Une véritable universalité

CHRONIQUE / La semaine dernière, la Coalition avenir Québec (CAQ) y est allée d’une sortie pour le moins étonnante. La formation de François Legault, en effet, a annoncé qu’elle entendait revoir le coût des garderies pour revenir à un tarif unique de 8,05 $ par jour. La principale raison invoquée ? Corriger la « grave injustice » qu’aurait causée le Parti libéral du Québec en introduisant une tarification modulée en fonction des revenus des familles. De son côté, Geneviève Bélisle, directrice générale de l’Association québécoise des Centres de la petite enfance (CPE), a accueilli favorablement cette proposition de la CAQ, prétextant que « tout ce qui nous amène vers la tarification unique nous semble plus cohérent avec le souhait de départ d’offrir un programme universel ».

Personnellement, je n’ai jamais compris le lien que certains établissent entre tarif unique et universalité. Cela m’apparaît d’autant plus incompréhensible que ces mêmes personnes ne semblent généralement pas s’offusquer du fait que nous ayons des paliers d’imposition progressifs. Or, s’il est juste d’imposer les particuliers proportionnellement à leur revenu, pourquoi n’en serait-il pas de même lorsqu’il est question de la tarification des services publics ? C’est pourtant grâce à la modulation des tarifs qu’il devient possible d’offrir aux familles à faible revenu un tarif préférentiel, c’est-à-dire plus bas que le tarif unique de 8,05 $ proposé par la CAQ. Ce faisant, contrairement à la croyance populaire, la tarification modulée peut tout à fait contribuer à favoriser l’accessibilité ainsi que l’atteinte des objectifs d’égalité des chances entre les enfants et d’universalité qui animent le programme des CPE depuis son élaboration.

Dans le même ordre d’idée, je n’ai jamais compris non plus comment un programme du type « one size fits all » pouvait prétendre à l’universalité. Les réalités familiales étant de nos jours beaucoup plus complexes et diversifiées qu’elles ne l’étaient auparavant, il m’apparaît plus qu’hasardeux de prétendre que le réseau des CPE pourrait à lui seul dispenser tous les besoins que peuvent rencontrer les familles en matière d’éducation. En effet, il y a de nos jours des familles qui, pour toutes sortes de raisons, ne peuvent pas ou ne souhaitent tout simplement pas envoyer leurs enfants dans un CPE. Que fait-on de ces familles et de leurs enfants ? On les laisse tomber en marge du système ? Voilà une bien drôle de façon de promouvoir l’universalité !

Pour toutes ces raisons, j’aurais préféré voir la CAQ (ou tout autre parti) reprendre la proposition de la défunte Action démocratique du Québec (ADQ), laquelle promettait de verser 100 $ par semaine directement dans les poches des parents. Une prestation universelle – véritablement universelle – pour la garde d’enfants, autrement dit. Indépendamment de sa faisabilité économique (qui est discutable, j’en conviens), ce qui me plaît surtout dans cette mesure, c’est la latitude qu’elle offre aux parents. En bénéficiant d’une telle prestation, ces derniers pourraient effectivement jouir d’une plus grande liberté de choisir un service éducatif conforme à leurs besoins et/ou à leurs valeurs, voire de passer plus de temps à la maison avec leurs enfants, si tel est leur désir.

Ironiquement, cette proposition a toujours été décriée pour motif qu’elle serait « régressive ». Apparemment, elle inciterait les femmes à retourner à la maison, les confinant ainsi dans leurs rôles traditionnels. Il me faut bien avouer que ce sont généralement des partis conservateurs (l’ADQ avait un fort penchant conservateur) qui proposent ce genre de mesure, mais pour autant cela ne m’apparaît pas suffisant pour soutenir l’accusation. Pour ma part, il me semble au contraire qu’il n’y a rien de plus libéral (au sens philosophique du terme, on s’entend) que de respecter l’autonomie des parents, c’est-à-dire leur liberté de choisir par eux-mêmes ce qu’il y a de mieux pour eux et pour leurs enfants. Quant aux femmes, je crois qu’elles sont suffisamment fortes et fières pour assumer leurs propres décisions.