Spiritualité

Un été pour se reposer

CHRONIQUE / Nous sommes en plein milieu de l’été. Nous chérissons tous ce temps de l’année particulièrement propice au loisir et au repos. Toutefois, cette période revêt cette année un caractère spécial. Bien que nous ayons été en confinement pendant la première partie de l’année 2020, il nous est difficile de décrocher complètement des soubresauts de l’actualité. Qu’est-ce qui fait qu’il est difficile de se reposer ? Le soleil n’est-il pas au rendez-vous ? Les lacs et rivières ne coulent-ils pas comme à leur habitude ?

Aller au bout du traumatisme

D’abord, il est tout à fait compréhensible d’être encore « sous le choc » des événements que nous avons subis et que nous continuons de subir. Pour beaucoup d’entre nous, le confinement a marqué une rupture drastique dans notre travail et dans notre vie quotidienne. Souvent incapables d’accomplir nos tâches les plus élémentaires, nous ressentions un certain sentiment d’inutilité. Ajoutons à cela la multiplication des obstacles à l’exercice d’une véritable liberté. Tout semblait concourir à susciter de la claustrophobie.

En ce sens, il est important d’examiner l’ensemble des blessures que ce climat a pu nous infliger. Lorsque l’on vit un traumatisme, il arrive que nos mécanismes de défense enfouissent certains réflexes et sentiments afin de passer au travers de l’épreuve. Or, puisque tout ce qui est refoulé ressort un jour ou l’autre, et pour éviter que cela ne se passe au mauvais moment, il est plus que salutaire de prendre un temps pour méditer. Pour revoir, à tête reposée, ce que nous avons vécu. En ce sens, la Parole de Dieu peut être un instrument non négligeable pour composer avec cette « vérité qui nous rend libre » (Jn 8,31).

La grandeur de la normalité

Ce temps d’introspection m’apparaît nécessaire pour qui veut à la fois se reposer et véritablement profiter de l’été. Les obstacles à la détente ne sont peut-être pas seulement les événements passés, mais aussi ceux à venir. Aux frustrations de n’avoir pas pu terminer ce qui avait été entrepris s’ajoutera peut-être bientôt le stress de ne pas pouvoir entreprendre de nouveaux projets. Derrière cette anxiété croissante se trouve souvent notre incapacité à voir la grandeur des petites choses. Or, les événements que nous avons vécus peuvent nous aider à redécouvrir la beauté du quotidien. En effet, la culture actuelle nous fait parfois dédaigner des choses qui ne méritent pas de l’être.

Combien de fois avons-nous cherché notre bonheur dans la nouveauté et dans les réalités éphémères ? Désormais, nous voyons à quel point nous tenions pour acquise la stabilité des années scolaires, des saisons de hockey ou de la messe du dimanche. C’est peut-être la joie et la liberté qui découlent du travail qui nous manquent le plus et qui nous feront regretter tous ces moments où nous avons regardé notre montre, irrités que le temps ne passe pas assez vite. S’émerveiller de toutes ces choses que nous prenions pour acquises, et qui nous laissaient au mieux indifférents, est la condition pour un retour au travail dans la sérénité et la confiance que le beau temps vient après la tempête.

Prendre son destin en main

Après l’introspection et l’émerveillement, il convient néanmoins de se préparer aux différentes éventualités qui s’ouvrent devant nous. Trop souvent, nous vivons les événements de la vie comme ils viennent, sans vraiment nous y préparer. Or, maintenant que nous avons compris qu’en ce monde, rien ne peut plus être tenu pour acquis, nous devons toujours regarder ce qui pourrait se passer et être prêts à toute éventualité.

Si jamais il y a un autre confinement, qu’est-ce que je ferai de mon temps ? Comment vivrai-je cela avec ma famille ?

Pour chaque dimension de notre existence, sans tomber dans l’appréhension du scénario le plus catastrophique, il est souvent de mise d’avoir un plan A, B ou C, afin de pouvoir s’adapter plus rapidement lorsque les choses tournent moins bien que nous l’aurions désiré. Seulement ainsi nous serons en mesure d’aider les autres à passer au travers. Vaut mieux prévenir que guérir, dit-on souvent. Je dirais plutôt que lorsque nous le pouvons, soyons prêts à toute éventualité pour venir en aide à ceux qui ne le seront pas le moment venu.

Conscience éclairée

On le sait : nous n’avons pas encore récupéré complètement notre liberté de mouvement. Les aéroports fonctionnent toujours au ralenti et beaucoup de frontières restent encore fermées. Or, comme nous l’avons vu, l’été 2020 sera plutôt l’occasion de nous reposer véritablement et de refaire nos forces pour, cette fois-ci, bien enclencher cette troisième décennie du XXIe siècle.

Il faut passer de cette confiance aveugle en la bonté du futur, que l’on nomme « naïveté », à cette conscience éclairée. Peu importe ce que l’avenir nous réserve, Dieu a mis en nous le nécessaire pour surmonter les éléments négatifs qui se présenteront inévitablement. Utiliser tous les événements de la vie pour grandir et surmonter de nouveaux défis pourraient être des grandes vérités que ce confinement nous aura permis de redécouvrir.

Ne ratons pas cette occasion unique de gagner en maturité, de renouveler notre confiance dans la beauté et la grandeur de l’aventure humaine.

Francis Denis

Journaliste à Sel + Lumière média