Sonia Bolduc
La Tribune
Sonia Bolduc
Le chevet

Chronique

Le chevet

CHRONIQUE / Je passe la nuit à son chevet.

Ses enfants et petits-enfants qui le pouvaient sont tous venus la saluer, elle les a reconnus, ils ont parlé.

Puis la soirée s’est terminée, la nuit s’annonçait, le temps des adieux est parfois un peu flou, ils sont tous partis pour mieux revenir, son mari à elle avec eux.

Je reste. 

Je monte la garde jusqu’à leur retour et jusqu’à l’arrivée de ceux qui n’ont pas encore pu.

Ma grand-mère est le liant, l’amour et l’humour de cette famille. Sa résilience aussi.

Là, elle est toute petite, parfois un peu perdue, parfois agitée, mais souvent elle dort paisiblement.

Tu as l’impression qu’elle va partir au prochain souffle, alors tu ne détournes jamais le regard, jamais l’oreille, jamais ta main sur la sienne.

Tu ne détournes jamais les souvenirs non plus.

Ce rite du départ et de l’accompagnement, c’est aussi le rappel de tous les rites d’avant, de tous les moments importants de la vie. 

Les siens, même les plus secrets, ceux qu’elle t’a confiés un soir ou un matin où il le fallait. Mais aussi beaucoup les miens et les nôtres.

Cette femme, c’est celle qui a la main posée sur mon front sur cette photo sépia prise le jour de mon baptême. J’essaie de ne pas le prendre personnel, mais personne ne sourit, et elle, elle a les traits tirés, le regard un peu triste, un peu dur.

Mais elle est là.

Elle est là pour m’accueillir dans ce qui sera ma vie, sa main sur mon front, comme elle sera là dans mon quotidien et pour chacun des moments importants jusqu’à cette nuit que je passe à son chevet.

Peut-être après aussi, je ne sais pas, des fois je fais semblant d’y croire, et parfois, pour vrai, j’y crois.

Je suis à son chevet, je pense à cette photo dans le même album où mes parents se marient, je pense à ces parties de cartes après l’école pendant lesquelles elle m’explique que, quand on meurt, on se retrouve sur les nuages pour jouer à la bataille.

Je suis à son chevet, je pense à ce qui me mène impulsivement vers elle chaque fois que je franchis une étape de la vie; après ma première journée d’école secondaire, en route vers le bal qui en signera la fin, pour une balade dans ma première voiture, pour une visite de mon premier appart, de ma première maison, pour déposer mes larmes et mes rires, pour lui dire « elle, c’est mon amoureuse ».

Je suis à son chevet, et je pense à ses retours de l’école à elle, qui n’avaient rien à voir avec les miens, au secondaire où elle n’est jamais allée, au bal qu’elle n’a pas connu, aux mille choses qu’elle commentait sur la route quand on se baladait en auto, à ces dizaines de maisons trop petites où elle a trimballé sa famille et aux partys de famille élargie où ça parlait fort en jouant au 500 et en riant. Je pense à ces enfants qu’elle a eus, à ceux qu’elle a perdus trop jeunes dans le désordre des choses de la vie.

Je suis à son chevet et je revis nos deux vies en même temps, la mienne tellement plus douce que la sienne, la sienne probablement beaucoup plus significative que la mienne.

Je ne sais pas.

Mais je suis à son chevet, je tiens sa main, je pense « on naît, on meurt, et entre les deux on vit du mieux qu’on peut » et je me dis que la vie et tout ce qui vient avec a bien peu de sens s’il n’y a pas elle et ces gens qu’on aime pour en partager des petits et des grands bouts.

Je suis à son chevet, un peu au mien aussi.

Sonia Bolduc
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Sonia Bolduc
L’équilibre

Chroniques

L’équilibre

CHRONIQUE / J’pense beaucoup à vous. 

C’est vendredi matin, le soleil se lève comme s’il était en mission.

Entre deux paragraphes, je vais bouler le pain que j’ai préparé la veille, et je me demande si vous faites encore le vôtre, celui dont vous étiez si fiers il y a quelques semaines à peine, ou si ç’a fait son temps.

Je me demande si le plaisir de faire votre pain, de vous retrouver dans votre bulle, avec vous-même ou avec votre gang, de ralentir le rythme, de revoir vos priorités, de chercher vos produits locaux, à l’épicerie et en ligne, tout ça, si ç’a fait son temps.

Je me demande si vos élans de solidarité et de générosité, vos initiatives d’entraide et de doudou collective, vos ça-va-bien-aller et vos ça-va-aller-correct, tout ça, ç’a fait son temps.

C’est jour de retrouvailles potentielles aujourd’hui avec les gens qu’on aime, ceux qu’on choisit, ou à tout le moins une partie de ces gens, ceux qui étaient restés coincés à l’extérieur de notre bulle, de notre cocon de confinés. Ce jour où on s’autorise une dizaine de personnes dehors, à deux mètres de distance, pour s’amadouer un peu.

Je pense à vous en me demandant comment vous vivez chacune de ces étapes de « retour à la normale »; les petits qui retournent à l’école, les aînés qu’on déconfine un peu, les uns qui reprennent le chemin du boulot, les autres les allées du magasinage, puis chacune de ces petites et grandes « permissions » qui nous sont redonnées une à une ou en lot de deux.

Alors dites-moi, est-ce que vous tracez vous-mêmes ces lignes que vous ne souhaitez pas franchir encore, ou peut-être plus jamais? 

Est-ce que vous suivez les directives à la lettre? Êtes-vous plus prudents que la prudence? Plus délinquants que la délinquance? Plus inconscients que la bonne conscience?

Je me demandais comment vous alliez passer ce week-end, si vous alliez garder le cap, parce que toutes ces incertitudes, ces zones grises, ces inconnus qui mènent la danse du déconfinement et de l’entre deux vagues, ou si vous alliez enfin retrouver ces gens qui vous ont tant manqué depuis deux mois?

Les revoir. Mais pas les serrer dans vos bras, pas leur faire la bise, pas leur raconter une histoire à dormir debout avec de grands gestes à quelques pouces du nez ou leur dire à l’oreille à quel point vous les aimez et qu’ils vous ont manqué.

Je me demandais surtout si vous alliez trouver votre équilibre, là, quelque part, entre la prudence et le respect et la crainte et l’amour et le besoin de l’autre et l’envie de vivre aussi.

Je me demandais si on allait penser un peu à soi, sans oublier les autres, tous ces autres encore au front, dans ces soins qui se donnent et se reçoivent encore, même si on en parle moins et qu’ils nous semblent peut-être plus lointains, moins menaçants.

Je me demandais tout ça, sans même savoir comment j’allais organiser ma soirée et d’éventuelles retrouvailles.

Un peu comme vous sans doute, je cherche un certain équilibre.

Sonia Bolduc
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Entre l’incertitude et le besoin de certitudes

Chronique

Entre l’incertitude et le besoin de certitudes

CHRONIQUE / Je ne sais pas. Peut-être que…

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression de plus en plus que la majorité de mes phrases commencent ainsi. « Je ne sais pas. Peut-être que… »

Ça n’a rien à voir avec la pandémie, c’est là depuis un long moment, des années peut-être même, mais nécessairement, là, gentiment confinée, loin du bruit, on entend et on voit des choses qui s’étaient installées en silence; on n’avait pas prêté l’oreille tant que ça, on était occupé ailleurs.

Partout ou presque, depuis toujours et tout particulièrement maintenant, il y a cette lutte à finir entre l’incertitude et notre besoin de certitudes.

Ici, il y a le doute qui a enfin trouvé sa place. C’est pas un poste à temps plein, qu’on se rassure (ou pas), ça ne touche pas toutes les sphères de la vie, mais ça poppe de plus en plus souvent.

« Qu’est-ce que tu penses de…? »

Je ne sais pas.

« T’es pour ou contre…? »

Je ne sais pas.

T’es pas obligé.e de savoir, tout de suite, tout le temps. 

T’as pas le devoir d’avoir une opinion sur tout, tout le temps, surtout pas là, tout de suite, avant d’avoir toute l’information nécessaire, les données, le contexte, un peu de perspective.

T’as pas à juger de tout, surtout des autres ou de ce que tu ne connais pas, là, pour justifier ce que t’es pis ce que tu penses.

Tu peux ne pas savoir. 

On peut ne pas savoir.

Puis chercher à écouter, à comprendre, à nuancer. À savoir. Puis à douter encore un peu, pour apprendre encore davantage.

L’idée, ce n’est pas de rester dans l’ignorance, mais, peut-être, de ne pas passer de l’ignorance au je-sais-tout-tout-à-fait dans un claquement de doigt ou deux clics.

En début de semaine, l’autrice et prof de philo Véronique Grenier offrait un cours en ligne, Pensée critique en temps de crise, organisé par l’Université populaire de Sherbrooke. Dans les faits, sa proposition tient tout aussi bien dans des temps dits « plus normaux » que sur fond de crise.

J’ouvre une rapide parenthèse ici : oui, je fais partie des organisatrices de l’Upops, mais c’est pas un gros placement de produit, on ne vend rien. Et oui, c’est toujours dispo en ligne sur la page facebook de l’Upops si ça te tente d’écouter ou réécouter ça. Fin de parenthèse.

Avec les couleurs qui sont les siennes, donc, Véronique nous rappelle que nos opinions nous permettent de nous orienter dans le monde et que nos certitudes servent de lieux où on peut se reposer un brin, de là notre réflexe à les renforcer et se ranger confortablement derrière elles.

Pour mieux gérer notre pensée critique, elle nous invite donc à un exercice qu’elle qualifie elle-même d’inconfortable : humilité, prudence, responsabilité épistémique.

Donc, le devoir de la semaine pis de toutes les semaines qui suivront jusqu’à la fin des temps : 

prendre conscience et accepter qu’on ne sait pas tout, même des affaires que d’autres, eux maîtrisent tout à fait, ou à tout le moins pas mal mieux;

valider les trucs que l’on prend pour de grandes vérités quand elles nous passent sous le nez parce qu’elles font saprément notre affaire, et ce en faisant un minimum (et beaucoup plus) de recherches;

être conscient que nos opinions, nos certitudes, nos croyances, dès le moment où elles sont émises, ont un impact chez les autres, en petit ou en grand nombre, et donc se responsabiliser quant à leur véracité.

Je ne sais pas. Peut-être que… 

Peut-être qu’on doit mieux composer avec la part d’incertitude.

Peut-être qu’on peut mieux composer nos certitudes.

Peut-être qu’on peut prendre le temps de comprendre avant de savoir.

Peut-être qu’on devrait s’assurer de vraiment savoir ce qu’on prétend savoir.

Et peut-être que quand on sait, on peut encore se permettre une certaine part de doute.

Je ne sais pas. Peut-être que…

Sonia Bolduc
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Ceci n’est pas une thérapie

Chronique

Ceci n’est pas une thérapie

CHRONIQUE / Y a quelque chose d’un peu fou dans notre collectif, - à moins que ce soit uniquement dans mon collectif à moi, mais ça m’étonnerait, il ne se passe rien de plus exceptionnel ici qu’ailleurs, - quelque chose d’un peu fou, donc, qui me pousse d’emblée à vous dire qu’on ne va pas se faire une thérapie, là, qu’on ne fera pas dans la psycho-pop ou la lévitation minute, qu’on ne va pas non plus se faire une recette du bonheur impossible à rater.

Mais juste parce que j’ai envie de jaser de choses belles qui font du bien, je me sens obligée de le justifier. 

C’est malade. 

C’est peut-être l’air du temps, mais je ne crois pas, peu importe, si tu jases de douleur, de déchirements, de peurs, d’injustices, si tu mets tes tripes sur la table, si tu cris fort, que tu dénonces le poing levé, ça va. Tu peux même avoir une opinion sur tout, jouer les démagogues pis taper sur des têtes jour après jour, y a pas de soucis.

Mais si jamais tu t’avances sur le sentier de l’heureux pis du beau, enlève tes gros sabots pis marche sur le bout des orteils mon ami.e parce que le quétaine pis l’insouciance pis l’odeur de privilège vont te tomber dessus solide.

Fait que non, c’est pas une thérapie, mais je te le dis, y est question d’oiseaux, de ciel(s), de sourires, de fleurs, d’humains, d’enfants aussi.

L’autre matin, café au soleil. Je capote d’être bien de même, y a tellement d’oiseaux qui chantent pis moi qui sais pas tant reconnaître les chants d’oiseaux, je fais juste écouter en souriant presque niaiseusement. 

C’est une affaire simple, mais en même temps, c’est complexe ce paquet d’oiseaux différents avec des chants qui varient selon les besoins, les situations, les messages. J’veux dire t’aurais voulu inventer ça que t’aurais probablement pas poussé autant dans les détails, tu te serais dit « bon là, c’est trop, ils vont être mêlés, j’arrête ». Ben non, ça marche. Pis c’est beau.

Anyway, là je suis partie dans ma tête et à voix haute sur un paquet d’affaires qui me mettent dans un état de, j’sais pas de quoi, j’aurais tendance à dire un état de connexion, ouin de connexion, quelque chose de super groundée, pis selon le moment, de connexion avec ce qu’il y a autour, avec la nature ou les gens, avec la situation aussi simplement.

T’sais quand une foule se met spontanément à chanter dans un show, quand un.e artiste t’offre un moment unique sur scène, quand t’assistes à un concert de grenouilles au printemps, que t’es sur ou près d’un lac le matin, que tu retrouves les étoiles à la même place dans le ciel soir après soir, que les semis se pointent, que le soleil te descend dans le cou au printemps, que tu marches dans le bois.

Toi, sur les réseaux sociaux, c’est aussi tes enfants qui jouent, les passants qui te sourient, les paysages, la générosité et la compassion, la danse, le vent qui pousse les nuages, les fêtes improvisées, le soleil dans ses levers pis ses couchers, la musique, le temps qui s’étire, la bouffe, l’enthousiasme. Ou le seul fait d’être en vie, là, maintenant.

C’est toi qui me l’as dit. Je pensais pas que tu le ferais, j’étais contente que tu le fasses, que t’aies encore envie du beau, envie de le voir, de le sentir, de le dire. Même à travers le laid ou dans le tout simplement imparfait.

Ça, ta capacité à voir le beau, à le créer, à le nommer, à l’assumer, ça fait aussi partie des choses qui me versent dans un état de connexion, tout autant que ta capacité à dire tes peurs, ta fragilité pis ton laid.

J’espère que tu vas continuer de le faire.

Bon, notre heure est terminée, pis la première séance est gratuite. 

Sonia Bolduc
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Une petite boulange de renouance

Chronique

Une petite boulange de renouance

CHRONIQUE / C’est pas vraiment une histoire de pain, mais je vais vous parler de pain un peu pas mal, donc si vous faites partie de ces gens qui n’en peuvent plus des photos et vidéos de pain et de gens qui font leur propre pain sur les réseaux sociaux depuis le début du confinement, je ne sais pas quoi dire, prenez une grande respiration ou fermez les yeux. Ou les deux.

L’autre matin, je fais un pain. 

C’t’une affaire que je fais depuis quelques années, deux fois semaine en temps normal, aux deux jours depuis le début du confinement, parce qu’au royaume du télétravail, les sandwiches aux tomates ou aux œufs sont les alliés du lunch vite fait bien fait.

Anyway.

Ma mère. Légèrement au-delà de cet âge où on te demande de rester à la maison, la santé fragile qui te convainc de pas faire ta smatte avec les directives, elle a la chance d’habiter chez elle encore, avec son chum qui se charge prudemment des courses, cet homme déjà propre de sa personne n’a jamais eu les mains aussi nettes.

Ma mère, donc, s’est mise en tête au début du confinement de faire son pain, elle a essayé trois ou quatre recettes pigées dans ces livres de recettes, puis sur internet.

Rien ne fonctionnait, ou rien ne fonctionnait « à son goût », mais en bout de ligne, ça revenait au même, le pain se retrouvait dans la mangeoire à oiseaux. 

Ç’a un peu teinté nos appels quotidiens.

Ouin, quotidiens. J’appelle ma mère tous les jours. Depuis le début du confinement. On est passé d’un appel de temps en temps, j’sais pas, aux quelques semaines, à des appels quotidiens.

« Comment ça va? »

« J’essaie de faire du pain. »

« Comment ça va? »

« J’ai raté mon pain... »

« Comment ça va? »

« Ça lève pas... »

« Comment ça va? »

« On va en acheter du sacrement de pain!... »

(J’ouvre une parenthèse ici pour préciser, si besoin est, que ma mère n’a pas de patience. Elle me l’a toute donnée... Ahah.)

Bref. Le pain nous avait lié un brin le quotidien de début de confinement, je sentais que c’était pour ajouter une distanciation boulangère à la distanciation asociale si j’en rajoutais.

Mais comment m’en empêcher.

« Meuman, je t’envoie une recette simple par Messenger, c’est celle que je fais pas mal tout le temps. Regarde ça pis quand tu seras prête, on la fera ensemble par vidéo... »

On fait pause sur la vidéo et le pain. 

On revient sur l’appel quotidien. Sur la renouance, un mot qui n’existe pas, mais que je vais utiliser pareil parce que je le trouve beau pis que je trouve qu’il se marie assez bien avec ce qu’on vit en ce moment, c’est-à-dire la renouance de plein d’affaires.

Dont la nécessité des relations signifiantes.

La renouance des relations poussées un peu plus loin qu’un appel à la fête des mères, des pères, des cocos et des lapins, des pères Noël, des visites autres que celles un peu télégraphiées d’un dimanche en passant, le deuxième du mois idéalement.

La renouance des relations et de l’envie réelle de se voir. Pas juste par devoir pis pas juste de se voir. De se parler, d’écouter, de pousser un peu la question pis l’écoute de la réponse au Comment ça va, la détection du ça va peut-être pas tant que ça, le plaisir du ça va pour vrai. 

La renouance qui permet de détecter les craintes et les peurs, de les écouter, de les respecter pis de trouver des façons de les calmer un peu.

La renouance qui permet aussi au parent ou au grand-parent à l’autre bout du fil pour l’instant, au bout de la balançoire ou du banc de parc éventuellement, de nous ramener un peu dans sa vie à lui, de s’intéresser à la nôtre aussi.

La renouance qui permet de se retisser.

Je sais. Y a un paquet de liens qui ne pourront pas se retisser. Il sera trop tard pour certaines renouances.

Mais pour d’autres, il est encore temps.

Meuman?

C’est la troisième fois que j’essaie de la joindre par vidéo, je vois bien qu’elle est en ligne.

« J’sais pas comment ça marche ton affaire de vidéo... »

On y est arrivé. Enfin presque. J’vois surtout son plafond, mais elle, elle a pu voir chaque étape de ma confection de pain.

« Aaah. Ben je vais réessayer un moment donné. »

Un moment donné, ç’a été tout de suite le lendemain matin. C’est elle qui m’a lancé un appel vidéo avec sa tablette, son plafond était magnifique. Son pain aussi.

Notre renouance se poursuit. Ce matin, j’écrivais cette chronique, j’ai eu un doute.

« Meuman. Ça t’énerve que je t’appelle chaque jour? »

« Non, je trouve ça rassurant. Pis c’est l’fun de se parler. »

Sonia Bolduc
La Tribune
Sonia Bolduc
La vie normale

Actualités

La vie normale

Chronique / Je vais écrire un sacrilège : j’aimerais que le confinement se poursuive encore un moment, que l’on ne revienne pas « à la vie normale » trop rapidement.

Voilà, c’est dit. C’est écrit.

T’es ben égoïste!

J’pense pas non...

J’ai cette image qui n’arrête pas de me revenir en tête, ça se passe au musée, n’importe quel musée, tous les musées, les gens défilent d’un pas pressé, des jeunes, des vieux, seuls, en groupe, prennent en photo l’œuvre et son cartel, repartent au pas de course vers la salle suivante, s’arrêtent de temps en temps devant une toile, oh! La Joconde!, selfie pour les amis, et on repart aussi vite.

Cette scène-là, vous pouvez en faire un copier-coller devant les monuments connus, les châteaux à visiter, les tables à la mode, les montagnes et points de vue recensés dans le guide de voyage, les nouvelles du jour et un paquet d’autres affaires, on passe en courant, quelques photos pour prouver qu’on était là, et hop.

T’en as pensé quoi, de La Joconde? Elle t’a ému.e? Et le Véronèse juste en face, il ne t’a pas impressionné.e un peu?

Tout ça pour dire que, parfois, souvent, il faut prendre le temps de prendre le temps, pas juste avoir hâte d’arriver à la sortie, de retourner dans son char ou de passer à la prochaine affaire.

Des fois, faut s’arrêter, s’asseoir sur un banc, fixer son regard sur quelque chose, regarder, voir l’ensemble, le comprendre, ou pas, puis chercher le détail, déterminer son importance dans l’ensemble.

J’aimerais que le confinement se poursuive pour qu’on ne prenne pas juste une photo rapide du tableau, une photo qu’on va partager puis stocker dans le fond de l’appareil, qu’on ne va plus jamais regarder, qu’on va flusher dans pas long pour libérer de l’espace quand le barrista va dessiner une branche de rameau sur notre latté.

J’aimerais qu’on ait le temps, individuellement, de se détacher pour vrai de ce qui nous pesait, même sans qu’on le sache, de se remettre en question dans le comment du pourquoi, pis peut-être d’en ressortir avec du mieux dans nos façons de vivre, de faire, d’avoir, d’être.

J’aimerais aussi, — j’allais écrire surtout, mais disons autant — qu’on le fasse collectivement. Qu’on se plonge dans le tableau qui est devant nous depuis longtemps, mais que la crise met complètement en lumière dans tout ce qu’il y a de beau, bien sûr, mais aussi de beaucoup moins lumineux.

J’aimerais qu’on se questionne la production, la consommation, la surconsommation, la performance, le jugement, la violence, l’ignorance, la haine, l’indifférence.

J’aimerais qu’on prenne le temps de regarder tout ce qu’on a pris l’habitude de tasser dans un coin.

Qu’on regarde franchement et directement dans les yeux ces solitudes, ces inégalités, ces fragilités qui remontent à la surface, qu’on se colle un peu, qu’on prenne le temps de comprendre ce qui s’y passe, de trouver un chemin pour en sortir ceux qui y sont plongés, d’en empêcher d’autres de tomber dedans, qu’on soit en mesure de les rattraper, qu’on ne détourne pas, plus, plus jamais le regard.

J’aimerais que le confinement se poursuive encore un peu, le temps qu’on refasse une place pour chacun. Pour chacun.

Oui mais So, le confinement, c’est dur pour un paquet de monde, que tu me diras.

Je l’sais.

Mais la vie, juste la vie, de base, le quotidien, ce qu’on appelle « la vie normale », c’est dur pour un paquet de monde, la plupart du temps. Pour certains, c’est dur, quasiment invivable, tout le temps.

La vie normale, pour des aînés pis du personnel dans les chsld, pour des kids mal adaptés aux réalités de l’école ou parkés aux centres jeunesse, pour un paquet de travailleurs qui arrivent serrés mois après mois, pour des familles éclatées, pour des gens fragilisés par un historique familial de merde ou des troubles de santé mentale, pour des gens qui vivent avec moins que rien, pour des jeunes terrassés par le spectre de la performance, pour des hommes et des femmes dont les connaissances, les compétences, le travail, le statut, les idées, les accomplissements, la valeur, les paroles et les actes ne sont pas reconnus, au quotidien, depuis toujours, ben la vie normale, c’est rough en maudit.

Fait que oui, je comprends, le retour à la vie normale.

Mais si on y allait plutôt pour un retour à la vie, point, pour tout le monde. Quitte à prendre un peu plus de temps.

Sonia Bolduc
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Sonia Bolduc
Des semis et (plus que) de la bonne volonté

Chronique

Des semis et (plus que) de la bonne volonté

J’étais pas mal convaincue d’avoir coché une variété de tomates italiennes quand j’ai passé ma commande en ligne.

Mais bon, faut croire que non. Y avait des tomates cerises, de la tomate à sandwich, un lot de paquets de semis de légumes et de fines herbes, ben des fleurs aussi.

Mais pas de tomates italiennes.

« Tiens, ce sont les graines de tomates Maria que j’avais récoltées y a deux ans », m’a fièrement lancé ma douce en me tendant un petit pot de verre avec une trentaine de graines à l’aspect douteux.

En confinement, t’évites les longs débats qui peuvent déraper, vous l’aurez compris vous aussi, j’ai mis les graines en terre pour lui faire plaisir et saluer une de ses rares initiatives potagères.

Fait une quinzaine d’années qu’on fait un potager à la maison, les premiers étés sur le mini terrain de la mini maison dans la mini ville, et depuis près d’une décennie, dans la campagne où on s’est retranché avec des poules, des chèvres, des ânes.

Fait donc une quinzaine d’années qu’on s’est mise à rêver à ça, une certaine forme d’autonomie alimentaire. Fait une quinzaine d’années, donc, qu’on avance avec cette idée, de projets en essais, d’essais en erreurs, d’essais aussi en réussites.

Des semis tout en même temps, des semis trop tôt, trop tard, un dernier gel sur tes plants de tomates fraîchement transplantés au potager, des chèvres qui sautent la clôture pour se payer la récolte de betteraves et de laitue, des poules qui picorent les tomates bien mûres, des cerises de terre qui lèvent pas de terre.

Mais aussi des conserves et des soupers concoctés directement dans le jardin, un peu de salade ici, quelques feuilles de basilic, un peu de concombres, des carottes, de la ciboulette, et du feta gracieuseté des biquettes.

« T’sais So, si je devais nourrir ma famille avec mon propre jardin demain, j’aurais aucune idée comment faire, on n’a pas ces connaissances-là. »

Lui, c’est un de mes jeunes collègues, en début de semaine, quand on brainstormait ce sujet de dossier dans un de nos millions d’appels conférences de téléjournalistes confinés chacun chez soi.

Ce n’était pas anodin. Tout est là.

Dans la perte du savoir, oui, mais dans la perte du contact, surtout.

Quand François Legault a déclaré, puis répété au cours de la dernière semaine son intention de redonner au Québec son autonomie alimentaire, son énoncé parlait beaucoup en sous-texte de notre perte de contact avec notre alimentation, avec les produits, les aliments, leur origine, leur production, avec leurs producteurs.

Son énoncé mettait aussi en lumière notre manque de volonté des dernières décennies, une certaine forme d’abandon de nos capacités, alors qu’ils étaient nombreux à appeler à une révision complète de nos façons de faire d’un bout à l’autre de la chaîne alimentaire.

Son énoncé plein de bonnes intentions laissait aussi entrevoir la complexité du projet, pas seulement pour des questions de climat, mais surtout en raison d’un système tellement cadenassé de règlementations et de dérèglementations qu’on ne sait plus avec quelle clé se déchaîner.

Redonner son autonomie alimentaire au Québec, ça exigera bien davantage qu’une tarification avantageuse d’Hydro-Québec pour de la production en serres, même si c’est une très joyeuse et inspirante idée.

Redonner son autonomie alimentaire au Québec, ça exigera une vue d’ensemble, de la créativité, de la bonne volonté et de la volonté politique, du partage et de la collaboration, une capacité à laisser une place nécessaire aux gros producteurs, indispensables, mais aussi aux petits qui se butent constamment à des règlementations, des quotas, des coûts et des façons de faire sans souplesse.

Ça prendra de la place pour tous, pour le citoyen aussi, dans son rôle de consommateur capable d’exiger ses produits québécois sur les tablettes de son supermarché autant que de son marché public, dans sa capacité aussi de payer un prix juste pour un produit d’ici.

Ça prendra de la fierté, de l’audace, du savoir et un contact renouvelé avec ce qu’on produit et ce qu’on mange.

Là, c’est le temps des semis, pour nos petits potagers respectifs, mais aussi pour notre avenir collectif. 

C’est le temps de se semer du savoir, du contact, de l’autonomie, et accessoirement, des tomates Maria, parce que oui, les semis ont germé.

Sonia Bolduc
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Sonia Bolduc
L’Autre

Chronique

L’Autre

CHRONIQUE / Salut! J’espère que tu vas bien, que ton moral tient le coup, que tu manques de rien, que tu fais attention à toi, aux tiens, que t’as trouvé tes façons de créer et d’occuper tes espaces, même s’ils sont tout petits, que tu laisses toujours un peu de place pour le vide aussi, juste au cas où tu te surprendrais à trouver quelque chose de nouveau que tu pourrais découvrir et aimer.

J’espère que tu te casses pas trop la tête pour les apprentissages des enfants. Tu sais, ils peuvent survivre une couple de mois sans comprendre l’accord des participes passés, surtout si les parents en profitent pour lui apprendre à faire des spaghettis, à danser le continental, à confectionner des costumes, à se plonger dans un livre, à écrire une histoire, à bâtir des cabanes à oiseaux ou à faire pousser des carottes pis des aubergines.

J’espère que t’es prudent.e si tu vas travailler sur le terrain, que tu es en mesure de te protéger, toi pis tes proches, que vous faites attention, les patrons, les employés, les clients, les patients pour que toute la volonté reste bonne, que les risques restent bas.

J’espère que t’as un toit, que t’es au chaud, que t’as de quoi bien manger pis que t’es en sécurité. J’espère que si c’est pas le cas, ou pas tout à fait, tu vas faire un signe, même petit, ou que tu vas lâcher un cri, le même cri peut-être que tu lâches depuis une éternité, mais que là, parce que le temps s’est un peu arrêté, on va t’entendre, te regarder, t’aider. T’aider pour de bon, au-delà du confinement.

J’espère que la solitude te pèse pas trop, pis que si t’as besoin de jaser, tu te gênes pas pour appeler les enfants, même si tu sais qu’ils en ont plein les bras avec les kids, que t’as écrit à ta sœur à qui t’as pas parlé depuis des années, que t’as contacté le bénévole qui venait te visiter pis qui là est confiné chez lui, à son tour. 

J’espère que si t’as personne au bout du téléphone, tu vas t’en trouver une en appelant un organisme ou un groupe d’entraide, ou que depuis la fenêtre ou le balcon, tu vas saluer ton voisin que tu connais pas encore, qu’il va te retourner les salutations, t’offrir un coup de main pour tes petites commissions.

J’espère que tu prêtes l’oreille, que t’es à l’affût de l’Autre, de son bien-être, de sa santé, de son confort, de ses besoins, de ses craintes, ses peurs, ses angoisses, ses espoirs, son besoin de rire, de pleurer, d’échanger, de se rouler en boule dans un coin ou de danser complètement déchaîné.e devant la caméra de son ordi.

J’espère que tu le vois, l’Autre, ces temps-ci, pas juste dans son insouciance égocentrique qui se crisse de ce qui peut arriver au monde autour, mais dans tout ce qu’il a de beau et de grand et de généreux et de bon qui tend l’oreille, la main, les bras, l’ingéniosité, le sourire, le câlin à distance, la voix douce, le cri de ralliement, les encouragements nécessaires, le désir d’être et de faire.

J’espère que tu le vois, l’Autre, et la vie autour, comme tu ne les voyais plus, y a quelques semaines à peine, pris.e dans ta course à toi.

J’espère aussi que t’es pas juste dans le désir que la vie reprenne son cours comme avant, que t’auras envie d’autre chose, de moins fou, de moins vite, de moins fragile, de moins superficiel, de plus signifiant, de plus vrai, de plus doux, de plus beau, de plus juste.

Je sais, j’espère beaucoup. Pas juste en début de paragraphes ou en temps de crise.

J’espère tout le temps.

P.S. Si t’as personne à qui jaser, j’suis là, écris-moi.

So

Ces lieux qu'on aime: de la bière, de la bouffe, mais surtout des gens

Ces lieux qu'on aime

Ces lieux qu'on aime: de la bière, de la bouffe, mais surtout des gens

Sonia Bolduc
Sonia Bolduc
La Tribune
CHRONIQUE / Un commerce, un coin de rue ou un parc méconnus, un endroit pour rencontrer ou relaxer : les villes regorgent de lieux qu’on aime, souvent loin des circuits plus traditionnels. Cet été, les chroniqueurs des six journaux de Groupe Capitales Médias vous amènent à la découverte de ces petits trésors, de Québec jusqu’en Outaouais, de la Mauricie à l’Estrie ou au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Rendez-vous chaque jeudi de l’été.

C’est quoi ton lieu préféré?

Sonia Bolduc
La Tribune
Sonia Bolduc
Le pissenlit 
par la racine et les fleurs

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Le pissenlit par la racine et les fleurs

CHRONIQUE / Après-midi tranquille, les genoux et les mains dans la terre, avec ma douce on prépare un petit coin de plus pour des fleurs sauvages au pourtour du potager, mélange de vivaces et de saisonnières qui devraient attirer, nourrir et réjouir les insectes et butineurs.

Entre deux vers de terre qu’on essaie de ne pas trop déranger, une reine bourdon a l’air perdu, elle semble peiner à se déplacer. Je la prends au creux de ma main, la dépose sur un pissenlit tout près. Je vous le dis, j’ai entendu son soupir de soulagement, elle m’a fait un petit clin d’œil complice, est repartie à ses affaires.

Sonia Bolduc
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L’habitude est dans le sac

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L’habitude est dans le sac

CHRONIQUE / Dans un coin de la cuisine, sous un vieux meuble récupéré sur le bord du chemin, traîne une tout aussi vieille chaudière de métal aux couleurs jaune et rouge de O. Gauthier Limitée, fabricant de cornets sucrés.

Je n’y ferais pas tremper mon dentier si j’en avais un, c’est peut-être un peu rouillé dans le fond, mais ça peut quand même servir encore pour un million d’affaires. Comme pour empiler les vieux sacs de plastique au retour de l’épicerie quand t’as oublié tes sacs réutilisables ou que t’en avais pas assez.

La chaudière est désormais vide. Fait pas si longtemps, quelques mois à peine, depuis en fait que notre municipalité a acheté un petit camion à ordures avec un bras automatisé qui peut virer sur un 10 cents dans les fonds de rangs. 

Jusque-là, c’était un gars qui venait ramasser les ordures avec son pick-up, il faisait ça à la main, donc nécessairement, t’essayais de lui faire des petits sacs qui se manient bien, qui tiennent et qui ne s’éventrent pas dans l’élan et la boîte de pick-up.

Bref, le camion acheté, le bac vert est venu rejoindre le bac bleu du recyclage, ils font leur petite virée jusqu’au chemin à tour de rôle aux deux semaines, plus besoin de sacs.

Plus besoin de sacs? Du tout?

Honnêtement, non.

Et plus honnêtement encore, on en met quand même un dans la poubelle de la cuisine. Mais je suis là à vous écrire, et je me demande vraiment pourquoi on en met encore un.

Je ne vois pas.

On ne jette pas de restes de bouffe dans la poubelle. Quand il y a des restes, y a un bouillon de légumes qui se sert, des chiens qui se servent, des poules qui se servent, le compost qui se sert.

Fait que concrètement, pas de bouffe, pas de papier, pas de carton, pas d’aluminium, pas de verre, pas de plastique recyclable, on achète beaucoup en vrac, alors on s’entend qu’il n’y a plus grand-chose qui se retrouve dans la poubelle, et vraiment rien qui mérite de dormir dans un sac plutôt que de passer directement de la poubelle au bac vert. (Je sais que la couleur des bacs varie d’une région à l’autre...)

Le sac à poubelle est donc là par habitude.

Comme le sac à l’épicerie, dans la section des légumes et des fruits, le sac à la pharmacie, le sac au dépanneur, le sac au resto quand on prend un plat pour emporter, le sac-marketing en boutique quand on achète un chandail et un jeans.

Le sac, qu’il soit de plastique ou de papier, c’est une habitude.

Une mauvaise habitude comme on en traîne tous, sans savoir d’où ça vient et à quoi ça sert.

En supposant que ça serve à quelque chose.

Tiens, des questions : à quoi ça sert? C’est utile? Nécessaire? Ou bien c’est juste une habitude?

Depuis quelques semaines, quelques mois, les municipalités, villes et MRC décident à tour de rôle de bannir les sacs de plastique, de réfléchir aussi à des stratégies d’élimination des articles à usage unique comme les sacs, pailles et ustensiles de plastique, les contenants de styromousse, les gobelets et les tasses.

Ils le font pour répondre aux demandes et exigences de leurs citoyens. Parce que le citoyen fait valoir son inquiétude, son désir que ça bouge, là, maintenant, pour de bon.

Mais le citoyen, le même ou un autre, réagit aussi souvent aux changements par un « Ouin, mais... »

Ouin mais t’sais les fruits à l’épicerie, le pain, la tasse qui j’ai oublié, les sacs que j’ai oubliés, les sacs que je réutilisais dans la poubelle.

Ben, vite de même, je nous invite à y regarder de près, peut-être que nous n’en avons pas besoin autant qu’on cherche à se le faire croire.

C’est peut-être juste de mauvaises habitudes qu’il nous faut casser.

Pis là, je dois trouver un autre usage à ma chaudière de cornets...

Sacs réutilisables

On s’interroge à raison sur les impacts environnementaux réels des sacs à usage unique et des sacs réutilisables.

En ce moment, quelque 6700 tonnes de sacs jetables sont recyclées annuellement au Québec, tandis que 42 000 tonnes de ces mêmes sacs sont envoyées à l’élimination, la plupart par enfouissement.

On recycle donc environ 14 pour cent des sacs à usage unique.

Le sac en plastique conventionnel en HDPE mince est celui qui a le moins d’impacts environnementaux parmi les sacs jetables étudiés, regroupant le sac en plastique oxodégradable, le sac en bioplastique compostable, le sac en plastique épais et le sac en papier. Le sac en plastique conventionnel a par contre plus d’impact environnemental quand il est abandonné dans l’environnement. 

Plastique conventionnel

Mince et léger, sa production nécessite peu de matière et d’énergie. De plus, il permet d’éviter la production et l’achat de sacs à ordures puisqu’il bénéficie d’un haut taux de réutilisation lorsqu’il est réutilisé à cette fin (soit 77,7 %). 

Le point faible de ce type de sac est lié à son abandon dans l’environnement. Sa dégradation très lente est à la source de la persistance du plastique (polyéthylène) dans l’environnement, à l’égard des territoires sensibles à cette problématique. 

Sacs de source végétale (bioplastique compostable et papier)

Les sacs jetables en matériaux de source végétale (comme le sac en bioplastique compostable de type amidon-polyester et le sac en papier) ont quant à eux l’avantage de limiter les nuisances causées par leur abandon dans l’environnement. *

Oxodégradable

Le sac oxodégradable, quant à lui, n’offrirait pas d’avantage environnemental par rapport à son équivalent non dégradable, son cycle de vie étant quasi identique. Cependant, lorsqu’il est abandonné dans l’environnement, le sac oxodégradable est soumis à une fragmentation accélérée en particules de polyéthylène (PE) invisibles à l’œil nu et longtemps persistantes dans l’environnement. 

Plastique épais

Certains commerces affichent le sac de plastique épais comme réutilisable. Afin que cette option soit plus performante environnementalement que le sac de plastique conventionnel, il faudrait le réutiliser entre 3 et 6 fois pour transporter ses emplettes. 

Sacs réutilisables

Malgré les impacts environnementaux associés à leur production, soit l’extraction de ressources non renouvelables (produits pétroliers et gaz naturel) pour les sacs en plastique tissé ou la culture intensive pour les sacs de coton, les sacs réutilisables sont considérés comme étant le choix le plus environnemental, après la réduction à la source, pour répondre à la problématique des sacs d’emplettes. 

(note de la chroniqueuse : des sacs de tissus fabriqués avec de vieux jeans/manteaux/rideaux/démos de tissus de recouvrement récupérés, ça fait la job pas pire et c’est original)

SOURCE : Analyse du cycle de vie (ACV) environnementale et économique des sacs d’emplettes, commandée par RECYC-QUÉBEC et réalisée par le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)

Sonia Bolduc
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Rafale d’adaptation

Éco-logique

Rafale d’adaptation

CHRONIQUE / Vous connaissez Rafale, l’ami des petits et des grands?

Non? J’avoue, je ne l’avais jamais remarqué non plus jusqu’à la semaine dernière, et pourtant, Rafale est bien visible dans un coin de la page d’accueil du site du ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques du gouvernement du Québec.

Sonia Bolduc
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Des gants, des pinces et de l’action citoyenne

Éco-logique

Des gants, des pinces et de l’action citoyenne

CHRONIQUE / Je ne sais pas si vous avez déjà fait ça vous aussi, mais quand j’étais floune, avec des amis, on « faisait les fossés » pour ramasser les bouteilles de bière et de liqueur vides et aller les revendre au dépanneur. Si t’étais dans un bon spot pis que t’avais des bonnes bottes, tu pouvais quasiment te payer un bicycle neuf à la fin de la journée, un BMX dans tes rêves les plus fous.

J’exagère à peine, et de toute façon, vous me direz que c’est une histoire du bon vieux temps, parce que de nos jours, on ne trouve à peu près plus rien dans les fossés.

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Ami, lève ton verre!

Éco-logique

Ami, lève ton verre!

CHRONIQUE / Pas la meilleure semaine pour parler d’eau, me direz-vous, alors qu’un paquet de nos concitoyens en ont jusqu’au pompon, victimes une fois encore ou en grande première de ces crues printanières qui vont souvent mourir dans les inondations estivales ou automnales causées par des pluies torrentielles.

Je sais, mais en même temps.

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Se réparer les patentes et la bienveillance

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Se réparer les patentes et la bienveillance

CHRONIQUE / Ma mère, ma grand-mère et mes tantes, jouquées comme des poules de l’année, une guenille dans chaque main, des chansons sur le bout de la langue et de grands fous rires malgré la tâche. Y a des torchons qui se rincent dans la chaudière, des tapis et des rideaux qui se font battre à l’air frais, la moppe qui se fait aller, les vitres des fenêtres qui couinent sous les essuie-tout et le Windex.

Vous dites ménage du printemps, c’est la première image qui me vient en tête, une image sexiste et sépia des années 70/80, mais avec du son et de la récurrence.

Sonia Bolduc
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Jour(s) de la Terre

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Jour(s) de la Terre

CHRONIQUE / C’est pas d’hier, ce Jour de la Terre.

Presque un demi-siècle chez nos voisins du sud où le mouvement a pris forme en 1970, une trentaine d’années tout autour de la planète, chaque année le mouvement gagne encore son lot d’adeptes; nouveaux pays, nouveaux humains aussi, c’est sûr que David St-Jacques va pogner quelque chose lundi en regardant ça aller des hauteurs de sa station spatiale.

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Le poids réel des poules

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Le poids réel des poules

CHRONIQUE / Chaque matin, pour me rendre à la grange et faire le (petit) train, je passe près du poulailler.

Habituellement, je m’occupe des poules sur le chemin du retour, histoire de ne pas casser les œufs du jour dans mes poches de manteau, parce que c’est un peu dégueu à nettoyer pis que c’est du gaspille.

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Consigne et crème glacée

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Consigne et crème glacée

CHRONIQUE / J’aurais tendance à pencher pour le sundae au caramel, le smoothie sans banane ou plus probablement encore le yaourt glacé aux petits fruits. Mais peut-être préférez-vous le banana split, l’avalanche ou un autre de ces desserts où le soleil, la canicule et la crème glacée collante sur le menton frayent ensemble sur une terrasse bondée, au bord de l’eau ou d’un boulevard asphalté et très passant.

Peu importe, de façon assez générale, on essaie de prendre suffisamment son temps pour bien savourer, mais tout en se pressant quand même un peu, histoire que ça ne coule pas en fondant jusque sous les aisselles, ce qui nous priverait d’une certaine liberté d’action.

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Obsolescence royale

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Obsolescence royale

CHRONIQUE / C’est une Royal noire, le modèle portatif qui pourrait dater de 1930 environ, on va être très honnête, je n’ai jamais cherché à le savoir.

Un jour, dans une vente de garage, elle traînait sous une table dans une valise tout aussi noire, probablement, peut-on l’imaginer avec un certain romantisme, entre une pile de vinyles et une horloge coucou avec le coucou encore dedans.

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La ronde du roundup

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La ronde du roundup

CHRONIQUE / C’est l’avantage des culs-de-sac dans le fin fond de la campagne, mettons que tu te dis « Ah, j’vais aller prendre une petite marche avec les ânes et les chèvres... », ben tu fais juste enfiler tes bottes à tuyau, tu passes le licou aux ânes pis tu descends dans le rang.

Les chèvres suivent en gang et en sautillant, faut juste que tu sois assez stratégique pour passer loin du jardin, pis des fleurs, pis de la talle de bleuets, pis de tout finalement.

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La marche, un exercice citoyen?

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La marche, un exercice citoyen?

CHRONIQUE / La marche, c’est bon pour un paquet de trucs, vous saviez ça?

Y a déjà tous les bienfaits physiques; ça aide à diminuer le risque de maladies du cœur et d’accident vasculaire cérébral, le taux de cholestérol, la tension artérielle.

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Ras la tasse jetable

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Ras la tasse jetable

CHRONIQUE / Vous sentez ça? C’est l’odeur du café. Le premier café matinal.

Il est assez tôt, le soleil se lève à peine, c’est à ce moment que je préfère vous écrire, peut-être parce que c’est tranquille, peut-être une trame sonore d’Alexandra Streliski en sourdine quelque part certains matins, mais sinon c’est silence et j’ai l’impression qu’on se comprend mieux.

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Pour cesser de se bidonner!

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Pour cesser de se bidonner!

CHRONIQUE / J’ai jamais trop compris pourquoi le réservoir de lave-glace de ma voiture était juste un peu plus petit que le bidon qui devait servir à le remplir.

Vraiment. Peu importe la voiture, le modèle de la voiture, le temps et le nombre de sacrements qui se sont écoulés entre la dernière goutte ayant filtré jusqu’au pare-brise et ce moment où tu réussis à te garer pour remplir le réservoir, il va toujours te rester l’équivalent d’un demi-bol de soupe ou de trois shooters dans le fond du bidon.

Sonia Bolduc
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Pour le meilleur et pour le pire et pour les semis

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Pour le meilleur et pour le pire et pour les semis

CHRONIQUE / Je ne sais pas si vous avez réussi à vous faire fondre un petit carré de neige pour vous coller la face sur votre futur jardin un long moment, mais si je me fie à vos courriels de la dernière semaine, il n’y avait pas que Tire le coyote et moi qui rêvions de désherbage. Vous aussi.

On prend donc le temps d’y revenir un peu, sans prétention horticultrice aucune, juste parce que les préparatifs, c’est un gage de réussite, les cours de préparation au mariage en font foi. Ou pas. Exemple exemplaire d’exemple boiteux, je l’admets.

Sonia Bolduc
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Toc de potager

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Toc de potager

CHRONIQUE / Je me suis longtemps targuée d’être pas pire saine d’esprit. Puis à un certain moment, c’est arrivé quelque part vers la fin de la trentaine, j’ai développé ce toc, rien de super envahissant, mais quand même, c’est vite devenu de l’ordre de l’incontrôlable, un peu comme quand un collègue commence une toune pis que dans ta tête t’es obligé de finir le couplet, même si tu sais pas les paroles.

Longue intro pour dire que janvier, février, pendant qu’on regarde la neige tomber pis les citadins glisser sur les trottoirs, moi je commence mes plans de jardin. Je dis jardin, en vérité c’est un potager, parce qu’il y a bien quelques fleurs, mais c’est surtout des légumes, des tomates, de l’ail, des oignons, des betteraves, des pois, des haricots, des poivrons pis bien d’autres trucs encore.

Sonia Bolduc
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Levons notre verre à la détermination

Éco-logique

Levons notre verre à la détermination

CHRONIQUE / « Aaah. J’ai oublié ma boîte de bouteilles vides sur le bord de la porte à la maison, vous en avez de la chance, hein? »

Les trois conseillères de la SAQ m’ont souri. Elles me voient assez souvent pour savoir que je ne niaise pas quand je parle de boîte(s). En fait, elles doivent craindre que je débarque un bon matin avec les corps morts de tout ce que j’ai acheté au fil du temps, un long et lourd camion-remorque, un peu comme la gang de Verre-Vert.

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T’as-tu ton tofu?

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T’as-tu ton tofu?

CHRONIQUE / Pis? Vous avez profité de mon absence pour vous faire une liste longue comme le bras d’initiatives écologiques à mettre en place d’ici 2020?

Cool. Hâte d’entendre ça.

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Lutte à finir avec un lave-vaisselle... et autres bébelles

Éco-Logique

Lutte à finir avec un lave-vaisselle... et autres bébelles

C’était lui ou moi.

Dans le coin droit, masqué de mystère et de quelques années de loyaux services, un lave-vaisselle qui ne voulait plus laver de vaisselle. Dans le coin gauche, une fille qui n’avait pas envie d’aller magasiner des électroménagers ou de reprendre du service devant l’évier.

Une lutte à finir, carrément, alimentée non seulement par un entêtement génétique, mais également par une publication de ma blonde sur les réseaux sociaux où on me voyait agenouillée à côté du lave-vaisselle, une pince à la main, prête à me salir les mains, certes, mais pas à entacher ma réputation.

Parce que je suis née avec un marteau et un coffre d’outils dans les mains, moi, madame. 

Bon, peut-être pas née, mais y a dans l’album familial une vieille photo sépia de moi en salopette carreautée, j’ai une boîte à lunch dans une main, un petit coffre à outils dans l’autre, je m’en vais sur un chantier avec mon père du haut de mes 4 ans. Je me souviens d’avoir planté des clous dans le plancher d’une maison qui n’avait pas encore de murs. (Je suis déjà repassée devant, ça tient encore debout des décennies plus tard!)

Peu importe, sortons du chantier, ce que je voulais dire, c’est que ça va de soi que chez nous, depuis la nuit des temps et que je suis partie dans mon premier appartement, y a forcément un marteau, deux ou trois pinces (dont des long-nose), une variété de tournevis pis un plat de margarine avec un paquet de clous, de vis pis de gogosses qui peuvent toujours servir pour installer une étagère, improviser un meuble, réparer une chaise, une porte ou un lave-vaisselle.

En fait, c’est vrai pis c’est pas vrai. Le lave-vaisselle, j’avais jamais touché à ça, et même si j’ai appris quelques vagues notions sur les circuits électriques dans un cours d’exploration technique en secondaire 3, me sentais pas très à l’aise devant la grosse machine.

Mais ses lumières clignotaient comme dans un show rock des années 80, le cycle se lançait quelques secondes puis s’arrêtait invariablement en laissant un pouce d’eau dans le fond de la bête. Elle me défiait.

« On va en acheter un autre », m’a lancé ma douce moitié avant d’amorcer le magasinage en ligne.

« Over my dead body beubé! »

Je sais. Obsolescence programmée, que vous allez me dire.

Vrai que depuis des années les choses ne sont plus fabriquées pour durer.

Mais on n’est plus programmés pour les réparer non plus. Souvent, on n’est même plus programmés pour attendre qu’elles rendent l’âme avant de les remplacer.

« Hey chéri.e, on refait la cuisine?! On en profite pour changer les carreaux, les électros, le gazebo, l’auto, les marmots? »

Du neuf, c’est toujours tentant, ça calme nos désirs de changements sans trop d’engagements, si ce n’est sur la marge de crédit, le tas de cochonneries et les ressources.

Et si on se modérait sur la marge et le tas, histoire de se préserver les ressources? La base de tout, toujours, cette réduction à la source.

Je sais, il y a de ces trucs sur lesquels on a l’impression de n’avoir aucun contrôle. Le jour où ma tablette est morte, j’ai su que je n’allais pas la ressusciter, j’en ai fait mon deuil. Mais je ne l’ai pas remplacée... et je ne m’en porte pas plus mal.

Depuis, j’ai décidé que chaque bris allait être traité à la pièce. Ça se répare? On répare. C’est terminé? Est-ce que ça doit absolument être remplacé? Par du neuf? De l’usager? De la location ou de l’emprunt de temps en temps?

Des fois, c’est surprenant, quand on évalue réellement nos besoins, on réalise qu’ils sont finalement peu nombreux.

C’est le cas du lave-vaisselle, qui ne sera pas remplacé lorsqu’il rendra l’âme, mais ça il ne le sait pas encore. Ma blonde non plus d’ailleurs, on tient ça mort.

Là, grâce à ma patience légendaire (des jours d’entêtement en vérité), une clé Allen, des pinces et un technicien ben d’adon au téléphone, j’ai trouvé le bobo et remplacé la boîte de contrôle pour le tiers du prix d’un neuf. 

Première ronde, Bolduc, qui va se reposer de tout ça. On se rejase en février. 

+

En moyenne, chaque Canadien produit environ 400 kilos de déchets par année, c’est l’équivalent d’à peu près 10 lave-vaisselle.

***

Pas né. e. s avec un marteau entre les dents?

En Estrie, l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) a récemment fait paraître un bottin rassemblant toutes les ressources pour la réparation d’objets divers, incluant les entreprises privées, les groupes d’entraide, les coopératives d’échanges, de prêts d’outils, les tutoriels et sites internet, les ressources offrant de la formation et les options disponibles pour disposer des objets qui ne se réparent plus. Ailleurs au Québec, vérifiez auprès de l’ACEF de votre région, des centres de loisirs ou de formation.

***

Il existe dans toutes les régions du Québec des Accorderies dont la mission est de contrer la pauvreté et l’exclusion sociale en mettant à la disposition des gens des services individuels et des activités d’échanges. Vous pouvez y dénicher du savoir-faire et y proposer le vôtre.

***

Il existe aussi différentes ressources d’échanges et de prêts d’outils dans chaque communauté, juste pour éviter de surconsommer dans la scie sauteuse à outrance.

Sonia Bolduc
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Petit pacte de bonne année groundée!

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Petit pacte de bonne année groundée!

Les grandes résolutions du Nouvel An sont sur le bord de débarquer sur votre perron et, tout comme moi, vous commencez à être à court d’inspiration?

On s’entend que tu ne peux pas souhaiter être plus extraordinaire encore chaque année. À un moment donné, une fois atteinte la perfection, on tourne en rond, et c’est d’un ennui, j’vous dis pas.

Ben non.

Malgré toutes ces rumeurs que j’alimente moi-même, je ne suis pas (toujours) parfaite.

Bon, une fois passé le choc, avouez que ça enlève de la pression de se dire qu’on a encore une petite marge de manœuvre du côté du mieux pis du meilleur pis du moins pire et que ça vaut pour tout le monde.

Suffit parfois simplement de laisser du temps pis un petit paquet de bienveillance traîner pas loin.

Alors envie de vous empiler quelques résolutions potentielles dans un coin?

D’accord.

Avant de partir, je fais un détour du côté du Pacte, que plus de 250 000 Québécois ont signé, mais que quelques-uns ont décrié parce que « Oh! Scandale! Certains des signataires ont une empreinte écologique énooooorme».

Au nombre des 500 premiers signataires, l’auteur Fabien Cloutier qui dans le très uppercutant numéro d’un récent spectacle collectif envoyait un coup de semonce bien visé aux écolos de la première heure, aux bien-pensants et aux chialeux chroniques qui s’étaient offusqués de voir des artistes et gens bien nantis s’afficher parmi les initiateurs du Pacte.

Je le paraphrase un peu, et je coupe tous les bouts drôles pour éliminer la compétition, mais pour l’essentiel : « Cr... réjouis-toi! Ç’a pris du temps, mais ç’a fini par se rendre dans leur tête. Y a maintenant plus de monde qui comprend les enjeux, y a plus de monde prêt à faire ce qu’il y a à faire pour l’environnement. C’est une bonne nouvelle. »

Ouaip.

Parce que c’est un enjeu collectif, l’environnement. 

Pis que la collectivité, c’est la somme des individus, de leurs gouvernements et des institutions.

Tu peux rester dans un coin en gueulant que c’est l’affaire des gouvernements et que les petits gestes n’ont pas d’impact.

Tu peux aussi aller t’installer dans l’autre coin pis gueuler plus fort encore que les individus ne pourront jamais faire bouger les gouvernements et que c’est sans issue.

Mais entre les deux, y a plein de nuances, d’options et de possibilités. 

Signer le Pacte, le mettre en œuvre, en fait partie. 

Parce que signer le Pacte, c’est envoyer aux gouvernements et aux institutions un message clair et collectif de nos préoccupations environnementales et de notre détermination à les avoir à l’œil... tout en s’engageant à agir individuellement et en gang.

Ça se peut qu’on parte de loin, individuellement et collectivement. C’est pas grave.

Je répète : c’est. pas. grave.

It’s not grave.

L’important, c’est de commencer quelque part, et surtout entre les oreilles. 

En fait, c’est fou tout ce qui part de ce lieu un peu obscur entre nos oreilles. C’est là qu’il faut se les semer, nos résolutions.

Tiens, faisons ça. Semons-nous des petites graines de réflexion et de réflexes entre les oreilles pour que nos gestes s’enracinent solidement et poussent bien fort dans le soleil.

Résolution.s en trois temps, comme une valse.

1. Reprendre contact avec ce qu’on mange 

Ça se décline de plein de façons, je vous pitche ça en vrac, vous pigez un lot ou un petit bout, c’est à votre guise : profiter des prochaines portes ouvertes de l’UPA pour visiter quelques fermes, demander à son boucher l’origine de sa viande, acheter ses produits au marché public en prenant le temps de parler avec les maraîchers ou producteurs, s’abonner à un panier bio-local, cultiver quelques légumes sur son balcon ou lancer son premier potager, privilégier le produit local, faire un sit-in larmoyant dans l’aller du supermarché quand il n’y en a pas, réduire sa consommation de viande, éviter les produits (trop) emballés, acheter en vrac, cuisiner un repas de plus par semaine, oser son bouillon de légumes ou de poulet, son pain, ses céréales, ses muffins, cuisiner végé et arrêter de manger de son prochain.

2. Assumer pleinement son pouvoir d’achat

Ce qui veut aussi dire — aucun spécialiste de marketing n’insistera beaucoup là-dessus — son pouvoir de ne pas acheter.

Oui, il y a un paquet d’activités possibles un jour de pluie hors des murs du centre d’achat, on se fie sur vous pour trouver ce qui vous parle, mais on sait qu’il vous reste de l’imagination.

Ça veut aussi dire acheter d’occasion, louer, emprunter, acheter en collectivité, fabriquer, créer, réparer, s’en passer.

Moins d’achats, moins de dépenses, moins besoin d’argent, moins besoin de travailler, plus de temps, pour soi et pour ses proches.

3. Se mouvoir la mouvance

Laisser la voiture se reposer un peu quand on peut, y faire grimper quelques passagers quand il faut la sortir, maximiser les déplacements, se contenter d’une seule (ou de pas du tout) voiture si possible, marcher plus souvent, privilégier le transport en commun là où il est disponible, compenser ses déplacements aériens, troquer son boat à moteur pour une chaloupe, son yacht pour un kayak, et son cheval pour un âne.

Commençons simplement par ça, des petits bouts de ça, des discussions et des mises en œuvre de ça, dans le plaisir, sans le stress de performance et de perfection, un genre de pacte entre nous, en marge de ce Pacte que vous pouvez encore et toujours aller signer en ligne à lepacte.ca.

Et au cours des prochaines semaines, on se décline ça tout doucement, sans chercher à être parfait.e.s.

Quoique...

Bonne année groundée!

Sonia Bolduc
La Tribune
Sonia Bolduc
De quoi s’emballer

Éco-Logique

De quoi s’emballer

CHRONIQUE / Vous l’avez sûrement vu, c’est un classique du début des années 90, (bon, j’y vais un peu fort avec le « classique », j’avoue) mais si ce n’est pas le cas, je vous invite à visionner Le secret est dans la sauce, version française de Fried Green Tomatoes.

Je ne rentre pas dans les détails, mais il y a dans ce film une scène où le personnage d’Evelyn Couch, interprété par Kathy Bates, se confectionne pour rallumer la flamme de son couple une robe de pellicule plastique, aussi appelée film étirable, mais qu’on nomme tous par la marque d’une compagnie bien prospère.

Bref, imaginez que votre bien-aimé.e vous ouvre la porte joliment vêtu.e d’une robe chic et sexy en pellicule plastique alimentaire.

Chaque fois que j’en utilisais (pas pour m’habiller, juste pour mettre des restes de table au frigo) je pensais inévitablement à cette scène, à Kathy Bates, puis à Kathy Bates dans Misery, à Kathy Bates en train de péter les chevilles de James Caan à grands coups de masse.

Re-bref, je faisais un lien direct entre la pellicule plastique et des chevilles pétées à coups de masse.

C’est fou le subconscient des fois, hein?

Mais t’sais, soyons ésotériques deux minutes, les images du continent de plastique et de l’ampleur de la pollution des océans par les matières plastiques, ça fait pas mal l’effet de coups de masse dans les chevilles, non?

C’est comme ça donc qu’à un certain moment, dans ma petite maison dans la prairie, on est arrivé au bout du rouleau de pellicule alimentaire et qu’on n’en a juste pas racheté.

On n’en a plus racheté, mais pendant quelques semaines, réflexe et conditionnement, aussitôt que j’avais un petit reste de table à caser ou que je m’enlignais pour le premier pointage de mon pain, j’étirais la main vers le tiroir à tite-pellicule.

Pas de tite-pellicule. Petit grattage de tête et de méninges.

Fallait trouver des alternatives, et vite.

Facile de remplacer pour le pointage du pain la pellicule par un linge à vaisselle humide. Pas trop compliqué non plus de mettre une assiette en équilibre sur un bol quand on range de la soupe au frigo.

Et une certaine réserve de plats avec couvercles assortis, ça permet de gérer pas mal d’affaires quand on revient de l’épicerie (ou quand on y va, si vous êtes déjà dans une démarche zéro déchet) ou que la visite sacre son camp sans avoir vidé les plats.

Oui, mais il finit toujours par en manquer, des plats, me direz-vous, sans compter que c’est assez coûteux et que les couvercles, quand ils ne fendillent pas de partout, ben c’est comme les bas, ça disparaît.

Alors?

Alors de un, on a sous la main une panoplie de pots Mason qui servent bien sûr pour les conserves d’automne, mais aussi pour les achats en vrac (on en reparlera) et pour la mise au frigo ou au garde-manger de ce qu’il y a en trop.

Pas de Mason à la maison? Pas grave. Ce que vous avez sous la main, ça fait la job. Le pot de moutarde ou de confiture ou de pickles est terminé? C’est bien de le mettre au recyclage, mais vous pouvez aussi le mettre à l’ouvrage. 

Ça peut assurément garder au frais et au sec vos noix, vos dattes, vos flocons d’avoine et vos rêves les plus fous, mais ça peut aussi très bien vous permettre de trimballer votre potage, votre chili et votre bonne humeur légendaire au bureau.

Quoi d’autre? L’emballage réutilisable à base de coton bio et de cire d’abeille, vous en avez entendu parler tout plein, c’est certain, on en trouve de plus en plus en magasin et vous pouvez aussi assez facilement vous en fabriquer à la maison. Ça prend, vous vous en doutez, du coton, de la cire d’abeille, un four et un peu d’amour.

Mais bon, avant de vous lancer dans la fabrication, ça vaut la peine de l’essayer, ça vient en différentes dimensions, c’est assez malléable, ça s’entretient au savon doux, loin des grosses chaleurs de l’eau et du micro-ondes.

Et c’est réutilisable pendant des mois pour emballer vos fruits et légumes, vos sandwichs, vos muffins, vos restes de dinde de Noël, de tofu géant et vos enfants si vous ne trouvez plus leur tuque et leurs mitaines.

Sur ce, joyeux chrismas, bonnes bouffes, belle répartition des restes et, si vous croisez Kathy Bates, prudence.