Les poules peuvent vous reconnecter avec un paquet de trucs, et tout d’abord avec la terre qui nous fait vivre.

Le poids réel des poules

CHRONIQUE / Chaque matin, pour me rendre à la grange et faire le (petit) train, je passe près du poulailler.

Habituellement, je m’occupe des poules sur le chemin du retour, histoire de ne pas casser les œufs du jour dans mes poches de manteau, parce que c’est un peu dégueu à nettoyer pis que c’est du gaspille.

(Note à mes ami.es linguistes, cette phrase est intergénérationnelle, le dégueu vient de mes neveux et nièces, le gaspille est de ma grand-mère qui peut-être n’aimait pas les résonances en age, c’est possible.)

Mais bref, depuis quelques mois, on a accueilli deux poules folles qui chaque matin en nous entendant approcher se jettent dans la fenêtre de la porte en gloussant comme si leur vie en dépendait.

Dans les faits, rassurez-vous, elles veulent simplement voir s’il reste de la neige, en picosser quelques flocons en retrouvant leur calme et chialer ensuite contre le printemps qui se fait donc attendre.

Les similitudes entre poules et humains sont assez nombreuses, peut-être l’avez-vous aussi remarqué.

Devant la crise climatique qui nous occupe, on est un peu comme des poules en folie qui essaient de s’en sortir, mais qui, constatant l’ampleur de l’affaire, se picossent quelques gestes écologiques plus facilement accessibles avant de retourner dans le pondoir en attendant que ça passe.

Remarquez, j’écris poules en folie, pas poules pas d’tête.

J’aime penser qu’on est encore intelligents individuellement et collectivement, même si j’ai des soirs de doute qui s’étirent parfois très tard dans la nuit noire.

Des fois, Humains, je nous trouve étrangement et tristement apathiques.

Mais peut-être aussi que ce n’est pas tant de l’apathie que de la désorientation, et là ça nous ramènerait à nos poules pas d’tête qui alors (m’a-t-on raconté, parce que non, j’ai jamais coupé la tête d’une poule) se mettent à courir dans tous les sens jusqu’à l’effondrement.

Éviter l’effondrement.

C’est le but, mais aussi un méchant contrat, on s’entend là-dessus.

S’il est vrai que chaque geste compte, on ne peut pas non plus s’en contenter. Il faut assurément des petits changements, mais les plus importants sont en dedans.

En dedans de nos têtes, de nos habitudes, de nos façons de faire et de penser.

De penser nos rapports aux autres, aux choses, au travail, aux loisirs, à l’engagement, à la gouvernance, à la richesse et à la pauvreté, à la consommation, à nos besoins de base et à tous les autres qu’on s’est créés et qu’on imagine complètement essentiels.

Jusqu’où iront nos remises en question? J’y pense de mon côté, mais j’attendrai vos réponses avec impatience pour nourrir ma réflexion.

Je sais, c’est lourd.

Revenons donc à nos poules.

Vous songez peut-être en adopter quelques-unes, deux ou trois disons, c’est bien suffisant et c’est une tendance importante ces dernières années, plusieurs villes et municipalités ont d’ailleurs révisé leur règlementation afin de permettre leur présence et l’encadrer.

C’est une bonne idée l’encadrement, parce que rappelons-le, c’est du vivant ces petites poules-là. Ça demande des soins quotidiens, de l’eau fraîche, de la bouffe, un milieu de vie agréable, sec, sécuritaire. Et ça vit quelques années. Toute l’année. Même quand ça pond moins, ou que ça ne pond plus. L’hiver aussi, même quand il est long, et froid, et enneigé.

Il faut s’occuper des poules comme de tout, un peu chaque jour, en prenant le temps d’en profiter, de s’asseoir par terre, accoté.e à un arbre ou un poteau de la galerie, pour les laisser se promener tranquillement, faire du ménage dans le potager, puis s’approcher, venir manger dans votre main, picosser vos cordons de bottines, se jouquer sur vos genoux, accepter une caresse dans le cou.

Si t’arrives à faire ça, c’est inévitable, ton rapport à la poule vient de changer, idem pour ton rapport à l’œuf, au poussin, au poulet que tu manges, ou pas, au grain et aux restes de table que tu donnes à manger à tes poules, à ceux et celles qui cultivent ces grains et ces légumes, à la façon dont ils le font, aux moyens, aux règles et au soutien qu’on leur donne, aux gouvernements et aux instances qu’on se choisit pour faire ça, à notre engagement citoyen, à nos choix de vie.

Vous vous rendez compte du poids d’une poule?

Pas étonnant qu’elles virent folles.

Mais nous sommes de tête, autant que nous sommes de cœur.

Avant d’adopter des poules

Assurez-vous de pouvoir/vouloir le faire à long terme. Certaines poules peuvent vivre 7 ou 8 ans, bien que la majorité des espèces disponibles ne dépassent jamais 4 ou 5 ans...

La majorité des poules sur le marché commencent à pondre vers l’âge de 5-6 mois, à raison d’un œuf par jour ou aux deux jours selon la période de l’année. Calculez quelques jours ou semaines d’adaptation à leur arrivée avant qu’elles ne pondent les premiers œufs...

Il existe différents modèles de poulaillers mobiles ou permanents sur le marché ou à construire soi-même selon l’espace dont vous disposez, l’argent que vous souhaitez investir et vos habiletés manuelles. Ça peut coûter presque rien ou... vraiment trop cher!

Vous trouverez différents types de grains là où vous choisirez vos poules, mais n’hésitez pas pour compléter l’alimentation à leur refiler vos restes de table et retailles de légumes, elles adorent.

Un peu comme chez les humains, les poules rousses sont plus sociables et sympathiques.

Je n’entre pas dans les détails de copulation, mais comme des amis urbains le demandent quand ils viennent en visite, non, y aura pas de poussins dans ton œuf si t’as pas de coq autour...