Une augmentation de solaire?

CHRONIQUE / La baisse constante des prix des capteurs photovoltaïques peut-elle provoquer une révolution qui pourrait à terme menacer Hydro-Québec et son modèle d’affaires ? La question a été posée la semaine dernière par le PDG de la société d’État, monsieur Éric Martel. À la base de cette crainte, on pense que de plus en plus de propriétaires de résidences, de petites entreprises et d’agriculteurs vont devenir autoproducteurs pour satisfaire leurs besoins d’électricité. En conséquence, Hydro-Québec n’augmentera plus ses ventes en proportion de la croissance économique, alors que ses coûts fixes d’équipement et d’entretien du réseau continueront de peser sur son bilan financier, donc sur ses tarifs.

La diminution du coût des panneaux solaires n’est pas le seul facteur en compte dans cette dynamique. Le développement de micro réseaux électriques est en pleine expansion, dans des milieux isolés, mais aussi à l’échelle expérimentale dans des villes, par exemple New York et Boston, où on teste la notion de réseaux intelligents combinant la production d’électricité de source renouvelable, le stockage dans des batteries lithium-ion, la domotique et les automobiles électriques. Il devient ainsi possible de prétendre à une autonomie ou à une quasi-autonomie énergétique, à condition naturellement de disposer de la technologie. D’autre part, l’efficacité énergétique de l’enveloppe des bâtiments et de l’appareillage installé doit être maximisée, sans quoi il y a peu de chances que ce genre de système soit économiquement viable.

Dans sa stratégie de transition énergétique, le Québec s’est fixé des objectifs ambitieux : par exemple, d’ici 2030 il faudrait améliorer de 15 % l’efficacité énergétique, augmenter de 25 % la production d’énergie renouvelable et augmenter de 50 % la production de bioénergie. Si cela se réalisait, il est bien certain qu’Hydro-Québec devrait ajuster son portefeuille de projets. Les grands développements hydroélectriques ne seront plus justifiés, puisque la demande va diminuer plus vite que la croissance de l’économie. Et cela, même si on procède massivement à l’électrification des transports. En effet, l’automobile électrique consomme beaucoup moins que son homologue à essence. Pour sa part, l’implantation d’industries grandes consommatrices d’électricité exige à la fois de l’énergie et de la puissance. Cela ne pourrait qu’augmenter les coûts marginaux de production. En effet, s’il est facile de moduler la puissance d’une centrale hydroélectrique (tant qu’on dispose de réserves d’eau) il est beaucoup plus compliqué d’obtenir la puissance sur demande avec des centrales solaires ou des parcs éoliens, qui doivent reposer sur le réseau pour équilibrer les fluctuations naturelles de l’ensoleillement et du vent.

Le modèle dominant de la fourniture énergétique va changer partout dans le monde dans le contexte de la lutte aux changements climatiques, et ce, d’autant plus qu’on produit de l’électricité à partir de combustibles fossiles. Il est fort probable que les coûts des appareils servant à la production d’énergie à partir de sources renouvelables (vent, solaire, hydraulique, biomasse, géothermie) vont diminuer à mesure que la production de masse va les rendre plus efficaces. Au Québec toutefois, nous disposons déjà de sources d’électricité renouvelable à 99 %. C’est difficile de faire mieux. Il y a très certainement une place pour l’autoproduction à partir de panneaux solaires, mais la pression se fait moins sentir ici qu’ailleurs. 

Qu’Hydro-Québec s’inquiète de son modèle d’affaires à l’horizon 2030, c’est sain. Mais il est peu probable que la transition se fasse de façon si brutale qu’on ne puisse s’y préparer. Le parc de maisons neuves n’augmente pas si vite et il n’y a qu’une faible proportion des propriétaires qui adoptent l’autoproduction. Les batteries de forte puissance sont encore des prototypes. Hydro-Québec a encore de beaux jours devant elle.