Me Daniel Gagnon est professeur titulaire à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Une gouvernance « du millénaire » ?

L’auteur de cette lettre d’opinion est Daniel Gagnon, avocat CRHA (Ordre des conseillers en ressources humaines agréées) et professeur titulaire à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

OPINION / Dans un texte éditorial de vendredi dernier, Marc St-Hilaire interpelle le ministre Jean-François Roberge en demandant ni plus ni moins la mise sous tutelle de la Commission scolaire des-Rives-du-Saguenay. Au-delà de ce qui a pu transcender quant au climat de travail conséquent des pratiques de gouvernance de l’organisme, la lecture de la décision du juge administratif Guy Roy donne froid dans le dos.

En avril 2017, le conseil des commissaires constatait « que Chantale Cyr possède des qualités de visionnaire, a un leadership crédible et incite les gens à la gestion participative » (p. 12 de la décision). C’est ainsi qu’il recommandait la permanence de madame Cyr trois mois avant l’échéance de sa période de probation. Comment expliquer les reproches mentionnés à la lettre d’intention présentée aux commissaires moins d’un an plus tard (en janvier 2018), sinon par le fait du retour de madame Liz Gagné à la présidence de l’organisme dans l’intervalle ? Comment les membres du conseil d’administration d’un organisme public ont-ils pu ne pas connaître leur rôle dans la saine gestion des affaires relevant de leur gouverne ? De surcroît, comment la présidente de l’organisme a-t-elle pu endoctriner le groupe dans des pratiques de gestion illégales et si peu empreintes d’humanisme ?

En pareil contexte, il ne faut pas se surprendre qu’un représentant du cabinet du ministre de l’éducation se dise surpris de la décision de la présidente Gagné de demeurer en poste, qualifiant d’« accablant » le constat effectué par le juge Roy.

À mon humble avis, contrairement à ce qu’a affirmé le représentant du conseil des commissaires, il n’y a plus d’enjeux à connaître pour la suite des évènements. La décision du juge Roy prend ses assises sur des éléments factuels et la crédibilité des témoins entendus ; il n’y a pas de révision possible. Il n’y a aucune possibilité pour madame Cyr de retourner travailler dans cet organisme. En conséquence, d’importants débours financiers seront nécessaires pour mettre un terme à cette aventure déplorable. Le seul enjeu qui demeure est de savoir comment les contribuables peuvent avoir encore confiance en la gestion des membres de ce conseil d’administration qui ont si lamentablement failli à la tâche. Comment la présidente du conseil d’administration peut-elle encore avoir la prétention d’être en mesure d’effectuer le travail attendu de la fonction ?

Vivement qu’une nouvelle administration prenne le relais et la seule façon de le faire, à court terme, passe par la mise en tutelle de l’organisme suivie d’une bonne formation sur les règles légales et managériales de la gouvernance.

La facture a déjà été assez salée pour les contribuables et, humainement parlant, assez élevée pour madame Chantale Cyr. Un projet de commission scolaire « du millénaire » en somme !