui ont les moyens de leurs ambitions. C’est un dossier à suivre !