je dois trouver un autre usage à ma chaudière de cornets

L’habitude est dans le sac

CHRONIQUE / Dans un coin de la cuisine, sous un vieux meuble récupéré sur le bord du chemin, traîne une tout aussi vieille chaudière de métal aux couleurs jaune et rouge de O. Gauthier Limitée, fabricant de cornets sucrés.

Je n’y ferais pas tremper mon dentier si j’en avais un, c’est peut-être un peu rouillé dans le fond, mais ça peut quand même servir encore pour un million d’affaires. Comme pour empiler les vieux sacs de plastique au retour de l’épicerie quand t’as oublié tes sacs réutilisables ou que t’en avais pas assez.

La chaudière est désormais vide. Fait pas si longtemps, quelques mois à peine, depuis en fait que notre municipalité a acheté un petit camion à ordures avec un bras automatisé qui peut virer sur un 10 cents dans les fonds de rangs. 

Jusque-là, c’était un gars qui venait ramasser les ordures avec son pick-up, il faisait ça à la main, donc nécessairement, t’essayais de lui faire des petits sacs qui se manient bien, qui tiennent et qui ne s’éventrent pas dans l’élan et la boîte de pick-up.

Bref, le camion acheté, le bac vert est venu rejoindre le bac bleu du recyclage, ils font leur petite virée jusqu’au chemin à tour de rôle aux deux semaines, plus besoin de sacs.

Plus besoin de sacs? Du tout?

Honnêtement, non.

Et plus honnêtement encore, on en met quand même un dans la poubelle de la cuisine. Mais je suis là à vous écrire, et je me demande vraiment pourquoi on en met encore un.

Je ne vois pas.

On ne jette pas de restes de bouffe dans la poubelle. Quand il y a des restes, y a un bouillon de légumes qui se sert, des chiens qui se servent, des poules qui se servent, le compost qui se sert.

Fait que concrètement, pas de bouffe, pas de papier, pas de carton, pas d’aluminium, pas de verre, pas de plastique recyclable, on achète beaucoup en vrac, alors on s’entend qu’il n’y a plus grand-chose qui se retrouve dans la poubelle, et vraiment rien qui mérite de dormir dans un sac plutôt que de passer directement de la poubelle au bac vert. (Je sais que la couleur des bacs varie d’une région à l’autre...)

Le sac à poubelle est donc là par habitude.

Comme le sac à l’épicerie, dans la section des légumes et des fruits, le sac à la pharmacie, le sac au dépanneur, le sac au resto quand on prend un plat pour emporter, le sac-marketing en boutique quand on achète un chandail et un jeans.

Le sac, qu’il soit de plastique ou de papier, c’est une habitude.

Une mauvaise habitude comme on en traîne tous, sans savoir d’où ça vient et à quoi ça sert.

En supposant que ça serve à quelque chose.

Tiens, des questions : à quoi ça sert? C’est utile? Nécessaire? Ou bien c’est juste une habitude?

Depuis quelques semaines, quelques mois, les municipalités, villes et MRC décident à tour de rôle de bannir les sacs de plastique, de réfléchir aussi à des stratégies d’élimination des articles à usage unique comme les sacs, pailles et ustensiles de plastique, les contenants de styromousse, les gobelets et les tasses.

Ils le font pour répondre aux demandes et exigences de leurs citoyens. Parce que le citoyen fait valoir son inquiétude, son désir que ça bouge, là, maintenant, pour de bon.

Mais le citoyen, le même ou un autre, réagit aussi souvent aux changements par un « Ouin, mais... »

Ouin mais t’sais les fruits à l’épicerie, le pain, la tasse qui j’ai oublié, les sacs que j’ai oubliés, les sacs que je réutilisais dans la poubelle.

Ben, vite de même, je nous invite à y regarder de près, peut-être que nous n’en avons pas besoin autant qu’on cherche à se le faire croire.

C’est peut-être juste de mauvaises habitudes qu’il nous faut casser.

Pis là, je dois trouver un autre usage à ma chaudière de cornets...

Sacs réutilisables

On s’interroge à raison sur les impacts environnementaux réels des sacs à usage unique et des sacs réutilisables.

En ce moment, quelque 6700 tonnes de sacs jetables sont recyclées annuellement au Québec, tandis que 42 000 tonnes de ces mêmes sacs sont envoyées à l’élimination, la plupart par enfouissement.

On recycle donc environ 14 pour cent des sacs à usage unique.

Le sac en plastique conventionnel en HDPE mince est celui qui a le moins d’impacts environnementaux parmi les sacs jetables étudiés, regroupant le sac en plastique oxodégradable, le sac en bioplastique compostable, le sac en plastique épais et le sac en papier. Le sac en plastique conventionnel a par contre plus d’impact environnemental quand il est abandonné dans l’environnement. 

Plastique conventionnel

Mince et léger, sa production nécessite peu de matière et d’énergie. De plus, il permet d’éviter la production et l’achat de sacs à ordures puisqu’il bénéficie d’un haut taux de réutilisation lorsqu’il est réutilisé à cette fin (soit 77,7 %). 

Le point faible de ce type de sac est lié à son abandon dans l’environnement. Sa dégradation très lente est à la source de la persistance du plastique (polyéthylène) dans l’environnement, à l’égard des territoires sensibles à cette problématique. 

Sacs de source végétale (bioplastique compostable et papier)

Les sacs jetables en matériaux de source végétale (comme le sac en bioplastique compostable de type amidon-polyester et le sac en papier) ont quant à eux l’avantage de limiter les nuisances causées par leur abandon dans l’environnement. *

Oxodégradable

Le sac oxodégradable, quant à lui, n’offrirait pas d’avantage environnemental par rapport à son équivalent non dégradable, son cycle de vie étant quasi identique. Cependant, lorsqu’il est abandonné dans l’environnement, le sac oxodégradable est soumis à une fragmentation accélérée en particules de polyéthylène (PE) invisibles à l’œil nu et longtemps persistantes dans l’environnement. 

Plastique épais

Certains commerces affichent le sac de plastique épais comme réutilisable. Afin que cette option soit plus performante environnementalement que le sac de plastique conventionnel, il faudrait le réutiliser entre 3 et 6 fois pour transporter ses emplettes. 

Sacs réutilisables

Malgré les impacts environnementaux associés à leur production, soit l’extraction de ressources non renouvelables (produits pétroliers et gaz naturel) pour les sacs en plastique tissé ou la culture intensive pour les sacs de coton, les sacs réutilisables sont considérés comme étant le choix le plus environnemental, après la réduction à la source, pour répondre à la problématique des sacs d’emplettes. 

(note de la chroniqueuse : des sacs de tissus fabriqués avec de vieux jeans/manteaux/rideaux/démos de tissus de recouvrement récupérés, ça fait la job pas pire et c’est original)

SOURCE : Analyse du cycle de vie (ACV) environnementale et économique des sacs d’emplettes, commandée par RECYC-QUÉBEC et réalisée par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)