Sexe et religion à l'école

CHRONIQUE / Sexe et religion sont deux sujets qui n’ont apparemment pas grand-chose en commun. N’empêche, on peut cependant dire que ce sont tous deux des sujets relativement tabous dans notre société. Et ceci expliquant probablement cela, ce sont d’ailleurs des sujets qui ont généralement pour effet de soulever les passions. Mieux vaut donc ne pas en parler à table, comme on dit. Et mieux vaut aussi ne pas trop en parler dans nos écoles, apparemment. C’est du moins ce qu’en pensent certains parents.

C’est la dernière controverse en date. Dès l’automne prochain, le gouvernement du Québec compte instaurer un nouveau cours d’éducation à la sexualité, mais des parents s’y objectent et comptent demander une exemption pour leurs enfants. Pourquoi ? Que craignent ces parents, au juste ?

Nous y reviendrons bientôt, mais notons d’abord que cette polémique n’est pas sans rappeler celle entourant l’implantation du programme Éthique et culture religieuse (ECR), il y a maintenant 10 ans de cela. Rappelons qu’à l’époque, des parents avaient même eu recours aux tribunaux pour tenter de soustraire leurs enfants à l’obligation d’assister à ce cours. Leurs principaux motifs étaient de nature religieuse, mais la Cour suprême avait tout de même rejeté leur demande, jugeant qu’un enseignement non confessionnel des religions ne portait pas atteinte à la liberté de religion. Depuis, la contestation judiciaire a laissé place à la critique sociale et nombreux sont ceux qui remettent en question la pertinence et la légitimité du cours ECR. Principalement, on lui reproche son relativisme et son parti pris pour le multiculturalisme. Selon ses détracteurs, ECR impliquerait donc un risque d’endoctrinement.

Difficile de dire si ce sont ces mêmes groupes de parents qui souhaiteraient aujourd’hui exempter leurs enfants du cours d’éducation sexuelle, mais à première vue les arguments sont assez similaires. En gros, ces derniers craignent que l’école ne vienne transmettre à leurs enfants des connaissances qui seraient contraires à leurs valeurs ou à leur conception du « bon goût ».

Pour mieux comprendre de quoi il retourne, regardons ensemble quelles sont les finalités de ce cours. Voici ce qu’on peut lire sur le site du ministère de l’Éducation :

« L’éducation à la sexualité est une forme d’éducation qui tient compte de plusieurs dimensions et couvre des sujets variés : connaissance du corps, image corporelle, stéréotypes sexuels, sentiments amoureux. Elle permet notamment aux élèves de mieux se comprendre, d’établir des relations affectives respectueuses d’eux-mêmes et des autres, ainsi que développer leur esprit critique, leur bon jugement et leur sens des responsabilités. »

Je ne sais pas vous, mais pour ma part je ne vois rien à redire. Certes, la sexualité est un sujet difficile et délicat, mais ce n’est pas une raison pour ne pas en parler à l’école. Je dirais même que c’est au contraire une excellente raison pour en parler, d’autant plus que de nombreux parents se trouvent bien mal outillés (ou tout simplement mal à l’aise) pour le faire.

Cela dit, au-delà des principes, il n’en demeure pas moins légitime de se questionner sur la mise en application de ce cours. Et à ce propos, les syndicats de l’enseignement et les directions d’école ont déjà déploré le manque de directives claires de la part du ministère. De leur propre aveu, les profs ne sont par ailleurs pas prêts à assumer cette nouvelle responsabilité. En outre, on peut craindre des lacunes dans la formation de celles et ceux qui seront appelés à donner ce cours, comme ce fut aussi le cas avec ECR. Pire encore, on sait que ce sont parfois des profs n’ayant aucune formation spécifique sur le sujet qui se retrouvent à enseigner ECR. Pourrait-il se produire la même chose avec l’éducation à la sexualité ? Espérons que non.

Quoi qu’il en soit, je suis d’avis que l’école québécoise a plus que jamais besoin d’un cours d’éducation sexuelle. Dernièrement, l’actualité nous l’a d’ailleurs rappelé brutalement alors que nous apprenions que les cas de violences sexuelles sont en hausse dans les écoles primaires ( ! ! !) et secondaires. De toute évidence, les jeunes ont donc encore bien des choses à apprendre sur la sexualité, à commencer par la notion de consentement. Et avec la pornographie qui est très accessible et souvent banalisée, nous n’avons pas le droit de les laisser à eux-mêmes.