Spirituel, les deux pieds sur terre

CHRONIQUE / Êtes-vous croyant, croyante ? Est-ce que cela change quelque chose dans votre vie de croire ou de ne pas croire ? Et en quoi croyez-vous, vraiment ?

Pardonnez-moi de vous approcher aussi directement. Mais par les temps qui courent, pour des personnes publiquement affichées comme croyantes, il arrive souvent que les gens viennent à elles pour les mettre un peu au défi de leur foi et de leur appartenance religieuse au point où ça devient embarrassant.

Croire ou savoir ?

Selon plusieurs chercheurs et chercheuses de sens contemporains, la foi conduirait à toutes sortes de comportements déraisonnables. D’ailleurs, n’est-elle pas elle-même irrationnelle ? En effet, comment croire en un dieu quelconque alors qu’on n’en trouve aucune trace dans la vie que nous menons ?

La philosophie, au contraire, serait vouée à cette connaissance, bien que toujours imparfaite, de la nature de l’humain et de sa place dans l’univers. Les réponses varient selon les approches, allant d’un sommet de tout ce qui existe (surtout chez les Anciens) à une infime particule organisée au hasard en un système au sein d’une immensité impossible à figurer.

Le savoir est une voie incontournable, car notre raison aspire à connaître, à dénouer les questions qui défient notre intelligence. Les grands noms de la philosophie tels Aristote, Kant, Spinoza, Hume ont cherché à leur façon à résoudre l’énigme de notre existence et contribué à jeter les bases d’une éthique universelle.

Pour autant que je sache toutefois, ni la raison ni la foi n’ont su conduire l’humanité à la hauteur de sa responsabilité en tant qu’espèce vivant sur une planète dont la durée d’existence est programmée depuis son apparition.

Trouver ce qui nourrit l’être

Si Yahvé, le Christ, Allah, Vishnu ou même le Bouddha se trouvent à inspirer des personnes dans un chemin qui les conduit à plus d’humanité, dans le sens de développer une bienveillance, une attention à l’autre et aux autres, à notre monde, à notre place dans ce monde, à l’avenir du monde ainsi qu’à la paix et à la justice, alors la foi doit pouvoir être protégée et même encouragée. Tout ce qui concourt au bien de l’humanité ne doit pas être empêché sous prétexte que les fondements ne seraient pas raisonnables au sens de matérialité, de scientificité.

D’un autre côté, le même raisonnement vaut pour les sciences, l’athéisme ou les/la philosophie. Toute démarche rationnelle de compréhension de notre univers contribue à mieux nous définir comme espèce, notamment pour développer l’humilité de notre condition par rapport à tout ce qui existe, ici et ailleurs.

La quête de bonheur est universelle. Elle peut se manifester par la joie de croire ou dans l’exercice patient des vertus ou de la raison. Ce qui importe, après tout, c’est que ce bonheur ne soit jamais égoïste. Il n’est de joie complète que lorsqu’elle permet à l’autre le même accès au bonheur que pour soi-même. La compassion en est la condition et celle-ci puise sa nourriture dans tous les systèmes humains, qu’ils soient religieux ou philosophiques.

Une spiritualité qui donne du souffle

Autant la foi que la raison ont besoin d’air pour se décoincer parfois. L’air est une composante physique de notre univers, certes, mais il est aussi porteur de symbolisme puissant : il est essentiel à notre survie ; il est présent en tout lieu où nous nous trouvons, à défaut de quoi nous mourons ; il se meut à partir de mouvements aussi légers qu’un battement d’ailes d’insecte et peut devenir une tornade destructrice. L’air nous pousse au large tout comme il peut nous faire entrer en nous-mêmes, par une respiration consciente.

J’aime penser que ma spiritualité me donne du souffle, qu’elle m’inspire et qu’elle expire le bon, le beau, le vrai. Tout ceci me conduit à la contemplation du particulier et de l’universel. Le monde est beau. Le monde est bon dans son potentiel originel. Le monde a besoin de devenir vrai pour être à l’image de… ce que vous voulez qui trône au sommet de toutes vos valeurs.

Une fois saisi par ce sentiment d’infini, c’est toujours en regardant en bas que je vois mes pieds bien posés sur la terre. Alors, et alors seulement, je me sais appartenir à un monde où autrui est un autre moi-même. Quand le visage de cet autre m’apparaît, différent, vulnérable, attrayant, aimable et donc d’une incroyable dignité, alors je suis dans le vrai.

Jocelyn Girard, IFTP